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O VOUS qui rencontrerez des aveugles dans le désert, ne leur faites ])as l’aumône; leur donner un sou serait les envoyer à la mort ! Ma bonne action m’attrista beaucoup et nous priva de ce type curieux à observer, car il ne buvait pas, il ne mangeait pas, il était gros et gras, et il riait toujours. Avec de l’or, c’est moi qui ai fait son malbeur.
Xous quittions enfin le Wadi-Arabah : vaste bassin desséché d’une mer intérieure où se serait formé le large lit d’un fleuve, tel est bien l’aspect de cette plaine immense, désert aride et brûlé par un vent sec et opiniâtre.
Xos tentes se trouvaient dans un creux où elles présentaient l’aspect le plus imprévu, en raison de l’inégalité du sol sur lequel elles avaient été dressées; plusieurs de nos lits chavirèrent pendant la nuit , et nous ne demandions qu’à changer dé position.
Coupée par pans inclinés du haut en bas , la montagne que nous avions à franchir présentait la forme d’une immense toiture glissante que nos chameaux et nos bagages eurent grande peine à escalader. Ils durent même exécuter un énorme détour, qui nous lit perdre la moitié d’une journée. Plus agiles, nous avions entamé hardiment l’ascension (le ce vaste mur incliné; mais comme toujours notre œil s’était abusé sur les distances, et plus nous montions moins nous semblions nous rapprocher du
:m PÊTRA.
l)ut. C’était exaspérant, surtout en considération de nos chaussures, pour lesquelles cette journée de lames de rasoirs fut mortelle.
Comme des couvreurs accrochés aux tuiles , nous nous arrêtions de temps en temps pour nous voir grimper les uns les autres ; nous nous attendions quelquefois, et nous nous faisions l’etfet de hannetons cherchânt à lutter vainement contre un carreau. Mais : labo?' omnia vincit imjn'ohus ^ et nous arrivâmes, à quelques déchirures près. Par une étourderie que nous sûmes chacun nous reprocher mutuellement et amèrement, nous avions tous oublié d’emporter le déjeuner. Ce ne fut que cinq heures plus tard que nous pûmes assouvir la faim canine que cette escalade à quatre pattes n’avait fait que développer.
Nous remontiinies sur les bosses de nos dromadaires, et nous pûmes mieux admirer l’immense panorama qui se déroulait à nos pieds et devant nous. C’étaient d’ahord le Wadi-Arahah dans toute sa longueur, puis le massif gigantesque des montagnes de Pétra que domine le inontHor; à notre droite la ligne hlanche des sahles du désert de Tih^ et à notre gauche les nouvelles chaînes du Gkor, qui vont 's’étendre à perte de vue jusqu’à la mer Morte.
Ce fut le dernier coup d’œil qu’il nous fut donné de jeter sur le désert aride de l’Arabie; nous di-