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En qiialilc de plus jeune de la bande, le plus grand de nos huit dromadaires officiels me fut dévolu ; il mesurait trois mètres vingt-cinq centimètres au garrot. Je recommandai mon âme ivDieu, et je procédai à mon ascension. On les avait fait mettre à genoux; une fois le patient assis sur la selle, le dromadaire se relève instantanément. C’est un excès de politesse de sa paî t dont on ne lui sait aucun gré, car son zèle dans cette opération procure le plus élTrayant balancement que l’on puisse se figurer, en raison de l’inégalité de longueur qui existe entre ses jambes de derrière et celles de devant. Je fis bonne contenance; je dominais tous mes voisins, et je n’étais pas très-rassuré de cette supériorité purement locale.
On a fort exagéré le malaise que l’on éprouve sur ces montures, et la résistance que l’on fait au mouvement naturel de la selle est seule cause des résultats qui sont quelquefois obtenus sur ces navires du désert. 11 n’y a pas de roulis prop^’ement dit, c’est un tangage très-régulier et très-supportable. L’habitude nous fit bientôt trouver des plus naturels ce nouveau genre de locomotion , et nous avions fini par faire de la haute école qui excitait l’admiration de notre escorte.
Notre première étape ne fut pas longue; sans quitter le sable fin, nous devions atteindre bientôt Aïn-Mouça J les sources de Moïse.
A DROMAI) AlRIil.
Xous cuirions au dcscrt par d-cs dîmes (ruii sable blanc el d’une exlrèine finesse, ce qui aüénua beaucoup pour nous le côté faligant de cette première séance de bosse mobile; nous laissions derrière nous la petite ville de Suez, qui disparut bientôt, adossée qu’elle est aux flancs escarpés du Djehel- Àttaka ; celte montagne, aux tons rouges, domine la rade et se perd à l’in fini sur la côte méridionale de la mer, qui en reflète les tons ardents. L’absence absolue d’eau potable à Suez donne une grande importance aux cinq fontaines que l’on trouve en cet endroit; la nature du sol et la présence de ces eaux y ont favorisé la végétation; en effet, de gracieux palmiers et des bouquets d’arbres viennent abriter ces sources; deux babitants y avaient installé des jardins et constituaient toute la population de ce petit square rafraîchissant. C’est là que nous passâmes notre première nuit au désert, et. cette seule pensée n’était pas sans un certain charme pour nous.
Les séances dHmmensité commencer, et
nous nous y préparions de notre mieux. La petite bande, confinée, pour cause de tapage nocturne et diurne^ sous une tente spéciale, s’ingéniait déjà dans l’invention des aménagements les plus confortables, et Robinson dans son île nous eût certainement décerné un premier accessit de menuiserie : séchoirs, porte-bottes, porte-revolvers, porte-pipes,
LE S IN AI
porle-sahrcs, porlc-cigares , porte-plumes,, il n’y manquait que des port... rai ts de famille.
Rangés à la corde comme des chevaux en campagne, nos dromadaires et nos chameaux de charge formaient une partie des plus intéressantes de notre campement. La distribution de leur nourriture quotidienne et leur entretien étaient pour nous trèsinstructifs, dans la nécessité où nous allions être de vivre deux mois sur leur dos.
Avant de gravir de nouveau ces bosses amies, qu’il soit permis de rectifier le singulier préjugé qui jusqu’ici veut faire du chameau e*t du dromadaire deux animaux de race différente : le dromadaire et le chameau sont identiquement le même animal, avec la seule distinction que l’un n’est qu’une hèle de somme et que l’autre est exclusivement dressé pour la course. Le dromadaire est élevé comme le cheval anglais, tandis que le chameau n’a d’autre objet que de transporter les fardeaux.
Il n’existe donc pas plus de différence de race entre eux qu’il n’y en a chez nous entre le pur sang et le cheval de fiacre.
Ceci posé, entamons hardiment le désert, qui s’étend à l’infini devant nous.