‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 11 sur 63 · ERA À PES · texte numérisé non relu

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des Jacobins ne pouvant supporter l'influence de ce club rival obtint un arrêté des autorités constituées du département qui défendit au Comité des sections de s’assembler. Dès lors, la Société populaire fut souveraine. Mais dès avant cette transformation, son activité et son influence sont efficaces. Elle provoque la formation des sociétés patriotiques dans la Haute- Garonne. Toute ville, tout village a son club. Les sociétés collaborent entre elles, elle s’envoient des discours, des propositions, des délégations, Elles désirent leur affiliation au club de Paris et en sont fières. Celles qui ne l’obtiennent pas, passent pour peu actives et peu influentes. Il faut signaler cependant que certaines d’entre elles, dans les campagnes, ne suivirent pas les directives du club de Toulouse. Leurs membres, encore royalistes, gardaient souvent leur ancien attachement au seigneur. Dans certains cas même, ils le protégeaient, sauvegardaient sa demeure en y installant le lieu de leurs séances. C’est ainsi que Fourqueveaux fut conservé au marquis de Fourqueveaux, Pinsaguel au marquis de Bertier, Merville au marquis de Chalvet (1).

L'activité de la Société populaire de Toulouse est inlassable. Elle dresse la liste des candidats, surveille les autorités constituées, dénonce les émigrés et les suspects, assure l’approvisionnement des marchés, poursuit jusque dans tout le département les ennemis de la République (2). Le Conseil général de la commune, ainsi que celui du département subissent son influence, tiennent compte de ses propositions, suivent ses conseils.

(1) Archives départementales L. 433, L. 493 et suivants.

(2) Elle protesta contre les députés qui n’avaient pas voté la mort du Roi. De plus, les membres des sociétés populaires répandaient dans le département le « code dé morale et de politesse à la portée des Jeunes Républicains », et le « Code du Républicain du village ».

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En janvier 1793, Derrey est maire de Toulouse (1) Modéré, appartenant au parti girondin, il se défie des Jacobins, tout en se montrant l'ennemi des royalistes. La société populaire le pousse à agir vigoureusement contre les suspects, aristocrates et monarchistes, Susceptibles de soulever le peuple et de troubler la paix publique. Sous son influence, le Conseil général de la commune, décide, le 26 janvier 1793, « qu’indépendamment de la surveillance continuelle et quotidienne de la cité, un officier municipal et deux notables feraient journellement des patrouilles depuis 5 heures du soir jusqu'à 9 heures, qu'ils arrêteraïent ceux qui tenteraient d’exciter le peuple, enfin qu'ils prendraient tous les moyens pour maintenir la tranquillité de la ville (2) ».

Plus soucieux encore de la sécurité des institutions républicaines, le Conseil général du département (3) s’alarme des dénonciaiions de la Société populaire. Le Procureur général syndic, Malpel, redoute les complots des contre-révolutionnaires des factieux « qui veulent introduire le désordre et la confusion ». I1 les flétrit en séance du 12 février 1793, en ces termes: « Tant que Louis Capet a vécu, ils voulaient, à la faveur d'une anarchie générale, rétablir la royauté sur sa tête. Aujourd’hui que le glaive de la justice nationale l’a frappé, aujourd’hui qu'il n’est plus, ils voudraient rétablir le trône sous une autre forme et donner à la République un dictateur ou un

(1) Les membres du Conseil général de la commune étaient Mandement, Trémoulet, Benet, Duperget, Causse, Garles, Ducassé, Roques, Courtois, Poyans, Bézombes, Calas et Fontan, officiers municipaux, Dupuy, procureur de la commune, assisté de 24 notables.

(2) Délibérations du Conseil général de la commune. D: !

(3) Le Conseil du département était composé des citoyens Malpel, procureur général syndic; Sirven, vice-président ; Bajou, Bellecour, Calès, Blanc, Delherm, Guinniguaud, Bonnafous, Viguier, Sartor Lafont, Leygue, administrateurs. |

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protecteur, en un mot, forcer la nation à nommer un chef qui bientôt deviendrait despote et tyran » (1). Pour s'assurer du civisme des citoyens, la Société populaire, de concert avec les membres des corps

constitués, décide de faire une prestation de serment

qui doit impressionner la foule. Le 24 février, la prestation publique a lieu en grande solennité. Les registres de la Société populaire en renferment un long procès-verbal. La municipalité, le district, les juges du tribunal criminel, ceux du district, du commerce, les juges de paix et leurs assesseurs, les membres du bureau de conciliation, les membres de la Société populaire, se sont joints aux administrateurs du département pour participer à cette solennité. Les corps constitués se sont rendus au Grand- Rond, accompagnés de la Garde nationale et des troupes de ligne. L’autel de la Patrie, élevé sur le Rond de l’Esplanade, était décoré par les soins de la municipalité. Les citoyens de Toulouse et du département, conviés en masse, entendent lecture du décret du 1* février, portant déclaration de guerre à l'Angleterre et au Stathouder des Provinces-Unies. Puis, le Président du Conseil général du département prononce le serment (2) au nom collectif de tous les citoyens chargés de fonctions publiques. Aussitôt tous

(1) Archives départementales L. 173.

(2) Voici la formulé du serment: « Je jure de défendre jusqu’au dernier soupir la liberté, l'égalité, la souveraineté du peuple français dans toute son intégrité, l'unité et l'indivisibilité de la République, la sécurité des personnes et des mropriétés, de dénoncer comme ennemis publics tous ceux qui tiendront une conduite opposée à ces principes. » ... « Je voue à l’exécration publique et à celle de la postérité tous ceux qui tenteraient de faire revivre en France le pouvoir royal, Ceux qui aspireraient à la dictature, au triumvirat, les faux défenseurs de la patrie, tous ceux qui, par l'anarchie, voudraient nous ramener au despotisme et enfin tous ceux qui, sous le titra de chef général, de protecteur, de prince ou autres, voudraient usurper une autorité illégale ou une prééminence quelconque sur les citoyens. »

les spectateurs, par un élan patriotique répétèrent ce serment redoutable et sacré, au bruit du canon.

Ces mänifestations n’empêchaient pas les citoyens administrateurs de se montrer souvent tièdes ou suspects. Surveillés par la Société populaire, ils se défiaient des poussées d'opinion qui les auraient orientés vers une politique anti-républicaine. Quelques républicains résolus ne suffisaient pas à assurer la victoire sur les modérés que la Société populaire considérait comme des ennemis, au même titre que les aristocrates (1). Aussi celle-ci surveillait-elle activement l’esprit public (2).

Ce rôle de surveillant de l'esprit public était plein de difficultés à cause de la question religieuse. L'ensemble du département était resté attaché à l’église. I suivait en celà les traditions anciennes que l’ère nouvelle n'avait pu anéantir. Toulouse avait été de tout temps la capitale religieuse du Midi, un cenire de catholicisme actif et vivant. Ses couvents, nombreux et riches, avaient exercé une influence considérable.

L'ordre des Dominicains, créé à Toulouse pour combattre l’hérésie albigeoise, celui des Franciscains, des Cordeliers, plus tard des Jésuites, des Capucins, des Carmes, ainsi que les nombreux couvents de femmes, occupaient des quartiers entiers de la ville. Les églises étaient belles et pleines de richesses, et le clergé était à la fois honoré et redouté. L’aristocratie,

(1) Des visites domiciliaires avaient été décidées à Toulouse le 5 septembre 1792.

(&) Certains membres de la Société populaire de Toulouse étaient affiliés à la Franc-Maconnerie. La loge la plus importante était « l'Encyclopédie », la dernière des 12 loges fondées en 1787, Eile devint un foyer d'activité politique à Toulouse. Sous la Terreur, certaines loges jouèrent un rôle important. Le 15 ventôse, quelquesuns de leurs membres vinrent offrir à la Société populaire de Toulouse de se charger de l'équipement de 6 cavaliers. La Société populaire leur décerna une mention civique.

les anciennes familles, la bourgeoisie étaient restées attachées à une doctrine religieuse qui sauvegardait leurs intérêts et défendait leurs privilèges. Le souffle libertin du xvin° siècle avait glissé en surface sur les éléments cultivés de la population, sans y laisser de traces, persuadés qu'ils étaient, qu'en la tradition seule se trouvait la sécurité. Les plus favorables mêmes aux transformations faites par la Révolution, préféraient se rattacher aux Feuillants, aux modérés, parce qu'ils leurs semblaient plus respectueux des manifestations religieuses. C’est pourquoi le parti girondin était en majorité dans les corps constitués de Toulouse et des villes du département. Quant aux paysans des campagnes, ils étaient restés nettement et profondément catholiques.

Aussi, dès le début de la Révolution, des troubles s'étaient produits un peu partout. La Constitution civile du clergé avait été mal accueillie, et les prêtres assermientés n'avaient pas obtenu la confiance des fidèles. L'archevêque de Toulouse, François de Fontanges, avait adressé, dès le 20 mai 1791, une lettre pastorale au clergé régulier et séculier et à tous les fidèles de son diocèse, leur défendant de reconnaître le Père Hyacinthe Sermet pour leur archevêque (1). Get évêque Sermet, élu évêque métropolitain le o8 mars 1791, aurait pu, cependant, forcer le respect des populations par son passé, son esprit de modé-

qaj voici le passage essentiel de l'ordonnance de Monseigneur Francois de Fontanges: « La nomination faite par Messieurs les électeurs du département de Haute-Garonne du Père Sermet, carme déchaussé, en qualité d'évêque du dit département, est radicalement nulle et sans effet et nous sommes toujours le seul et légitime archevéque du diocèse de Toulouse que mous continuerons à gouverner avec toute autorité épiscopale jusqu’à ce que la mort ou un jugement canonique ou notre démission acceptée par l'Eglise nous ait séparé du troupeau qui nous & été confié. » Archives départementales

M: de Fontanges se retira à Balma, capitale des Baléares.

LEUIDATES

ration, sa solide érudition. D’abord, il était Toulousain. Né à Toulouse, le 8 avril 1732, il était entré au couvent des Carmes déchaux où il avait enseigné plus tard la théologie et la philosophie. Après avoir voyagé en Espagne et en Italie, il avait composé des travaux savants qui l'avaient fait nommer membre de l’Académie des Sciences de Toulouse. Devenu aumônier de la Garde nationale de Saint-Géniès, il s'était montré partisan des revendications populaires. Le 14 juillet 1790, il avait prononcé un discours patois sur les privilèges du clergé et de la noblesse. Malgré tant de titres à la confiance populaire, les fidèles s'étaient détournés de lui, émus de la protestation de son prédécesseur Monseigneur de Fontanges ; des difficultés surgissent dans tout le département par suite de l’oppoition entre les deux clergés : les prêtres assermentés et les prêtres réfractaires. Les curés constitutionnels dénoncent les opposants, les prêtres non assermentés refusent de lire les mandements de l’évêque. Des troubles éclatent dans toutes les paroisses et les communes.

A Toulouse en particulier, la question religieuse est grave. Elle passionne la population, les femmes surtout. Les fidèles soutiennent les prêtres réfractaires. En vain l’évêque Sermet essaie d’épurer son diocèse, en vain il adoucit le carême (1), en vain il se montre favorable aux revendications populaires, il rencontre partout de l'opposition. Les autorités constituées s’en émeuvent. Elles ne veulent pas que la guerre religieuse dégénère en guerre civile, car elle est un prétexte à refuser le payement des impôts, à exciter le peuple à la désobéissance aux décrets, à

(1) En raison de la cherté des subsistances, l’évêque Sermet permit, durant le carême, l'usage des aliments gras pendant 3 jours de la semaine. Archives départementales L. 370.

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