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favoriser encore l’émigration, Toute l’année 1792 s'était passée en luttes contre les prêtres insermentés que les fidèles du département ne voulaient pas accepter. A Auterive, les membres de la Société des Amis de la Constitution font une pétition au Directoire du département « en faveur de M. Molinier, curé constitutionnel, qui a dû quitter son poste pour sauver ses jours de la fureur du peuple » (1). A Basièges, à Noé, à Muret, à Montaut des troubles éclatent pour empèêcher l'installation du curé constitutionnel (2). A Montech, le sieur Croché Pierre, curé réfractaire, refuse la sépulture à un laboureur décédé depuis trois jours parce qu’il était schismatique (3). L'arrêté du 31 juillet 1792 avait expulsé de Toulouse et du département tous les ecclésiastiques insermentés. Mais la plupart étaient restés, recueillis par les fidèles ; ils célébraient la messe dans des maisons particulières. Les Sociétés populaires vouent à la colère des patriotes « les prêtres égoïstes.… (qui)... ne cessent d'appeler sur le peuple la colère de tous les tyrans qui tiennent encore les autres nations enchaînées » (4). Ces prêtres sonÿ les « chambristes » qui disent des messes cachées dans une chambre de la rue des Polinaires, dans la rue d’'Astorg. On trouve des objets servant au culte dans une maison du faubourg Saint-Etienne. Des prêtres et « des citoyennes se rassemblent dans le ci-devant couvent des Carmélistes », ainsi que dans « la maison des Orphelines » (5). Ils ne se soumettent pas à la
(1) Archives départementales L. 370.
(2} Archives départementales L. 370.
(3) Archives départementales L. 370.
(4) Archives communales de Toulouse: 21 n° 8 ct PNA 1 ete
(5) Procès-verbal d'un officier municipal de Toulouse, constatant que 36 personnes étaient rassemblées chez le sieur de Ferredou, ex-curé de Montauban, rue des Salenques, pour y entendre la messe. (L. 370).
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loi. Bien plus, certains curés assermentés se rétractent tous les jours, surtout dans les campagnes, car ils n'avaient pas oublié que le Pape Pie VI, par un bref sur les affaires ecclésiastiques de France, en date du 19 mars 1792, avait couvert d’éloges les prêtres qui avaient rétracté leur serment, de sorte qu'en 1793, malgré les Sociétés populaires et les représentants en mission, la situation s'était encore aggravée.
Les prêtres réfractaires étaient nombreux dans le département (1). Certains qui avaient été expulsés étaient rentrés secrètement (2). Dans certaines communes du département, à la suite de conflits, il n'y à même plus de service religieux (3).
La municipalité de Toulouse avait pris des mesures énergiques. Elle avait: défendu aux congrégations des Pénitents gris, bleus, noirs, de s’assembler sans sa permission. Mais le peuple regrettait les processions des Pénitents dont il était amateur, Il regrettait les cérémonies religieuses anciennes et les sonneries des cloches qui agitaient l'air de la ville de leurs caril-
(1) La Société populaire de Montauban proteste contre le maintien d’un curé insermenté à Paulhac, le 24 février 1793. (Archives départementales liasse 4016).
(2) Lettre du Procureur-syndic du district de Grenade au Procureur-syndic du département. (Grenade, le 28 février 1793} :
«Je ne puis pas douter, d’après plusieurs rapports qu'on vient me faire, qu'il y ait dans cet arrondissement plusieurs prêtres qui, après avoir obéi à la loi du 26 août dernier qui les obligeait de sortir du territoire de la République y sont depuis rentrés secrètement et, à l'aide de déguisements les plus extraordinaires, parcourent nos campagnes et cherchent par tous les moyens que leur noire vengeance peut leur suggérer de susciter des troubles et d'éloigner la réunion de tous les citoyens. » (Archives départementales, Liasse 4016).
(3) Aux citoyens administrateurs du Directoire de Rieux: « Jean Lafage, maire de la commune de Martignac et Louis Mercadier, procureur, nous exposent que cette paroisse est entièrement dépourvue depuis très longtemps de tout secours spirituel, ce qui occasionne un mécontentement parmi tous les citoyens qui veulent, à quelque prix que ce soit, avoir un prêtre qui soit en état de leur donner les ai qu'ils avaient coutume d’avoir. » (Archives départementales,
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lons variés (1). Il se plaignait surtout du pillage des églises et demandait des comptes. Les administrateurs du département n'avaient rien déposé des richesses enlevées aux églises dans la caisse du district. L'église métropolitaine possédait des merveilles (2). Dans d’autres églises, dans certains couvents, par exemple aux Dominicains, tout le linge, l’argenterie avaient été pris sans inventaire. La dilapidation des bibliothèques, tableaux, estampes précieuses avait été aussi complète. On avait ordonné de brûler tous les livres des bibliothèques du département contenant des principes opposés à la Révolution (3).
La population, restée en majorité catholique, se plaignait de cet état de choses. Une vague de mécontentement montait. Le malaise croissait et la vie devenait chaque jour plus difficile. De plus, le danger extérieur pesait sur la France et le peuple de la Haute- Garonne en ressentait toutes les angoisses. Le 17 fé-
(1} Sur réquisition du général Lacuée, toutes les communes du département sont autorisées à faire descendre leurs cloches, à l'exception d’une par paroisse (il devançait ainsi le décret de la Convention Nationale) pour être transportées au magasin militaire établi à Toulouse, à l'effet d’être converties en canons. Tous les ouvrages en cuivre ou en laiton qui sont aux différentes églises ou autres édifices publics de l'arrondissement où du département seront transportés au dit magasin militaire pour servir à la fabrication des canons. (Extrait des registres du Conseil départemental de la Haute-Garonne, 17 mars 1793 Dardignac, Président).
(2) L'Eglise Saint-Etienne possédait une grande croix de vermeil recouverté d'émeraudes, de turquoises et d'améthystes. Dans la même église, le buste en argent de Saint-Etienne en était aussi recouvert.
(3) Le 6 évrier, om décide la vente du cuivre, laiton et autres rnétaux, provenant des couvents, pour acheter des marmites et gamelles pour la troupe.
Le 10 février, vente des glaces provenant du logement du ci-devant premier Président, des robes des ci-devant capitouls. On fait porter à la monnaie la massue d’ärgent qui servait au bedeau de la commune. Les sommes devaient être versées à la caisse du Trésorier de la ville. (Délibérations du Conseil général de la Commune).
Mailhe, envoyé en mission à Toulouse pour le recrutement, fait brûler les registres de la ville qui en contenaient l'histoire. Ces registres étaient ornés de gravures représentant les événements importants de Toulouse Il y avait, en particulier, le portrait des Capitouls depuis 500 ans, avec leurs armoiries,
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vrier 1793, la guerre était déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, le 7 mars à l'Espagne. Les décrets des 19, 21 et 24 février 1793 ordonnaient la levée de 300.000 hommes, pris parmi les célibataires ou veufs sans enfants de 18 à 40 ans.
Le pays répondit à l'appel devant la coalition étrangère. Malgré les brochures répandues à profusion et poussant à l’insoumission, il y eut des enrôlements volontaires. Le sentiment patriotique subsistait, le danger commun soulevait les enthousiasmes, le péril de la patrie passait, chez certains, au-dessus des dissentiments politiques.
Et cependant les royalistes, irrités de l'exécution de Louis XVI, des décrets contre les prêtres réfractaires (1) poursuivaient leur propagande pour COMpPTrOmettre l'exécution des lois révolutionnaires. Ils comprenaient qu'envenimer le mécontentement, c'était empêcher le recrutement des armées et assurer ainsi la défaite de la Révolution. Ils espéraient bien tirer parti aussi des troubles provoqués par les réquisitions militaires, réquisitions de matières, d'ouvriers pour les fonderies, les ouvrages de fer, les charronnages.
Les levées de 1792 s'étaient accomplies dans un calme relatif, mais en 1793 les mécontents firent de la résistance. La Société populaire de Toulouse s’indigne d'une adresse distribuée dans les maisons pendant la nuit du 16 mars pour intimider les patriotes et nuire au recrutement exigé par la loi et les circonstances (2). Les autorités s’alarment de l’égarement possible de l'esprit public. Dans les campagnes, les aristocrates répandent des bruits malveillants. Ils
(4) Décrets prononçant la peine de la déportation contre les prêtres réfractaires.
(2) Délibérations du club littéraire et patriotique de Toulouse. Archives départementales L. 745.
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disent, pour empêcher les enrôlements, que quatre grandes barques sont arrivées à Toulouse par le canal, chargées d’habits pris aux soldats morts sur le champ de bataille.
Malgré ces menées, la levée se fait et les documents signalent des dons patriotiques spontanés et de tout genre (1). Des scènes touchantes ont lieu à la Société populaire qui témoignent de la vivacité du sentiment national chez ceux que les haïines politiques n’aveuglaient pas (2). La levée se fait. La Haute-Garonne devait fournir 5.063 hommes, ainsi répartis par districis :
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