LE PRINCE DE LIGNE, POTEMKIN
LE PRINCE
J'aime à voir ce sourire sur les lèvres de votre excellence : cela nous promet une heureuse journée.
POTEMKIN
Oui, prince, je suis satisfait.
I,E PRINCE
Et Sa Majesté?
POTEMKIN
L'équipée de ce Lowinski l'a sans doute irritée.
LE PRINCE
L'enthousiasme de ce jeune homme est bien naturel.
POTEMKIN
Je le lui pardonne de grand cœur : je calmerai même , s'il le faut, lu colère de l'impératrice. Qu'il parte, c'est tout ce que je demande
LE PRINCE
Je comprends ! et vous pensez que Catherine le laissera s'éloigner?
POTEMKIN
N'a-t-il pas offensé son orgueil?
LE PRINCE
Il est vrai!
POÏEMKIN.
Mais son excuse est dans l'amour de la patrie.
LE PRINCE
Et vous lui permettez celui-là ?
POTEMKIN
Il en est un autre que je soupçonne.
LE PRINCE
Que dites-vous ?
POTEMKIN
Oui, prince! et je m'étonne que vous, dont le regard scrutateur ne laisse rien échapper, vous ayez été moins clairvoyanl que moi.
LB PUINCE.
Moins clairvoyant?. . sur quel objet?
POTEMKIN
Quelle voix a réveillé clans l'ame de LoAvinski cet enthousiasme patriotique qui depuis si long-temps sommeillait étouffé par l'ambition ? la voix d'une femme !. . . Et cette femme, voulait-elle seulement rendre un défenseur à la Pologne? ne voulait-elle pas aussi enlever un amant à Catherine ?
LE PRINCE
Ah! prince, prenez-y garde !... ce soupçon , c'est peut-être la mort!.. .
^>'e craignez rien! je n'en aurai pas besoin pour me débarrasser de qui me gêne : l'orgueil blessé de Timpéralrice a déjà triomphé sans doute du caprice de la feinmc; je suis tranquille désormais.
LE PRINCE, d part.
Je tremble pour eux!
POTEMKIN
Nous autres barbares, nous savons lire aussi dans un regard, nous savons comprendre un ge«te , et deviner un sourire. LE PRINCE, à part.
Ne les abandonnons pas.
POTEMKIÎS".
.J'entends du bruit; c'est Sa Majesté : veuillez, prince, me laisser seul un instant avec elle.
LE PRINCE
Je me retire.