‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 17 sur 45 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

KOKSAROFF, POTEMKIN.

POTEMKIN

Approche, cl réponds-moi avec franchise. Depuis que lu es dans les gardes, et que ton service t'appelle souvent au palais impérial, n'as-tu jamais senti dans ton cœur quelques mouvemens d'ambition?

KORSAKOFF

Oh! pardon, excellence.

POTEMKIN

Et que désirais-tu ?

KORSAKOFF

D'abord, devenir officier.

POTEMKIH. - *

Je comprends! Pour trouver les ucca-ions d'acquérir de la gloire; pour commander ;'r un plus grand nombie d'hommes?

KORSAKOFF

Et pour avoir cinquante roubles par mois, au lieu, de trente kopecks par jour.

POTEMKIN, souriant.

Ah! c'est juste! {à part.) La réponse premet. (haut.) Mais écoute, Korsakoff, j'en sais plus que lu ne penses. Plus d'une lois, quand l'Iiydrouiel le montait au cerveau, tu as porté haut tes I égards.

KORSAKOFF

Qu'enlends-je!

POTEMKIN

Plus d'une l'ois lu as prononcé mou nom, et une certaine envie perçait dans tes paroles.

KORSAROFF.

P;ir saiiU "NVIadiiiiir. je suis perdu!

POTEMKIN

M'a-t-O)) mal inslriii»? Voyons!

KOhSAKOFF.

Grâce, excellence! grâce!

Ne tremble pas! Je siii? en bonne humeur.

KORSAK.OFF.

Que saint Neuski soit loué!

POTEMKIN

Oui, je veux m'amuser de ta folie, savoir ce qui se pasSe dans ton amc; réponds-moi ilonc sans détour! Quand tes yeux osaient s'élever jusqu'à moi, quand tu examinais ma destinée, que pensais-tu ?

KOUSAKOFr.

Oh! excellence!...

POTEMKIN

Une franchise entière peut seule te dérober au châtiment qu'a mérité ton audace : parle! que pensais-tu, en mo voyant ;'

KORSAKOFF

Je pensais à votre bonheur.

POTEMKIN

Tu me crois donc heureux?

KORSAKOFF

Qui le serait, si vous ne l'étiez pas?

POTEMKIN

Et en quoi ce bonheur consiste-t-il ?

KORSAKOFF

Votre excellence me le demande!

Oui!.,. Que troiives-lu à envier dans m;i position? Parle.

KORSAKOFF

Ah! qui ne l'envierait pas? Posséder des terres, des esclave>, des diamans! Paraître à la cour avec des habits couverts de pierreries; faire grande chère, jouer gros jeu, donner chaque^ jour des fêtes magnifiques; point de soucis, point de devoirs; de l'or, des chevaux, des équipages, des vins de France!.. .Que peut-on désirer de plus?

POTEMKIN

Suivant toi, c'est donc là le bonheur?

KORSAKOFF

En existe-t-il un autre?

POTEMKIN

{dpart.) Voilà l'homme qu'il me faut! l! ne sera pis dangereux, {^hual. ) C'est bien, RorsakofT, je suis content de ta franchise. Je n'oublierai pas cet entretien, et toi, lu te souviendras (|u'un mot de Potemkin peut ici changer le sort d'un homme,

mais qu'il exige une reconnaissance et un dévouement san& bornes des gens qu'il daigne protéger.

KORSAK.OFF.

Oui, excellence! {à part.) Serait-ce moi que la sorcière désignait?

[On entend des gémissemens dans la coulisse. )

POTEMKIN

D*où vient ce bruit?... Ah! n'est-ce point ton parent, ce plaisant drôle qu'on a chassé des gardes? Il a l'air consterné!... Dis-lui qu'il avance.

[Korsakoff fait un signe à Michel. }

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