I.KS WADIS
\os tentes, alignées au bord de la mer, se séchaient au soleil en attendant le départ, lorsque nos Arabes nous signalèrent à l’horizon l’approche de deux êtres humains; quelques-uns de nos hommes allèrent au-devant d’eux et les ramenèrent au campement.
A peu près nus, deux squelettes étaient devant nous, les yeux démesurément ouverts et faisant signe qu’ils mouraient de faim. Ces mallieureux étaient deux pécheurs dont la tempête des jours précédents avait fait échouer la barque. Pendant deux jours ils avaient vécu de poisson cru, mais depuis quatre jours ils n’avaient rien mangé : leur aspect était effrayant. Nous étions leur providence. Notre colonel et notre docteur rivalisèrent de soins, et leur firent donner quelques aliments qui les restaurèrent peu à peu ; puis , comme nous allions repartir et que ces malheureux devaient retourner fà Suez, on les fil mettre sur un rang, et on donna à chacun trois pains, une bouteille de vin et deux d’eau-de-vie : c’était tout ce que nous pouvions distraire de nos provisions, c’était ce qui devait leur suffire pour parcourir un aussi long trajet.
Rien ne peut rendre la gratitude de ces hommes que nous arrachions ainsi à une mort certaine, et je n’oublierai jamais les larmes de reconnaissance qu’ils versaient en prenant congé de nous.
Nous partions nous-mêmes dans le sens opposé ;
LE S IX AI
mer était splendide, et le sable fin, jonché de coquillages éclatants, était la route naturelle que nous avions à suivre. Les montagnes , à notre gauche, s’élevaient comme de gigantesques murailles à étages superposés. Des dégradations naturelles de la pierre semblaient être les sculptures de ces constructions féeriques, et leur hase , travaillée sans doute par les pluies, s’élargissait en forme d’escaliers dont les marches régulières étaient du plus saisissant efî’et. \ous avions l’air de gravir les degrés de temples indiens se multipliant devant nous comme par enchantement. C’est dans ce dédale de marches qu’il fallait monter et descendre successivement, que nous eûmes le regret de perdre Xina, notre chienne. Un dromadaire lui avait posé le pied sur le dos; cette forte secousse l’avait tellement eflVayée qu’elle s’enfuit, et tous les efl’orts de nos chameliers ne purent la faire revenir. Dans ces solitudes arides, et en raison de la distance où nous étions déjà de Suez, cette pauvre hèle dut mourir de faim ou servir de pâture à quelque bande de chacals. Ce fut un deuil général pour la caravane, et cet accident vint gâter pour nous le spectacle admirable qui ne cessait de se dérouler sous nos yeux.
A mesure que nous avancions, les montagnes devenaient plus hautes et se paraient de colorations encore plus vives que celles que nous avions déjà rencontrées les jours précédents.