HE TOU U AU CAIUE
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lapis il fond blanc étaient surtout rol)jet de nos enchères. Toutes ces caisses partirent pour la France, sans nous naturellement, et, pour ma part, mon atelier étant trop petit, c’est au milieu de ma cour que je les retrouvai tà Paris, avec une forte augmentation de mon propriétaire, qui m’avait décrété responsable du carré d’air libre qu’elles avaient absorbé en mon absence.
Pour nous reposer les yeux de cette laborieuse et éblouissante séance, nous allâmes visiter le nilomètre, qui est à l’extrémité sud de Pile de Roudah.
L’importance de la crue du Nil pour l’Egypte et les conséquences capitales qui résultent du plus ou moins d’élévation de ses eaux, donnent à ce petit monument un intérêt tout national et presque oftlciel : c’est le baromètre de la fortune publique et de la richesse du pays.
Mchjâs (mesure) , tel en est le nom arabe. Ce précieux instrument se compose d’un puits carré, oii l’on peut descendre par un escalier; au milieu du puits s’élève une colonne graduée qui se divise par coudées de cinquante-quatre centimètres chacune : dix-huit coudées indiquent le minimum du niveau du fleuve, le plus grand mécontentement des canards et la joie des pécheurs h la ligne; à la vingtdeuxième coudée, l’Egypte prend un bain général, qui deviendrait une pleine eau désastreuse si ce chiffre était dépassé.
En présence de ces sérieuses considérations, la petite bande, toujours frivole, s’évertua par des moyens factices à opérer dans le puits sacré une de ces crues momentanées qui , si elle eût pu être appréciable, aurait dérouté les calculs des hydrographes les plus érudits.
Pour étourdir notre conscience troublée et racheter cet odieux sacrilège, nous allâmes nous recueillir à Boiilak y au milieu des merveilles antiques du musée deM. Mariette , et passant du badin au sévère, nous admirions les trésors archéologiques qui se trouvaient entassés derant nous : bijoux en or, colliers, bracelets, émaux, amulettes de toute sorte, ustensiles de travail et de ménage. Les époques les plus reculées des Pharaons revivaient sous nos yeux dans ces mille et un détails de la vie privée que le temps avait épargnés.
Ln panier d’œufs admirablement conservés, une boîte de couleurs et sa palette firent particuliérement l’objet de notre étonnement.
Classées et étiquetées soigneusement, des figurines en terre émaillée, en bois, en lapis et en basalte , forment la collection la plus intéressante pour les archéologues. Les stèles les plus précieuses pour la reconstitution des dynasties égyptiennes forment bande à part, et font l’admiration de tous les savants.
Au centre du musée, la statue de Pbtha trône
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comme l’objet d’art le plus ancien (jiie l’on ait jamais découvert. Les liiéroglyplios qui l’accompa- i
gnent feraient de ce chef-d’œuvre un contemporain |
d’Abraham, qui lui-mème l’avait peut-être poussé |
fort cher dans une vente. 5
J’enviais l’œil fixe de ce Pharaon monolithe qui avait pu contempler les traits du saint patriarche , -
de la belle Sarali et de son cousin Loth. ;;
Le lendemain, Edmond About m’offrit de l’ac- *1
compagner dans la visite des mosquées. Les fir- .
mans dont il avait les poches pleines, et les cowas j
tout en or dont il était escorté , étaient une occasion ;
pour moi, et nous prometlaient de pénétrer jus- i
qu’aux coulisses les plus impénétrables de ces monuments religieux. ^
La mosquée Hassan, la mosquée El-Haleni et la ^
mosquée El-Azhar furent les trois plus intéressantes ;
de celles que nous visitâmes avec soin ce jour-l<à.
Il y en a au Caire plus de quatre cents; un livre ne ;
suffirait pas pour faire, la description complète de ^
toutes celles qui mériteraient une étude spéciale : aussi nous renfermerons-nous dans les trois nommées plus haut, auxquelles toutes les autres peu- •
vent se rapporter facilement comme disposition ' • intérieure et comme intérêt historique.
La mosquée est par excellence le rendez-vous de la prière ; suivant son importance, elle répond à nos |
cathédrales, ou à la simple église de campagne. Le i
LE FAYOEM.
minaret en est le clocher d’oii le muezzin convoque tous les fidèles à la prière par la psalmodie langoureuse de quelques versets du Koran. La coupole toujours si élégante de cês monuments correspond à l’emplacement du tombeau du khalife, du sultan ou du riche personnage qui fit élever l’édifice.
Vciriant peu dans sa distribution intérieure, elle se compose presque toujours des mêmes constructions : une grande cour carré avec son péristyle, au milieu la fontaine aux ablutions ; dans le sanctuaire , proprement dit le mihrah , sorte d’abside richement ornée, dont la niche ogivale est invariablement tournée vers la Mecque, le menher, ou chaire à prêcher, qui est souvent un véritable chef-d’œuvre de sculpture et de décoration.
La mosquée du sultan mameluk Hassan domine le Caire tout entier; par ses proportions colossales et son style arabe des plus purs, elle est sans contredit la plus belle des mosquées de tout l’Orient: ni Sainte-Sophie, ni les constructions massives de Constantinople ne sauraient lui être comparées.
Llle est située en face de la citadelle, sur la place lioumelich. Une porte de la hauteur de tout le monument y donne accès dans une rue latérale qui 'aboutit à la place. Des marbres de toutes les nuances, reliés par des rosaces et des ornements de bronze, font ressortir l’élégance de cette entrée
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principale. Terminée en forme de niche, des milliers de stalactites viennent mourir gracieusement jusqu’à la moitié de sa hauteur, où des traverses de bois découpé soutiennent une véritable collection de lampes de verre et d’œufs d’autruche richement enluminés.
On gravit alors quelques marches , puis on en descend quelques autres pour se trouver de plain-pied dans un immense couloir garni de bancs de pierre de chaque côté. C’est rantichamhre de la mosquée; à l’extrémité de cette imposante galerie se trouve un poste de cawas et de gardiens.
Ce prélude mystérieux et terrible ne fait que rendre encore plus saisissant le spectacle merveilleux en face duquel on se trouve placé tout à coup : une cour immense , en forme de croix grecque , est occupée au milieu par une construction sarrasine des plus pittoresques. Soutenu par des colonnes de porphyre et surmonté d’une coupole brillamment décorée > ce petit pavillon octogone ne fait qu’abriter la piscine aux ablutions. En face de la porte d’entrée, une ogive colossale ne forme qu’une seule voûte dont une répétition moins grande est indiquée sur les trois autres côtés de la cour : c’est le sanctuaire, surélevé d’une petite marche seulement en dessus du reste de l’édifice.
Au bout de longues chaînettes des milliers de lampes semblent descendre du ciel et présentent de
loin l’aspect d’une pluie ou d’un treillage suspendu dans l’espace. Au fond, et toujours tourné vers la Mecque , se trouve le mihrab, richement orné d’incrustations précieuses, de peintures et d’arabesques. La chaire à prêcher est également un chef-d’œuvre de sculpture ; des drapeaux verts, rouges et jaunes, rapportés de la Mecque, forment de chaque coté des trophées aux brillantes couleurs. D’innombrables ex-voto sont chargés Je bariolages et d’inscriptions. De chaque coté deux grandes estrades carrées, mais moins hautes que le menber, servent de stalles aux ulémas et aux jeunes derviches, à qui ces places sont réservées exclusivement. Enfin des nattes et de riches tapis couvrent le reste du dallage de marbre et préservent les pieds nus des fidèles de son contact glacial.
Les couleurs qui dominent dans l’ornementation générale des mosquées sont le vert et le rouge agréablement alternés en arabesques ou en dessins de toute nature. Les inscriptions religieuses sont généralement peintes en bleu ou en caractères dorés sur d’immenses écriteaux à fond vert.
Neuve, cette superbe mosquée ne devait certainement pas avoir le caractère de mystérieuse poésie qu’elle possède aujourd’hui, et, sans être amoureux de la malpropreté, je crois que le temps seul a pu fondre aussi merveilleusement ces couleurs vives, qui à leur origine devaient cire assez criardes.
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A droite du mibrab, une petite porte basse, que dissimule un rideau noir à broderies d’or, donne accès à la pièce, immense qui correspond à la coupole extérieure. C’est là en effet que se trouve le tombeau du sultan Hassan; un grillage de fer forgé et une seconde barrière de bois peint isolent cette pierre carrée du reste de la salle, qui est d’ailleurs dans l’état de nudité et de délabrement le plus complet. En regardant en l’air, on est effrayé de la hauteur de la voûte. Des -stalactites énormes en garnissent le's angles jusqu’au point où la forme ogivale du dôme commence à s’accentuer davantage et donne à cette coupole l’aspect d’une rucbe immense où les chouettes ont installé une bruyante colonie. Chaque jour une partie de ces décorations en bois et de ces sculptures massives se détaclie et tombe avec fracas. Loin de remédier à ce danger, les Arabes considèrent comme une faveur ces tuiles célestes qui les envoient directement au paradis.
Le scbeik, qui mettait en doute notre fanatisme religieux et notre empressement à aller revoir le prophète, nous invitait à ne pas prolonger notre visite en cet endroit, exposé que nous étions au caprice de ces éboulements sacrés.
L’impression qui domine dans la visite des mosquées, c’est le caractère exclusivement religieux et presque poétique de ces monuments.
Ce ne sont pas nos pimpantes cathédrales pari-
siennes, ni nos temples en simili-grec, véritables théâtres de dévotion à l’heure des offices.
En voyant tous ces Arabes silencieux et graves se prosterner sans affectation devant la muraille du mihrah, je ne pus m’empécher de penser à ma bonne paroisse de la Madeleine , où la messe d’une heure ressemble si bien à une première représentation , qu’il y a des gens qui manquent les courses de Longchamps pour y aller. Au Caire, c’est le fanatisme si l’on veut, mais en tout cas la foi religieuse, et ses manifestations n’ont rien ici de cette piété élégante et frivole qui caractérise nos mosquées catholiques.
Le suisse et la loueuse de chaise n’ont en Orient aucun prestige, et l’égalité devant Dieu y est scrupuleusement observée : l’ànier le plus malpropre invoque Allah sur le même tapis que le scheik le plus richement harnaché.
Rire , se moucher ou cracher dans une mosquée aurait les conséquences les plus désagréables pour l’auteur, et Dieu sait si l’on s’en prive chez nous. J’assistai plusieurs fois à la lecture du Coran, et je n’y vis jamais dormir personne. — Saint Paul luimême n’eiit pu revendiquer un aussi grand succès.
La mosquée El-Hahem (\\xc. nous visitâmes ensuite n’est malheureusement qu’une ruine, mais d’après ce qu’il en reste on peut aisément juger de son importance primitive.
Elle est située à l’extrémité nord du Caire, à gau-
ui:tolu vi: caiki:.
che (le la porte llab-el-Nasr. A en juger par la nature (les décombres de ce monument, on a peut-être accéléré l’action du temps pour emprunter des maté riaux, nécessaires aux travaux de dérense (jui avoisinent la porte de la Victoire.
Cette mos(|uée, complètement abandonnée au point de vue du culte, n’en est pas moins admirable par son architecture très-originale. Deux énormes tours carrées soutiennent les débris de deux minarets à C(jtes, dont les cannelures ouvragées se rapproebent des constructions hindoues dont j’eus l’occasion de voir les restes sur les bords de l’Euphrate.
C’est la plus ancienne de toutes les mos(|uées du Caire. Une inscription coiifujiie, située au-dessus de la porte, la fait remonter à l’an 393 de l’hégire; elle conserve les traces d’un luxe intérieur extraordinaire, et n’est aujourd’hui (ju’un relais pour les nombreuses caravanes (jui arrivent d’Asie par Suez et le Sinaï.
La mos(juée El-Azhar présente un intérêt tout particulier par sa double destination : c’est à la fois un rendez-vous pour la prière et un lieu d’enseignement public. Cba(jue secte musulmane , chaque contrée , chaque race de la grande famille arabe y est représentée et y a un cours spécial. Ce n’est pas seulement pour l’Égypte, mais pour tout l’Orient, que cotte université a été instituée, organisée, res-
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LE FAVOLM.
tciurée el agrandie successivement par plusieurs sultans. Chaque groupe d’étudiants a son compartiment en bois , ses placards et sa petite chaire pour le professeur. Par quartiers, un nazir fait office de pion et surveille la discipline de ces halles d’instruction.
Les Abyssins aux chevelures crépues occupent à l’étage supérieur des compartiments treillagés qui ressemblent fortement à des cages, et la physionomie étrange des locataires complète l’illusion de cette réminiscence du Jardin des Plantes. Quoique cette mosquée ait été surnommée par les Arabes la Mosquée magnifique , elle ne mérite pas ce surnom actuellement : ridiculement restaurée, badigeonnée de grandes raies bleues et d’ornementations criardes, elle n’a conservé de son antique réputation que les sculptures merveilleuses de sa double porte extérieure.
I.a mosquée El-AMiar est également une sorte de bureau de bienfaisance pour tous les aveugles estropiés et mendiants; comme ce n’est pas ce qui man* .que au flaire, on pourrait prendre également cette Sorbonne pour l’entrée des Quinze-Vingts ou de la Salpêtrière, et dans la même maison on cultive les fleurs de la rhétorique et les infirmités les plus repoussantes. La quantité des aveugles ainsi recueillis est considérable; ces malheureux sont entretenus par le gouvernement, el leur cécité les rend encore plus fanatiques contre les étrangers et tes chiens de
RKTOIIH ;\i: CAIRE.
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chrétiens qui pénètrent dans la mosquée : le sclieik vous recommande bien de ne pas tomber entre leurs mains.
Ayant terminé cette étude d’économie sociale d’après nature , nous éprouvjons le besoin de nous reposer chez quelqu’un qui en valût la peine et chez qui les divans et le café nous seraient offerts en proportion de l’importance de nos cawas. Nous demandâmes donc à être conduits chez l’ambassadeur de Perse, pour nous rafraîchir à ses frais et lui faire honneur. Les visites, que nous faisons chez nous si familièrement, ^ont en Orient un caractère majestueux et ofliciel presque comique. Vous allez rendre visite à quelqu’un que vous ne connaissez pas; en qualité d’étranger, il vous gorge de liqueurs, de bonbons, il vous inonde de café, et c’est lui qui se confond en remercîments de l’honneur que vous lui avez fait. En chemin, nous nous promettions des divans fantastiques aux ressorts moelleux, mais nous avions compté sans les progrès de la civilisation européenne. Ce fut sur d’horribles chaises d’acajou que l’ambassadeur nous fit asseoir, persuadé qu’il mettait le comble à nos* vœux par cette délicate attention. Ces meubles d’hôtel garni faisaient un singulier contraste avec la richesse tout orientale de cette somptueuse demeure : des hassins de porphyre, des colonnettes de marbre, des peintures rehaussées d’or et d’incrustations d’écaille faisaient
\Æ FAVOUM.
(le ce palais enchanté l’asseniblage bizarre des plus riches produits de l’Orient et des trivialités les plus communes de nos ameublements européens.
Des lithographies coloriées dans d’horribles cadres de bois peint en jaune rappelaient le musée ambulant des tirs aux macarons, et entre le scliah de Perse et la reine Victoria il ne manquait qu’un trou et des boules pour donner envie de gagner un lapin.
Malgré le désagrément de nous trouver assis comme chez nous, nous n’en fûmes pas moins charmés de l’accueil princier qui nous fut fait. Après les compliments d’usage, l’ambassadeur nous présenta à ses fils, jeunes gens fort distingués, habillés par Dusautoy et n’ayant de persan que la pointe de leurs bonnets de drap noir. L’interprète nous expliqua combien leur éducation était complète, et par une singulière malice, il ne nous apprit qu’à la fin qu’ils parlaient admirablement bien le français. Heureusement que nous ne nous étions pas trop laissés aller aux réflexions biscornues qu’auraient pu motiver quelques détails de cet étrange intérieur.
On nous fit visiter en règle les appartements, les jardins et les écuries ; véritables merveilles, où je vis pour la première fois ce luxe asiatique dont les Persans aiment encore à s’entourer, mais qui est presque toujours gâté par quelque bibelot de mauvais goût ou par quelque accessoire ridicule de nos usages les plus prosaïques. La salle de bain, tout en faïence
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(le Perse, et les hoiscries pcinles des plafonds furent particulièrement l’objet de notre admiration, et nous partîmes les poches pleines de sucreries , n’ayant pu rien refuser de tout ce (jue l’on nous avait offert, sous peine d’enfreindre les lois les plus strictes de la politesse orientale. Nous poussâmes même la distinction Juscju’à imiter les bruits gutturaux involontaires qui résultent généralement d’une indigestion, et qui sont ici très-bien vus, en raison de l’inconvenance dont ils sont beureusenient taxés chez nous.
Après avoir produit notre petit effet, nous avions pris congé de" nos hôtes, charmés de nos bonnes manières, lorsqu’on sortant, nous nous heurtâmes contre un colosse noir et brillant que l’obscurité d’un couloir nous avait dissimulé ; au cliquetis de ses chaînes de montre, nous reconnûmes que c’était un eunuque harnaché de bijoux comme un mulet espagnol. Gardien du harem particulier de l’amha.ssadeur, ce hel homme était bien le type de ces êtres monstrueux que nous avions déjà eu l’occasion de remarquer au Caire. Tout en jambes, vêtu d’étoffes criardes, ce baldaquin vivant était couvert de pierreries, de colliers, de bagues et d’anneaux qui annonçaient de loin sa présence. 11 nous salua, et ne comprit pas toute la compassion que nous inspirait sa position sociale. Un sabre plus grand que lui traînait au bout d’une écharpe de soie et faisait penser à