‹ Le Fayoum, le Sinaï et PétraChapitre 44 sur 47 · SORTIE DE PÉTRA · texte numérisé non relu

SORTIE DE PÉTRA

proches des autres frères et amis, qui trouvaient qu’il avait mal rempli le mandat impératif dont ils l’avaient chargé.

Ils avaient dii le traiter de proj)re à rien, de traître et de vendu, car les cris et les contestations qui s’élevèrent à son retour entre les plus considérables types de son état-major arrivaient jusqu’à nous, et ne nous inspiraient qu’une très-médiocre confiance dans notre situation. L’effet ne s’en fit pas longtemps attendre : nous étions arrivés aux confins de la tribu de Pétra , des tas de pierres symétriques indiquaient la limite du pouvoir du scheik, et nous avions déjà échangé des adieux hypocrites avec cette bande de voleurs , lorsqu’en nous retournant nous aperçûmes deux d’entre eux qui, ayant pris de l’avance dans la même direction, se trouvaient nous barrer le chemin la Innce en arrêt.

.Vous ne comprîmes pas de suite cette manœuvre, mais au moment où nous passâmes devant ces deux cavaliers, l’un d’eux, neveu du scheik Nossar, rejeta son manteau en arrière et démasqua la gueule d’un énorme pistolet dirigé contre notre drogman. Celui-ci n’aurait même pas eu le temps de tirer son sabre , mais trois de nos revolvers s’étaient déjà tournés contre le cavalier.

Le moment était palpitant, car un geste de trop pouvait tout perdre; Lejeune scheik comprit sans doute le danger qu’il courait personnellement, car

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il releva son arme et disparut au galop de son cheval. Notre modération nous avait sauvés, car si l’un de nous avait cédé au désir de briser la tête de ce bandit, ce coup de feu devenait le signal d’une attaque générale , où nous aurions eu tout le désavantage, malgré la longue portée de nos fusils.

Nous aurions pu nous offrir, il est vrai, la peau de tous les scbeiks que nous avions là sous la main , mais le bruit de la fusillade se serait vite entendu, et nous aurions eu bientôt sur les bras plusieurs tribus tout entières. A coup de pierres, dans ces défilés impraticables, ces brigands auraient fini par avoir raison de nous, et nous nous félicibàmes du sang-froid qui nous permit de ne pas mettre si imprudemment le feu aux poudres.

La descente de la montagne s’effectua en silence, et non sans de fortes interpellations contre les aimables gredins à qui nous venions d’échapper.

Adieu canailles! disions-nous, adieu voleurs, assassins, brigands! Avec vos pistolets de paille et vos sabres de bois, sans vos chemins et vos montagnes inaccessibles, nous n’aurions fait de vous qu’une purée !

Notre ambition était de revenir un jour à Pétra pour surprendre et exterminer jusqu’au dernier ces affreux bandits.

La chose avait déjà été tentée, mais toutes les fois qu’on s’était présenté en force dans la contrée,

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011 ii’y avait plus trouvé personne. Ces iioniades s’envolaient plus loin, pour reparaître lorsque l’on était las de perquisitions infructueuses.

Sous Ibraliiin-Paclia , ils reçurent pourtant une forte tripotée , qui les rendit moins exigeants envers les voyageurs et vis-à-vis de la caravane de la Mecque, qu’ils se permettaient d’aller piller de temps en temps par dévotion.

Que le choléra passe souvent par là, c’est tout ce que nous pouvons souhaiter de mieux pour le nettoyage de ce vilain pays, et ce serait le meilleur coup de halai à donner sur cette vermine dangereuse. Nos hoîtes de produits photographiques offraient un assez joli assortiment de remèdes violents contre la vie, et considérant l’entrain de ces brigands sur le sucre , nous eûmes un instant la pensée de les empoisonner en les faisant trinquer au cyanure; mais ce projet , quoique charmant, était impraticable, toujours en raison de la difficulté des chemins pour le retour.

Qui veut la fin veut les moyens : nous nous contenterons de leur envoyer des caisses de la Revalescière Duharry ou un abonnement au Constitutionnel.

Pendant plusieurs heures cependant nous nous entretînmes dans une douce méfiance, et pour prévenir quelque surprise, nous avions activé là marche de nos bagages. Enfin, à moitié route de cette

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pénible descente, les chemins devinrent un peu plus praticables, et nous nous sentions plus près de la plaine, où jamais ces sauvages n’auraient eu l’audace de venir nous attaquer.

Les petits événements qui avaient émaillé notre sortie de Pétra n’étaient pas faits pour nous faire trouver très-pittoresques les gorges et les wadis de craie blanche que nous traversâmes successivement le plus vite possible, sans le moindre désir de nous y installer.

Nous entrions dans le IVadi-Arahah ^ qui est aussi large que les autres wadis sont généralement resserrés; c’est une plaine où des arbustes et des buissons ne se font remarquer que par le désordre de leur chevelure, et par les formes noueuses de leurs branchages. Non loin de notre campement, trois sources nous donnèrent de l’eau très-malpropre, qui lit la joie de nos chameaux et de nos Arabes; nous diimes encore ce soir-là nous rattraper sur le vin, qui venait toujours à propos nous consoler de tous nos malheurs.

C’est dans ces parages sablonneux et doués cej)endant d’une végétation suffisante, que nous vîmes très-distinctement passer des bandes de gazelles.

elles défiaient de loin la rapidité de nos montures et la portée de nos fusils, pendant que plusieurs de nos hommes, se divisant par escouades, tentèrent de les cerner et de les prendre à la course. Ce qui

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leur réussit quelquefois, paraît-il, car si ces animaux sont doués’ d’une agilité incomparable, la nature leur a donné peu de cervelle, et il n’est pas rare qu’affolés ils viennent se jeter eux-mémes dans les pièges grossiers qui leur sont tendus.

En quittant cette vaste série de dunes, nous nous trouvâmes rattraper une petite caravane composée de trois hommes et d’un àne.

Sur l’àne était un vieux Syrien, marchand de Damas, qui était allé tout seul vendre des étoffes dans une tribu voisine de Pétra, dont il avait la pratique. Son industrie étant de première nécessité, il nous expliqua combien les scbeiks et les tribus étaient intéressés à le laisser circuler librement. Il faisait même, paraît-il, d’assez bonnes affaires avec ces brigands, qui le payaient avec l’argent volé aux voyageurs ou aux caravanes.

Parmi ses deux acolytes se trouvait un Arabe qui avait été oublié en route par la caravane de la Mecque. S’étant endormi à un campement, il avait trouvé la caravane partie à son réveil, et était parvenu «à retrouver son chemin en vivant de feuilles et de racines.

Le troisième de ces singuliers- voyageurs était un véritable sauvage : entièrement nu, il n’avait pour tout vêtement qu’une énorme massue et une houppe de cheveux soigneusement ménagée sur l’extrémité du crâne; il nous intéressait particulièrement par le

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sourire de salislaction qui régnait peipétuellement sur son étrange figure.

Ces tiois voyageurs nous firent demander la permission de suivre de près notre caravane, pour donner moins de prise aux attaques des Bédouins (le la contrée. \'ous n’y voyions pas d’obstacle , et nous pûmes étudier à fond ces trois singuliers types.

Pour ma part, j’avais pris ce gorille en affection; il m’avait laissé toucher sa massue, et nous nous faisions des grimaces d’amitié qui nous liaient désormais , à la vie , tà la mort.

Nu-pieds sur le sahle brûlant, il courait chercher des broussailles qu’il donnait à mon chameau. C’était tout ce qu’il pouvait faire pour m’étre agréable. Voulant reconnaître ce bon procédé et désirant voir surtout ce qu’il en ferait, je lui donnai un bichelique, grande pièce de monnaie arabe sans valeur. Mon intention était bonne, et le résultat en fut peutêtre désastreux : car à peine le monstre eut-il reçu cette pièce dans la main, qu’il roula de grands yeux, puis regardant si on ne l’observait pas, il se sauva et disparut à travers le désert.

Ne comprenant rien à cette manœuvre de sa part, j’en demandai l’explication au marchand , qui me dit qu’il s’était sauvé de peur qu’on ne lui reprît sa pièce , et il ajouta que ce malheureux ne connaissant pas les chemins allait sans doute se perdre et mourir de faim dans qmdque trou.

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