‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 18 sur 45 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

KORSAROFF, MICHEL, POTEMKIN.

POTEMKIN

Pourquoi donc cette tristesse ? Hier, tu semblais si résolu,

MICHEL

Oh! hier je ne savais pas ce que je sais aujourd'hui.

POTEMKIN

Que veux- tu, mon pauvre garçon? J'étais disposé à faire quelque chose pour toi, tu m'avais plu; mais les gardes à precî sont un corps d'élite, et Sa Majesté ne te trouve pas assez bel homme!... Il faut se résigner.

MICHEL

Sa Majesté est difficile! Mais si ce n'était que ça?

POTEMKIN

Qu'y a-t-il donc?

MICHEL

Votre excellence a daigné m'adresser à son intendant.

POTEMKIN

Sans doute : eb bien! que va-t-il faire de toi?

MICHEL

Il veut en faire un ours.

Un ours!

MICHEL

Oui, excellence!... mais je ne me sens pas de vocation pour entrer dans ce régiment-là.

POTEMKIN

Explique-toi, car je ne comprends pas...

MICHEL

Voilà ce que c'est, excellence ! Il paraît que , l'autre jour, Sa Majesté a désiré voir une chasse à l'ours.

POTEMKIN

Cela est vrai.

MICHEL

Votre hitendaiit veut en donner le plaisir à Sxi Majesté, ce soir, aux flambeaux, dans le petit bois de sapins.

POTEMKIN

C'est une heureuse idée qu'il a eue là! Je lui en sais gré.

MICHEL

C'est à merveille, excellence! mais il manque un ours à votre intendant, et c'est moi qu'il destine à cette fonction. POTEMKIN, riant.

Toi!

MICHEL

Oui, excellence! moi-même. Il prétend qu'il est pris au dépourvu, qu'il faut que je le tire d'embarras, qu'il a une peau d'ours toute prête, et que Sa Majesté s'y trompera.

Eh bien! ne seras-tu pas heureux de contribuer à ses plaisirs ?

MICHEL

Sans doute : mais c'est que les chiens s'y tromperont peutt'tre aussi? Et ils ont des dents!

POTEIIKIN.

Tu as peur?

MICHEL

Dame, si vous les aviez vus comme moi?

POTEMKIN

Pour plaire à l'impératrice, que ne ferait-on pas?

MICHEL

Me trouvera-t-elle plus bel homme quand je serai ours?. . Et puis les chiens...

POTEMKIN

Sois tranquille! on y veillera : c'est un moment à passer.

MICHEL, se mettant à genoux.

Ah! excelUnce, je vous en prie, par saint Grégoire, votre patron!... Epargnez-moi ce moment-là!

POTEMKIN

Allons, c'en est assez! Fais ce qu'on le commande!

MICHEL

Est-ce donc là cette fortune que m'annonçait la sorcière? Avec mes talens!...

Tes talens!... Et quels sont-ils?

KonsAKOFF, passant entre Michel et Potemkin. Oh! monseigneur, il accommode une soupe au sterlet mieux <|ue le premier cuisinier de l'empire.

MICHEL, bas à Korsakoff'.

Est-ce de cela qu'il fallait lui parler?

KORSAKOFF, Ims liMic/iel.

Tais-toi ! Je le sauve!

3 fi

l'OTEMKiN, se levant.

La soupe un slcilel!... mon mels favori!... Ali! ceci change la queslioii : rassure-toi, je renverse tous les plans de mon intendant, tu vas être placé dans mes cuisines! iMais songe à le distinguer.

MICHEL

Je ne crains rien, excellence! Je serai là pins a mon aise que sous une peau d'ours, et vous jugerez!

POTEMKIN

A la bonne heure! Je vais donner mes ordres, tiens-toi prêt; cl toi, sergent Korsakoft', songe à ce que je t'ai dit.

( // sort en examinant Korsako/f. )

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