‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 19 sur 47 · I.K FAYOIIM · texte numérisé non relu

I.K FAYOIIM

liarbe-lileue ; aussi ne restâmes-nous pas longtemps à flâner dans ce mystérieux corridor.

Les femmes seules ont le privilège .de pouvoir entrer dans ces harems, dont l’imagination de quelques écrivains s’est plu à donner les descriptions les plus invraisemblables et les plus fausses.

Lu Orient, le barem est un luxe plutôt qu’une institution sociale, et la vanité y tient plus de place que la débauche. Le harem est le baromètre de la fortune d’un grand personnage, et ses revenus s’apprécient d’après le nombre de femmes qu’il compte dans son gynécée comme des chevaux dans ses écuries. Le nombre des eunuques qui sont à la j)orte' en donne au juste l’évaluation.

Quant à la vie de ses hôtes, on n’en avait eu jusqu’ici que des aperçus très-incomplets, donnés par les visiteuses autorisées à y pénétrer. La sœur du célèbre égyptologue Lane a résumé très-heureusement tout ce que l’on a pu voir, dire ou écrire jusqu’ici à ce sujet. Son livre intitulé V Anglaise en Egypte est un récit des plus intéressants du détail de ces intérieurs mystérieux, des fêtes somptueuses, du luxe de bijoux et de pierreries qui y dépasse tout ce que nous pouvons imaginer de plus extravagant. Lue voyageuse privilégiée nous racontait y avoir vu des porte-cigarettes ornés de diamants qui pouvaient représenter plus de cinquante mille francs pièce.

La réclusion des femmes de harem a été fort

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exagérée; car si les liomines n’y eiilreiit jamais, les i'einmes ont la facilité d’en sortir pour aller an bain ou pour se rendre visite entre elles. Combien de fois en ai-je rencontré sur leurs ânes richement caparaçonnés, qui circulaient librement dans les rues, simplement précédées d’un sais ou d’un esclave.

Les femmes que l’on ne voit pas en Orient sont évidemment les plus belles, celles que l’on voit sont plus étranges que jolies, et celles que l’on regrette d’avoir vues sont les plus faciles à se laisser admirer. Les marchandes d’oranges sont généralement très-libérales en tout comme dans le débit (!e leur marchandise, qui n’est qu’une enseigne, et quelques quartiers du Caire sont particulièrement dotés de ces houris-clubs , qui sont là-bas la chose la plus simple et la plus naturelle.

Les noms de femmes ne sont pas très-variés; grâce à cette simplification, on peut facilement s’attirer la faveur de voir la physionomie des habitantes de tout un quartier.

Fatma! Fatma! crie-t-on au hasard dans une -rue, et quinze à vingt Fatmas entre-bàillent automatiquement les soupiraux des moucbarabièhs , semblables aux oiseaux des pendules à coucous. Dans la collection, quelques-unes méritent certainement les frais de ce subterfuge grossier. C’est une Fatma que notts décidâmes à venir poser chez nous. C’était nouveau pour elle, et en notre honneur elle

s’élait l'ait accompagner de ses plus riches ornements. Grande et belle fille, sa tête fine et expressive était bien le type de la femme égyptienne dans tout son épanouissement; son seul défaut était de boire de l’araki comme un chamelier et de fumer comme un Suisse.

^lais on ne peut pas avoir tout à la fois. La gourmandise et renfantillage les plus comiques forment le caractère particulier de ces natures naïves et presque sauvages, qui tie sont élevées que comme des oiseaux rares ou comme des chiens savants, pour bien danser, bien chanter, bien boire, bien fumer et bien dormir. Fatma ne craignit pas de fouler aux pieds la loi du Prophète, qui interdit spécialement la photographie et toute reproduction de la figure humaine. Deux jours de suite elle vint s’installer chez nous; elle ne s’y trouvait pas malheureuse, car nous eûmes du mal à lui faire comprendre que des affaires de la plus haute importance nous réclamaient ailleurs. Elle emportait, du reste, des bakchichs variés et suffisants pour éterniser notre souvenir dans son cœur; elle se trouvait hériter du stock de cravates à treize sous qui n’avaient pas eu de placement au Fayoum , et qui devaient n’avoir rien de commun avec les moines austères du Sinaï.

Une cérémonie capitale de la religion musulmane se trouvait coïncider avec notre séjour au Caire, et devait nous laisser un des plus beaux souvenirs de

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