‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 13 sur 47 · LKS DA IM S EU S ES · texte numérisé non relu

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monde; aussi pouvions-nous à peine, par de rapides croquis, noter quelques-unes de leurs attitudes les plus fréquentes. Un jour pourtant, de très-bon matin, au détour d’un bouquet de palmiers des plus protecteurs, J’en surpris trois qui lavaient leurs propres robes elles-mêmes; Je m’installai à leur insu, et J’essayai d’en faire une pochade qui aurait pu réussir, si l’une de ces trois nymphes, âgée d’une soixantaine d’années au moins, et par là même gardienne des deux autres beaucoup plus Jeunes, si cette duègne, dis-je, ne s’était aperçue de ma présence et ne m’avait lancé immédiatement les plus énormes pierres qui lui tombèrent sous la main. Cet accès de modestie était particulièrement légitime de sa part, vu la leçon d’ostéologie comparée que l’on aurait pu faire entre elle et les troncs de palmiers qui m’abritaient de ses projectiles.

Dans sa furie, son torse nu présentait l’aspect étrange d’une cage d’escalier. Elle se livrait aux gestes les plus menaçants, semblable à une chauvesouris en plein soleil. Je lui laissai le vestiaire libre, et les deux autres ne partageant pas tout à fait son mépris pour les beaux arts, j’allai continuer mon étude un peu plus loin.

Je retournai au campement par le plus long chemin, voulant pénétrer un peu au cœur de ce bois de palmiers qui faisait mon admiration depuis plusieurs jours. Au détour d’un buisson de broussailles je me

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trouvai en présence du plus horrible animal que rÉgypte possède dans sa collection : le serpent naja, plus vulgairement connu sous le nom de serpent à lunettes. Gros et court, son aspect est repoussant; ses deux yeux ornés d’un cercle noir qui les grandit démesurément lui ont mérité le surnom dont il est orné. Heureusement pour moi , il était dans une période inoffensive, en proie à la digestion de quelque animal plus gros que lui qu’il venait d’absorber. Son corps, gontlé de cet excès de nourriture, semblait s’être rétréci sur lui-même et lui donnait l’aspect d’un énorme crapaud à queue courte. Installé au milieu du petit chemin que je suivais, il semblait attendre quelque nouvelle pâture ou la visite du médecin, vu l’état d’indigestion qui le mettait dans l’impossibilité de se remuer.

Mon premier mouvement n’en fut pas moins un sentiment de terreur, et ayant manqué de marcher dessus, j’exécutai la retraite la plus complète, ignorant jusqu’à quel point je n’étais pas poursuivi par ce monstre. Je me retournai, ayant armé mon revolver, et je l’aperçus, au loin toujours à la même place.

11 était peut-être mort, pensai-je; et honteux de ma peur, je revins sur mes pas, désirant racheter ce premier mouvement par une observation plus réfléchie de la situation, .l’aperçus deux. Arabes qui venaient comme moi du village; j’allai au-devant

LES UAXSEIJSES.

d’eux el je leur expliquai par gestes ([u’il y avait un vilain monsieur étalé un peu plus loin sur le chemin; ils comprirent, coupèrent immédiatement deux baguettes à l’un des choux de palmiers qui nous entouraient, et s’avancèrent hardiment vers le serpent, qui ne manifestait du reste que de faibles soubresauts sur lui-même. Les Arabes me firent signe qu’il ne présentait aucun danger, et je m'approchai pour mieux voir : l’un d’eux le prit adroitement par l’extrémité de la queue; l’horrible bête sembla s’allonger alors un peu plus, mais un coup de baguette lui enleva la tête avec la précision d’un rasoir.

L’animal remuait encore ; l’un des Arabes lui ouvrit le ventre, et nous y retrouvâmes les restes des poules qui avaient servi à son dernier repas. C’était la première fois que je voyais cet horrible serpent, qui est assez vulgaire dans la haute Égypte, et que les anciens Égyptiens adoraient comme emblème de la royauté. '

Les uréus d’or et d’argent qui se retrouvent tant de fois dans les bijoux et dans les ornements de l’ancienne Égypte, ne sont que le serpent naja représenté à l’époque même de sa digestion, qui lui donne une forme concentrée si bizarre et si repoussante. Les Arabes me proposèrent d’en garder la peau ; pour rien au monde je n’aurais touché à cette dépouille visqueuse et gluante,^ et je

n’emportai que des frissons dans le dos au seul souvenir de la bête horrible que je venais de voir.

IVous devions quitter Senoubrès le lendemain, et nous fîmes une visite d’adieu au sebeik et aux notables du pays. Les danseuses, Hasné en particulier, vinrent nous exprimer leur douleur de nous voir partir; nous leur avions acheté une assez grande quantité de robes et de voiles, et notre passage avait du être assez fructueux pour elles.

I^a façon dont nous préférions les robes ayant été portées aux robes neuves, dérouta toutes leurs combinaisons sur l’emploi que nous pouvions en faire. Nous renouvelions pour elles le conte d’Aladin et de la lampe merveilleuse, leur laissant des cravates neuves pour des vieilles.

Hasné était profondément affectée de notre départ et nous vouliimes la garder à déjeuner; son embarras à table nous fit y renoncer, et pour ne pas assister au gâchis qu’elle aurait certainement exécuté sur la nappe, nous lui montrtàmes des photographies pour la distraire : c’était notre grande ressource, même entre nous, lorsque le menu était trop incomplet ou lorsque la soupe se faisait trop attendre.

L’un de nous, taillé comme un Hercule, possédait une superbe paire de gants en peau de chien, accessoire très-utile dans ce pays où l’on est toujours à cheval sur quelque chose; l’idée lui vint de mettre ces gants aux mains d’Hasné.

LES DAX’SEUSES.

Uien ne fut comique comme cette femme aux petites mains armée de ces énormes ^qants ro'iiges. Lajoie de la danseuse était indescriptible; elle était plus flère de ces gants que de tous les colliers que nous aurions pu lui offrir; elle se promenait d’une tente à l’autre en poussant ses cris de satisfaction les plus aigus. Elle montrait ses mains à tout le monde, et ce ne fut pas sans peine qu’on les lui fit rendre ; ce ne fut qu’en lui disant que ces gants étaient ensorcelés et lui porteraient malheur, qu’elle y consentit. Après les adieux les plus tendres et les bakchichs les plus variés, nous partions le lendemain matin pour gagner Médinet, la ville la plus importante de la province du Fayoum.

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