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leurs géinisseiiients lactices el leur balaiiceuieiit méthodique donnaient quelque chose de sauvage à ces manifestations de deuil. Tantôt simplement assises, tantôt littéralement étendues sur la pierre dans toute sa longueur, elles semblaient converser avec le mort.
‘ Tel est en effet le but de leur visite, et, sur des renseignements que je ne saurais contrôler, voici à peu près le fond de cette singulière conversation avec le défunt :
— Dieu est-il grand ?
— Le vois-tu ?
— Es-tu heureux au ciel?
— Attends-moi... Al’en tends-tu ?
Et ainsi de suite pendant fort longtemps, car les morts sont généralement assez discrets pour ne rien répondre.
Des familles entières sont quelquefois ainsi réunies sur des tombes; une tente a été dressée audessus, les enfants jouent à côté, les femmes pleurent, et les bommes poussent quelquefois la familiarité jusqu’à faire le café sur la pierre sépulcrale, quitte à trinquer à la santé du défunt.
Après avoir contourné pendant plus d-une demiheure les monticules de sable qui sont adossés à la citadelle , nous tournâmes brusquement sur la droite, et, selon moi, le plus beau spectacle de tout mon voyage en Orient s’offrit devant nous.
La ville des khalifes , improprement appelée la vallée des Tombeaux, nous apparaissait tout entière à la fois, groupant ses minarets et ses dômes avec la préméditation d’un décor de théâtre qui veut dépasser les conceptions les plus extravagantes.
La multitude de ces monuments adossés pour ainsi dire les uns aux autres, par la perspective merveilleuse qui nous les faisait embrasser d’un seul coup d’œil, la variété de leurs dimensions, l’élégance inouïe de leur architecture sarrasine, ces coupoles oblongiies qui rentraient dans des formes presque persanes; ces minarets élégants dont chaque étage est une merveille de sculpture, les croissants dorés qui les surmontent, et les restes de faïence qui scintillent encore au milieu des arabesques de marbre, tout cela nous transportait dans l’ancien monde, et nous nous attendions à rencontrer Saladin sur quelque éléphant au détour de ces carrefours antiques.
Tout, en cet endroit, conllrme merveilleusement l’impression de religieuse admiration qui s’empara de nous : la solitude de ces mosquées presque abandonnées, le caractère sauvage des maisons en terré qui les entourent et les types mêmes des rares habitants, semblent se conformer au style de cette magnifique époque musulmane sous laquelle se produisirent les plus beaux chefs-d’œuvre de l’art byzantin interprété par les Arabes.
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Ce n’était pas le Caire, c’était Bagdad soudainement transportée en Egypte pour consoler les peintres qui n’auraient pas le bonheur d’aller jusqu’à l’ancienne capitale du khalife Harouu-al-Racliid. J’eus plus tard cette faveur, et je dois avouer que Bagdad elle-même, telle qu’elle est aujourd’hui, ne me produisit pas une impression aussi profonde que la vallée féerique qui se déroulait devant nous en ce moment.
Nous allions la traverser dans toute sa longueur , mais nous voulions visiter quelques-uns de ces monuments, pour être surs de n’être pas le jouet de quelque hallucination.
Dans cette interminable suite de monuments plus gracieux et plus admirables les uns que les autres, la première mosquée que nous abordâmes fut la mosquée à' El-Achraf. C’est l’une des premières • qui se présentèrent à nous, et avant d’avoir visité les mosquées plus modernes du Caire, nous nous trouvions rendre nos devoirs à ceux de ces monu- ‘ments qui par leur âge et leurs qualités personnelles méritaient très -certainement cet hommage de notre admiration. La mosquée El-Achraf, dans ses ruines intérieures, présente encore un ensemble des plus intéressants et presque complet. La petite chaire sculptée où s’opère la lecture du Coran est encore intacte, réfugiée qu’elle est dans un des angles de la salle principale. A une hauteur de plu-
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sieurs mètres, les murailles sont décorées d’incrustations et de mosaïques du goût le plus exquis. Plus haut, ces décorations, qui sont de la bijouterie de luxe, sont complétées par des peintures très-sobres, mais dont les dessins admirables ne le cèdent en rien aux plus petits détails de rornementation arabe dans ce qu’elle peut produire de plus minutieux.
Un léger enfoncement en forme ogivale présente l’assemblage de tout ce qui a pu être fait de plus riche dans le inomiment. Cette véritable abside n’est pas placée indifféremment, elle correspond à la direction de la Mecque; et c’est de là que le scbeik de la mosquée entame les langoureuses et somnolentes psalmodies de la prière ou la lecture du Coran. La petite chaire sculptée est placée à la droite de ce petit sanctuaire , où il n’y a pas d’autel, mais simplement une grande profusion de lampes et d’inscriptions.
Deux énormes chandeliers de cuivre, ornés de deux cierges encore plus énormes, sont en sentinelle de chaque coté. La forme courte et évasée du chandelier, la dimension colossale du cierge, font douter au premier abord de la nature de cet objet, qui forme tout le matériel extérieur du culte musulman.
A quelques jours de là, dans une de nos tournées de travail, l’un de nous fit dans cette mosquée une étude qui rendait admirablement le caractère mys-
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lérieiix et poétique à la fois de ce monument exceptionnel.
Nous avions laissé nos ânes à la porte, et pour la première fois nous avions dû nous conformer à la consigne, qui défend aux chaussures d’accompagner leurs propriétaires dans le lieu saint.
Rien de plus cocasse que le bataillon de nos bottes rangées en bataille, nous attendant attristées sur les marches; elles semblaient envier notre sort de privilégiés.
Le bakchich réglementaire fut laissé au sebeik, portier de la mosquée, et nous enfourchâmes nos montures, qui d’elles-mémes, tant elles ont l’instinct du beau, nous déposèrent à l’entrée de la mosquée (V El-Barkouk.
Dans notre petit trajet, notre escorte s’était fortement accrue, et nos Anes nous avaient mérité de nombreux solliciteurs. Pendant que nous étions dans la mosquée, la vue de nos coursiers avait attiré la population pauvre qui est enfouie sous ces décombres; et, comme des mouches attirées par un morceau de viande, cette multitude d’enfants et de femmes acceptait les bousculades les plus rudes de nos àniers plutôt que de lâcher prise et de renoncer aux paras de cuivre que, nous leur jetions en aumône sous prétexte de bakchich. Car il ne faut pas confondre : le bakchich n’est pas une aumône, ce qui serait humiliant sans doute pour l’Arabe; c’est
un cadeau, c’est un présent entre princes qui se respectent et veulent s’honorer. Le bakchich est en Orient une institution colossale; c’est pour le voya- [jeur une contribution indirecte, qui peut arriver à dépasser le prix de tout le voyage , pour peu qu’il se laisse aller à des excès de grandeur dans ses offrandes.
Du reste, la reconnaissance de la part de l’enfant ou de la femme qui est l’objet du cadeau consiste à en demander d’autres avec une persistance irritante qui est en raison de la générosité que vous aurez déployée une première fois.
La mosquée d’El-Barkouk présente un aspect plus imposant que la première, quoique d’une époque postérieure. Son entrée principale, surmontée de galeries couvertes, est de l’effet le plus inouï; les escaliers de marbre et les colonnes de porphyre y sont prodigués de la façon la plus pittoresque. A celte ornementation luxueuse a certainement présidé le goût d’un architecte habile , car cette richesse n’est pas le résultat d’un amas ridicule de matériaux précieux, ni de couleurs criardes comme dans les constructions plus modernes de la religion musulmane.
Sainte-Sophie, avec son encombrement de dorures et ses proportions gigantesques, ne produit certainement pas l’impression de grandiose et de mystérieuse poésie que les mosquées du Caire savent donner au plus haut point, depuis la superbe mos-
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(|uéc Hassan jusqu’à la plus petite des coiistructioiis qui décorent les tombeaux des mameluks, tant le goût et l’élégance savent suppléer aux proportions mathématiques d’une consiruction purement massive et brutale.
En Perse et à Athènes, j’eus l’occasion de constater cette supériorité de l’art sur la matière entassée, ce qui permet au Parthénon d’étre beaucoup plus petit que l’église de la Madeleine, et à la plus grande mosquée d’Ispaban de tenir trois fois dans celle que le sultan Abd-ul-Aziz consacra au souvenir de sa mère sur l’une des places les plus importantes du vieux Stamboul.
Non numerantur secl ponderantur ^ se sont toujours dit les véritables artistes de toutes les époques : proverbe latin peu pratiqué par les Komains , qui étaient pris partout de la démangeaison.de construire des choses plus grosses et fatalement plus lourde» que les autres
Pétra fut pour nous un exemple fraj)pant de cette vérité de la Palisse.
Durant notre trajet dans la vallée des Tombeaux, la petite bande, toujours frivole, ne s’était livrée à aucune réflexion saugrenue, à aucune de ces remarques qui dépoétiseraient Homère lui-méme , si c’était possible. Ce silence de sa part était une marque de discernement, un indice de la profonde impression que nous avait faite cette ville d’autre-
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ibis, et (le radrniration sincère que nous avait occasionnée ce spectacle unique et toujours, selon moi , le plus beau de tout mon voyage en Orient.
IVoiis quittâmes à regret ce rêve admirable, pour regagner la ville en passant par les tombeaux des mameluks. Ces monuments funèbres, de dimensions bien inférieures, font suite à la vallée des Khalifes, sans dépareiller le caractère de ce~paysage fantastique. Adossés à la montagne du Mokatlam^ qui forme le fond de ce superbe tableau, ces tombeaux, rapprochés les uns des autres, ont un aspect aussi pittoresque dans leur genre que les mosquées que nous venions de voir auparavant. Ils sont abrités sous des catafalques de pierre et de boiseries sculptées, qui ont pour moi une analogie frappante avec les constructions que j’eus l’occasion de voir à Erzeroiim et aux environs de AIossoul. Des artistes persans furent-ils chargés de ces monuments, ou simplement de leur ornementation? Cela est fort possible. La couverture de ces mausolées est ornée de petits dcunes plus allongés et plus anguleux que la coupole arabe proprement dite, et se rapprochent énormément de l’arc très-ouvert de l’ogive persane, qui forme un véritable triangle arrondi à ses extrémités; ceci est une remarque purement de forme et d’analogie présumée qui n’implique certainement aucune conclusion archéologique plus autorisée à en préciser l’origine. Ces tombeaux élégants sont
TOMIiEAUX DES M A M E L U G K S AU CAIRE