‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 41 sur 47 · U\E VILLE MONOLITHE · texte numérisé non relu

U\E VILLE MONOLITHE

de Tobserver dans les pins mauvaises inlentions. Le fusil de notre ami n’était pas inutile pour maintenir à distance cette désagréable apparition, et il était revenu seul, opérant à reculons une retraite en bon ordre, très-difficile, car le moindre accident de terrain pouvait être un piège et favoriser l’audace de son observateur acharné. Cette aventure nous rendit moins imprudents dans les perquisitions que nous aurions été tentés de faire seuls dans ce pays inhospitalier; nous ne quittions plus nos fusils et nous ne partions que par groupes, ne nous éloignant plus du Forum ni des monuments du centre de la ville.

Vers la partie sud, une colonne restée toute seule

debout au milieu de nombreux débris constitue

l’une des pièces curieuses de cette étrange cité. C’est uniquement par le surnom qu’elle porte que cette colonne est intéressante; et c^est encore ce pauvre Pharaon qui en fait les frais : Zuhb-Fir'oun (Hasta virilis Pharaonis), telle est la singulière dénomination de cette colonne, qui s’obstine à menacer le ciel, pour la plus grande gloire du Pharaon qui peut en revendiquer la parrainage. Le mauvais temps et notre désir de ne pas nous écarter du campement nous invitèrent presque tous à faire une étude de ce morceau vénéré d’architecture.

Notre séjour à Pétra commençait à nous inquiéter et notre situation devenait de plus en plus critique.

Mos rapports avec le scheik iVossar laissaieiif entrevoir des complications, et nous pensions déjà fortement an départ; depuis trois jours les exigences des frères et amis devenaient intolérables pour notre pauvre cuisinier et pour nous. Après avoir mis à sec nos infortunées cantines, ces estimables voleurs venaient se coucber jusque sur les ])iquets de nos tentes, dont ils agitaient nécessairement les cordes par le moindre mouvement.

Ces inconvénients et le désagrément trop facile à apprécier de ce voisinage inspirèrent à la petite bande des stratagèmes qu’Ulysse lui-même n’aurait pas trouvés pour se défaire de ces gêneurs. Chez ces misérables , insensibles à toute espèce de raisonnement, le sentiment de la pudeur se trouve développé de la façon la plus inconcevable. Nous l’avions déjà observé, et nous sûmes exploiter babilement cette qualité déplacée : vêtu de ses bottes seulement, l’un de nous sortait de la tente, et comme Joseph chez Piitipbar, ces brigands pudibonds prenaient la fuite en se voilant la face, mais sans oublier leur mac-farlane.

Chaque soir, ils nous agaçaient par leurs conversations interminables, qui se prolongeaient quelquefois fort avant dans la nuit, et ce diable de Forum résonnant comme une guitare, nous courions le risque de veiller beaucoup trop souvent et malgré nous.

L'\K VILLE MONOl.ITHE.

liCui* cüiirémicc avait élé plus cxaspéianlc que jamais; de mon lit, j’inlcrpcllai personnellement i’iin d’eux, dont la voix stridente ne nous était que trop connue; nous l’avions surnommé Agamemnon. J’avais ajouté à son nom un adjectif français fort énergique, et quelques mots bien sentis, d’un style très-imagé, avaient rendu surabondamment ma pensée, lorsque l’Arabe interpellé se mit à répéter très-distinctement les trois derniers mots colorés de ma dernière phrase. Cet écho, d’une limpidité surprenante, me fit tenter un second essai ; même succès.

Je..., disais-je. — Je..., répondait l’Arabe . — Suis... — Suis, disait l’écbo... — Une canaille... — Une canaille... — Un voleur... — Un voleur. — J’ai... — J’ai... — Assassiné... — Assassiné. — Alon père... — Alon père... — J’ai pendu mon oncle etc...

Et ainsi de suite jusqu’à extinction d’horreurs. OEdipe en aurait frémi d’épouvante.

Xotre perroquet humain mettait une attention merveilleuse à ne détériorer aucune des syllabes des mots, qu’il accentuait avec énergie, à la joie de tout notre campement.

Si la mémoire de cet élève adulte est au^si merveilleuse que sa prononciation, il court le risque de scandaliser fortement bien des voyageurs par son

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