‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 10 sur 47 · LE FAYOL’M · texte numérisé non relu

LE FAYOL’M

nous n’avions vus jusque-là que dans les contes de Perrault, et gâtent l’agrément des voyages comme d’horribles cauchemars.

Inofîensifs pour la plupart, ces honnêtes voleurs venaient nous offrir leurs services avec une rivalité de zèle des plus comiques. C’était à qui nous persuaderait par des tours de force d’éloquence et par des liasses de certificats arrachés aux victimes qui les avaient honorés de leur confîanag.

Ils parlaient généralement assez bien plusieurs langues; l’un d’eux en parlait onze, et cette profusion nous inquiétait dans le cas où il les aurait parlées à la fois, histoire de faire des mélanges.

Notre choix, habilement dirigé, nous fît passer un double marché : marché d’ànes et d’àniers pour le Fayoum avec un nommé Hassahoui ; marché de dromadaires, de chameaux et de chameliers pour le désert, le Sinaï et Pétra, avec un Syrien fort intelligent, nommé Joseph Moussali.

Dans notre expédition au Sinaï, nous aurons l’occasion de nous retrouver avec les domestiques qui formaient l’état-major de ce dernier, types remarquables et variés de cette population arabe si douce et si docile, que les Anglais seuls savent dénaturer par des traitements injustes et une brutalité inqualifiable.

Les contrats lus, signés et parafés, tout étant conclu , depuis le nombre des poules jusqu’à la di-

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mension des marmites , nous allâmes visiter nos tentes, dressées artistement sous les plus beaux sycomores de l’Ezbekyèh.

Un jour tout entier fut consacré à Tessai de nos ânes de voyage. Ce fut instinctivement aux tombeaux des khalifes que je consacrai cette course d’expérimentation. Je revis encore avec amour cette vallée mystérieuse, et j’y fis une étude d’adieu, où je mis tout ce que pouvait m’inspirer un spectacle aussi splendide.

Le lendemain, à cinq heures du matin, nous traversions l’Ezbekyèh ornés de tous nos accessoires, et nous gagnions le Ml un peu au-dessus de l’île de Roudcih. ^^os dromadaires avaient effectué ce passage la veille au soir, et c’est là que nous devions traverser le fleuve pour gagner la route de Gyzèh , et arriver aux Pyramides vers trois heures de l’après-midi.

L’île de Roudah^ que nous visitâmes en détail à notre retour du Fayoum, est l’un des sites les plus charmants du Caire, et ce serait retarder trop longtemps notre voyage dans la moyenne Egypte que d’en faire ici une description prématurée.

L’extrémité de cette île, qui sépare le Nil en deux immenses bras, semble ralentir le courant impétueux du fleuve en en divisant les efforts. C’est pour cela sans doute que ce point fut choisi de préférence pour effectuer cet important passage.

Cest là le rendez-vous des bateaux de transport qui pour le commerce et la circulation relient les deux rives. Canges, dahabièhs, petits bateaux de toute forme et de toute longueur, présentent en cet endroit l’assemblage d’une flottille des plus bariolées. Soit que le vent favorable permette de déployer les gracieuses voilures de cette forêt de vergues élancées, soit que le calme absolu de l’atmosphère fasse recourir aux rames colossales et aux rameurs de profession , ce point du Nil et du Caire forme le tableau de la plus vivante animation maritime. Rarement un choc ou une rencontre vient déranger ou attrister le tableau. Comme de véritables poissons , petits et grands bateaux se croisent indifféremment avec une égale rapidité, et rappellent l’habileté de nos voitures parisiennes au plus fort d’un encombrement.

Ce qui nous intéressait très-particulièrement alors et ce qui nous amusait beaucoup, c’était l’embarquement forcé et l’emballage de nos ânes sur les petites barques dont les patrons s’étaient offerts les premiers à nous passer.

Nous avions eu d’abord une légère répétition de notre débarquement du bateau à Alexandrie, par la lutte acharnée des braves gens qui voulaient nous obliger malgré nous, en nous arrachant nos ârîes et en les lançant littéralement dans chacun de leurs petits bachots respectifs. Ce fut la première fois que je pus observer l’importance de notre drogman, et

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le geste expressif- dont il se servait pour se faire comprendre sans fatiguer sa langue natale ; les manches retroussées, et armé d’une courbaclie formidable, Joseph Moussali frappait à tour de bras sur tout ce qui était devant lui, bêtes et gens, jusqu’à ce que l’ordre le plus parfait se fût rétabli pour le transport de nos montures et de nous pardessus le marché.

J’étais déjà venu plusieurs fois en cet endroit, j’en avais fait deux études avec soin ; mais je n’avais jamais été aussi vivement frappé de la coloration jaune du fleuve. Le sable que le Nil roule constamment en est la cause, et le courant étant plus fort ce jour-là, nous naviguions sur une véritable crème vanille. La couleur gros Nil est, en Égypte, aussi spéciale et aussi connue que notre jaune Isabelle.

Nous passâmes sous la pointe extrême de l’ile en côtoyant les murs énormes qui soutiennent le nilomètre.

A notre retour du Fayoum , nous reviendrons spécialement en cet endroit ; nous en parlerons plus longuement au point de vue de son importance scientifique pour le pays tout entier.

Nous venions de dépasser les derniers bancs de sable qui s’adossent à l’île, pour nous trouver au beau milieu du fleuve. Un spectacle unique s’offrait à nous, et le poétique balancement de notre

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