SCÈNE XIII
PAULESRA, LOWINSKI.
PA1TLESK.A., à part.
Il l'alteiKlait !... Profitons des instans !... amour de la patrie , inspire-moi!
LOAVINSKI.
Vous ici, comtesse Pauleska!
PAULESKA.
Ma présence vous étonre !
tOWINSKI.
Je vous avais laissée au milieu des plaisirs.
Un billet ne vous a-t-il pas appris qu'on voulait vous parler?
LOwiNSKi, à part.
Il était d'elle! je m'étais abusé!
PAtiLESKA.
J'ai pensé qu'en reconnaissant un tendre intérêt au milieu d'une cour étrangère , Lowinski devinerait Pauleska ; me suistrompée ?
towiNSK.1, d part.
N'était-ce donc qu'une illusion? [haut.) Mon cœur n'a point oublié notre amitié d'enfance.
PAULESKA.
Je le crois... Qui, loin de notre patrie, pourrait garder au noble Lowinski un attachement sincère? qui aurait, pour l'estimer, le souvenir du passé et l'espérance de l'avenir , si ce n'est une de ses compatriotes, une de ses compagnes de malheur? quelle sympathie pourrait exister ici entre celui qui pleure sa patrie et ceux qui la déchirent?
LOWINSKI.
Que dites-vous? la puissante aniitié de Catherine la protège.
PAULESKA.
L'amitié de Catherine pour la Pologne!
LOWlNSKl.
Repoussez, Pauleska, les injustes préventions de votre père. Long-temps je les ai partagées; mais j'ai vu Catherine, et j'ai abjuré mon erreur.
PAULESKA.
Il est donc vrai! ses soins ont réussi !... et la Pologne a perdu le plus brave de ses enfans!
LOWINSKI.
Vous m'outragez, Pauleska!...
PAULESKA.
Oui, vous avez raison, je vous outrage: cela n'est pas, cela
ne peut pas cire !... que Catherine éblouisse un instant la vanité d'un homme ordinaire... le cœur d'un Lowinski ne s'enflamme qu'à des idées dignes de lui !... Entre le courtisan d'une reine et le libérateur de sa patrie, il y a l'immensité !
LOWINSKI.
Quels accens!...
PA.VLESKA.
Vous vous étonnez de mes paroles!... croyez-vous donc que la fdle du dernier défenseur de la liberté polonaise soit venue à la cour de Catherine pour amuser ses ennuis? pour dépenser en jeux et en vains plaisirs le temps et l'ame que le ciel lui a donnés ? Non , vous ne le pensez pas , vous qui fûtes élevé près de moi par Boleslas.
LOWINSKI.
Cette voix, ce regard, jettent le trouble dans tous mes sens.
PAtILESKA.
Je ne suis qu'une femme!... je n'ai point de forces , point de bras qui puissent porter des armes... mais j'ai un cœur aussi ! je suis venue chercher dans l'ame de Catherine une sympathie pour un peuple énergique et malheureux! je ne l'ai pas trouvée ! Maintenant j'y cherche ses affreux projets... pour les apprendre à Lowinski!
A moi!...
PAt'LESKA.
Oui !... Pourquoi ce silence? Ce que je demande, c'est ce que vous désirez!... ma voix n'est-elle pas la voix de votre cœur?
LOWINSKI.
Ah! le ciel m'est témoin que, dès mes plus jeunes ans, le bonheur de ma patrie fut le pus cher de mes vœux ! PAt'LESKA, avec émolion et trouble.
Je le sais !... car je n'ai rien oublié !... rien !
LOWINSKI , à part.
Et moi!...
PAVLESKA , se remettant.
Près de mon père, nous écoulions ensemble ses nobles desseins pour notre pays! alors votre ame émue jurait de suivre son exemple ; alors vous disiez : je me dévoue à l'avenir de ma patrie; tous les vrais enfans de la Pologne se presseront avec ardeur autour de moi ; mon enthousiasme enflammera leur courage; ils combattront à mes côtés et la victoire nous sera fidèle !
LOWINSKI.
Hélas! ce beau rêve n'a pu se réaliser.
PACLESKA.
N'est-il donc plus temps?... Ah! si vous saviez ce qui se prépare ?
lOWINSKt.
Qu'enlends-je ?. . . expliquez-vous !
PATILESKA.
Je n'ai encore que des soupçons!... mais bientôt je saurai tout!... Ah! le moment approche peut-être où ce peuple trahi, vendu, mais non soumis, demandera un signal, appellera un chef... Il le trouvera!... Tous les vœux l'attendent, les bénédictions le suivront!... Quel jour que celui où son courage brisera le joug étranger qui pèse sur la Pologne! où son nom retentira au milieu des acclamations publiques!
LOWINSKI.
Pauleska !...
PACLESKA.
Alors, les habitans des rues où doit passer le héros s'estiment heureux! Un de ses regards fait briller la joie sur les fronts attristés ; on court , on se presse pour le voir!...
Air -.Soldat Français (Julien).
11 a guidé nos drapeaux triomphans ; A son aspect, alors, toutes les mères Avec orgueil disent à leurs enfans :
" Inclinez-vous ! il a vengé vos frères , « 11 vous sauva des fers et du trépas ; « Entourez-le de votre idolâtrie!..
« Baisez la trace de ses pas !
« Quel amour ne devez-vous pas
'( A qui vous rend une patrie ? »
LOWINSKI.
Oh !... l'on paieraitde sa vie un seul jour d'un tel bonheur!
PAULESKA.
Non, la vie du héros sera protégée, respectée par le ciel!... Il reviendra... près de ceux qu'il aime!... il jouira de leurs transports!... Car, pendant qu'il combattait, on pleurait son absence, on priait pour lui!... Un coeur où il n'entra jamais qu'un seul sentiment, qui ne battit qu'à une seule voix, qui ne connut qu'un seul être dans le monde, l'attendait dans la retraite , ne vivait que de sa vie, et serait n)ort de sa mort !..
LOWINSKI.
Quels souvenirs!... quel langage!... est-il possible? Ai -je bien compris, Pauleska? Ces rêves de gloire, serait-ce l'ami de votre enfance qui les a fait naître? ce dévoûment si tendre, serait-ce lui qui l'inspira?
PATLESKA.
[à part.) Je m'égarais! [Iiaut.) J'ai parlé du défenseur de mon pays !
LOWINSKI.
Ail! toutes les brillantes illusions de ma jeunesse se réveillent!... que j'étais heureux alors!...
PAULESKA.
Qu'y a-t-il donc de changé?
LOWINSKI.
La gloire, le succès, je les voyais sur un champ de bataille! Je ne savais pas alors qu'il faudrait fatiguer mon courage dans des négociations sans fin , dans les calculs de la diplomatie ! . . . je ne savais pas que l'astuce de ce qu'on nomme des hommes d'état, la perfidie de nos ennemis , l'égoïsme insouciant de nos alliés useraient dans des intrigues infructueuses notre temps, nos forces et notre audace !... J'appris tout cela!... je vins ici... et j'attends d'une reine ce' qui devait dépendre de notre épée.
PATJLESKA,
Vous l'attendez!
L0WINSK.1.
Elle s'attendrit quand je parle de ma patrie ; son cœur s'émeut, et j'espère...
PACLESKA, les yeux fixés sur lui.
Elle s'attendrit quand vous parlez!.,, son cœur s'émeut auprès de vous!... vous-même, vous êtes troublé , Lowinski!... mais la Pologne...
LOWINSKI.
Que voulez-vous dire ?
PAVLESKA.
Rien! rien! et je dois m'éloigner... car, en ce moment peutêtre , Lowinski m'écoute à regret.
LOWINSKI.
Oh ! non , non !... parle encore !
PACLESKA.
Vous m'entendez sans peine?
LOWINSKI.
Avec joie!
PAULESKA.
La pauvre Pauleska n'est point importune?
LOWINSKI.
Pauleska ! chère compagne de mon enfance , vous m'avez reporté aux plus beaux jours de ma vie!
Air : De votre bonté généreuse {Faiichon). Ce temps heureux de calme et d'esix'rance, Bien vite, hélas! il a fui loin de nous.
PAULESKA.
Vous en avez gardé la souvenance ?
LOWIKSKI.
11 m'a semblé nnailic auprès de vous.
Peul-onlong-lemps oublier tant de grâce, Ces traits si purs, ce regard séduisant? Non ; à mon cœur le passé se retrace. [L^ prince de Ligne, qui est entré doucement pendant le couplet, et vient se placer entre eux. ) Moi, je vous viens rappeler le présent.