I.KS WA DIS
Nous avions dû quitter la côte, et nous étions rentrés au cœur de ces gorges effrayantes dont l’œil exercé des Arabes peut seul deviner l’existence, tant les parois de la montagne sont rapprochées.
Le IVadi-el-Amârah fut pour nous l’occasion de I saluer les premières sources d’eau amère, qui sont si fréquentes dans ces contrées montagneuses. On considère ces' eaux comme étant la fontaine amère de Marah^ que les Hébreux rencontrèrent dans leur parcours. Lepsius n’est pas de cet avis; mais l’eau n’en est pas moins impotable. Trompés par son apparente limpidité, nos chameaux et nos montures y plongèrent 'la tête en faisant d’horribles grimaces. Comme goût, elles ont une grande analogie avec les eaux de la mer Morte, et si elles contiennent des principes minéraux différents, elles ont comme ^ elles le goût d’une infusion d’allumettes chimiques. I ^ Nous n’avions fait qu’y tremper les mains et le visage ; ^ mais leur action corrosive nous avait couvert la peau de cloches et imprégnés de sels dont nous eûmes beaucoup de mal à nous défaire.
C’était le 25 février : le mardi gras se traduisait à Paris par des^hals masqués, qui nous manquaient certainement ; les coiffures les plus pittoresques furent arborées par toute la colonie, et l’on tailla sous la tente un petit hac qui fut émaillé des meilleurs crus; les toupies, Jules et tous les joujoux de la société furent de la fête, et notre veillée sinaj-
LE S IX AI
• tique ne le céda en rien, pour la gaieté, aux réveil-' Ions les plus réussis de la patrie absente.
D’abord , personne ne paya au jeu ; puis, fort avant dans la nuit, la petite bande exécuta des pronie- ^ nades aux flambeaux qui inquiétèrent beaucoup nos domestiques sur notre situation mentale. Les cbants les plus patriotiques étaient alternés avec les scies d’atelier du meilleur goût , et devaient fort étonner les échos de ces vvadis bibliques, qui n’avaient sans doute rien entendu de pareil depuis longtemps. Les fanons s’éteignirent enfin, et le désert eut un peu de répit.
Le lendemain , nous nous ressentions évidemment un peu de ces joyeuses manifestations, car le lever fut difficile à obtenir. Les tentes étaient pliées et chargées , que quelques-uns ronflaient encore à l’air libre.
Le IVadi-Schilla fut le point du voyage où les montagnes dépassèrent, par leurs étranges colorations, tout ce que nous avions pu nous imaginer de plus violent et de plus bizarre : entièrement rouge vermillon ou jaune d’ocre, elles semblaient être peintes; sur leurs flancs dédiirés, diverses couches géologiques vertes, bleues et violettes décrivaient des arabesques impossibles à rendre vraisemblables.
Voulant en avoir le cœur net, l’un de mes amis et moi nous fîmes l’ascension de la plus rouge, pour