‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 40 sur 47 · P ET HA · texte numérisé non relu

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leurs auleurs plus de hardiesse que de savoir et plus de mauvais goût que de naïveté.

Il nous restait à voir un grand nombre de tombeaux et de temples inachevés ou en ruine; ils se dissimulaient si bien dans les rochers dont ils étaient formés, que le secours de nos horribles guides n’était pas de trop pour découvrir ces monuments, enfouis quelquefois sous d’énormes massifs de lauriers-roses et de lianes.

C’est la plus riche collection de cavernes de voleurs que l’on puisse imaginer, et si Cartouche voulait monter une communauté de ses confrères, il trouverait là un pays tout naturellement approprié à leur éducation. Parmi les nombreux tombeaux que nous rencontrions en suivant le cours de l’Aïn- Mouça, l’un d’eux mérite une mention spéciale : il possède sur son fronton une inscription latine très-bien conservée, et où le nom du préfet Florentinus est facile à déchiflrer. Ce fonctionnaire mort à son poste nous intéressait, et son nom plein de gaieté contrastait étrangement avec le côté terrible et navrant de sa dernière résidence.

Après une revue consciencieuse d’une foule de tombes analogues, où les débris de tous les styles d’architecture se heurtaient, un petit conciliabule fut tenu entre nous et nos Arabes, car il s’agissait d’une ascension fatigante à faire, pour aller voir l’un des monuments les plus considérables de Pétra,

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mais qui est, sans coiilrodit, le plus laid par son architecture indéfinissable. C’est le couvent El-Deh\ que nous avons spontanément surnommé Saint-Sulpice avant la lettre, La ressemblance de ces deux •édifices, qui ne se sont jamais vus, nous parut extraordinaire, et il ne manquait qu’une fontaine avec des lions, pour nous croire magiquement transportés au cœur du sixième arrondissement.

Des colonnes doriques soutiennent un premier fronton surmonté d’une immense galerie, comme à Saint-Sulpice. Un second étage et un nouveau fronton viennent surcharger ridiculement cette façade, dont les grandes proportions ne rachètent pas le mauvais goût.

Le suisse n’étant pas là, nous entrâmes très-irrespectueusement dans ce sanctuaire, oîi la petite bande exécuta le charivari le plus infernal. On déjeuna très-consciencieusement sur les degrés du temple , et la digestion se fit en démolissant à coups de pierres des nids de chouettes et de chauves-souris , seules locataires de ce palais désenchanté et désenchanteur. Les enragés de points de vue à vol d’oiseau peuvent s’offrir, de là, le panorama d’une série de pics plus éloignés les uns des autres et que le mont Hor domine comme un géant.

Ce qui nous frappa surtout dans ce voyage aérien, ce furent les escaliers creusés dans le roc et assez bien conservés que l’on gravit dans tout le parcours

PETRA

(le cette ascension. D’énormes lézards verts et biens se cbauffaient au soleil et se sauvaient à notre approche. Dans plusieurs endroits, des bouquets de lauriers-roses encombraient absolument le passage, et c’était à quatre pattes que nous devions circuler pendant plusieurs minutes, pour ensuite reprendre la rampe.

Au départ, un seul des hommes séjieux de la caravane s’était joint à la, petite bande intrépide; malgré tout son courage, nous avions dû l’abandonner à moitié route, nous proposant bien de- le reprendre au vol lorsque nous descendrions de la montagne. En revenant, il n’était plus à la place où nous l’avions laissé, et notre inquiétude était grande, car d’énormes précipices ornaient les abords de ce petit carrefour, et nous craignions un accident-; les cris, les sifflets, les détonations d’armes, tout fut. tenté pour lui venir en aide, dans le cas où il se serait égaré dans les mille détours de ces rochers inextricables, et ce ne fut pas sans une grande inquiétude que nous revînmes au camp sans lui.

Voici ce qui lui était arrivé : s’étant endormi au point où nous devions le retrouver, il avait été réveillé subitement par un bruit de branches que ne légitimait en rien la tranquillité absolue de l’atmosphère; il s’était retourné et s’était vu nez à nez avec un pionsieur du pays fort bien armé et qui avait l’air

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