‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 38 sur 47 · PET K A · texte numérisé non relu

PET K A

1^’cssés comme des enfants qui veulent voir tout de suite la petite bête, nous avions abandonné nos dromadaires, qui, pour arriver à la ville, devaient effectuer encore un assez long trajet, et à travers les rochers et des buissons très-mal entretenus, nous étions descendus en courant au fond du ravin, qui devait nous servir d’antichambre.

Arrivés en bas, nous nous trouvâmes au bord d’un frais ruisseau abrité de magniliques lauriersroses à l’état d’arbres vigoureux, et à l’ombre de ce bois nous attendîmes l’arrivée de nos montures et surtout du drogmaii, en raison du caractèie peu gracieux des indigènes, qui nous invitait à prendre les plus grandes précautions pour aborder ces parages sinueux. Il fallait faire son entrée en colonne et se compter de temps en temps, car nous allions débuter par le défilé le plus extraordinaire que l’on puisse imaginer.

Comme toujours, notre arrivée avait été signalée, et nous étant avancés un peu plus, nous nous trouvâmes nez à nez avec deux llédouins du pays; armés (|u’ils étaient de longs fusils, de pistolets et de couteaux , ces messieurs ne nous inspirèrent qu’une médiocre confiance, et -nous fûmes très-froids à leurs avances. Pour entrer en conversation, ils nous offrirent de leur acheter quelques perdrix grises très-ordinaires; mais, en l’absence de notre drogman , nous étions d’une réserve très-étudiée , et

U\E VILI.E MOAiOLlTHK.

nous leur répondîmes avec beaucoup de politesse que nous sortions d’en prendre.

Enfin la caravane arriva; on massa les bagages, et, notre sclieik en tète, notre entrée dans Pétra commença. 11 ne manquait que Strauss et son orchestre pour nous transporter à P un de ces défilés d’opéra ou de féerie méthodiquement ordonnés.

Xous entrions dans la montagne par une gorge si étroite, que nous dûmes bientôt descendre de nos montures pour ne pas nous briser la tête contre les roches qui surplombaient au-dessus de nous à une hauteur de plusieurs centaines de mètres. Les deux parois de la montagne se trouvent tellement rapprochées en cet endroit, que la lumière du jour n’y arrive que par une cassure qui elle-même ne la reçoit que par ricochet. Cette demi-obscurité accentue le caractère saisissant de cette caverne prolongée.

Es-Sik^ tel est la dénomination de ce couloir fantastique, qui fait penser à l’enfer de Dante beaucoup plus qu’à la grandeur romaine; la coloration exclusivement rouge de la montagne complète cette impression infernale, et Orphée ne serait pas déplacé dans ce corridor incandescent et terrible.

A l’entrée de cette gorge féerique, les Arabes nous firent remarquer une arche en plein cintre hardiment jetée au-dessus du passage. Cette construction est purement décorative, car, vue de plus

PÉTRA

près, elle ne saurait servir de pont et ne relie entre elles que des roches inaccessibles; on y remarque douze niches où devaient figurer autrefois douze statuettes; mais l’islamisme est venu religieusement les supprimer, comme toutes les autres représentations de la forme humaine qui pouvaient se trouver dans les divers monuments de la ville.

Un Anglais, dit-on, paya fort cher pour traverser cette petite arcade ; mais son passage produisit un ébranlement tel au monument, qu’il ne consentit jamais à revenir par le meme chemin; il fallut toutes les cordes de la tribu pour le descendre de là-haut, où, en fait de perspective, il n’avait trouvé que celle de mourir de faim.

Dans le parcours de ce Sik étrange, l’on rencontre déjà les traces de plusieurs constructions roniaines, entre autres les restes d’un aqueduc pris dans l’épaisseur de la roche même et qui, en conduisant les eaux de V Aïn-Mouça au centre de la ville, devait ])ermettre de suivre le ravin à pied sec. Cet aqueduc est en ruine, et c’est les pieds dans l’eau (jue l’on effectue une grande partie de ce singulier trajet. Quoique ce soit l’unique passage pour arriver à la ville du côté sud , là comme partout les cantonniers brillent parleur absence; les braves gens du pays se garderaient bien d’enlever les cailloux ronds et glissants qui encombrent le lit du torrent et compliquent ce chemin aquatique de la façon la plus

UXE VILLE MONOLITHE.

désagréable. Ce n’est peut-être qu’un calcul pour mieux intimider les voyageurs, en leur faisant apprécier les difficultés qu’ils auraient à s’en aller sans la permission des indigènes.

Partagés entre notre admiration pour cet endroit merveilleux et les douloureuses contorsions de nos chevilles tournantes, nous suivions ce défilé depuis une demi-heure environ, lorsque l’apparition la plus imprévue se produisit à nos yeux éblouis : éclairé comme par un jet de lumière électrique rouge, un temple tout entier se dressait devant nous. C’était le premier que nous rencontrions, et sans contredit le plus intéressant de tous les autres édifices de Pétra. Il porte le nom de Khaznkh- Fi/oun^ Trésor de Pharaon, quoique son architecture corinthienne ne laisse aucun doute sur son origine; mais c’est par habitude que tout ce qu’il y a d’architecture sérieuse en Orient est invariablement attribué à un Pharaon d’Egypte.

Le monument tout entier est taillé d’un seul morceau dans la paroi rouge du rocher, et présente l’ensemble d’un temple dont la façade, à deux étages, est surmontée d’un petit pavillon circulaire orné de colonnes. Dans son ornementation, ce petit donie final est surmonté lui-même d’une urne assez massive, dans laquelle les Arabes se figurent qu’un trésor est renfermé. De nombreuses traces de balles

indiquent les tentatives infructueuses qu’ils ont faites

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