‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 13 sur 63 · AIN RE RSR MR CO · texte numérisé non relu

AIN RE RSR MR CO

Saint-Gaudens rt. er 1.367 »

Ninlletranenem et Entre 333 »

Toulouse ................ 1.459 »

(1) Archives départementales L. 302. Archives communales G2, n° 3.

(2) Voici, entre autres, le compte rendu d’une scène d'enthousiasme patriotique à la Société populaire, digne de l'antique Sparte :

« Une citoyenne dit: « J’ai 3 fils, 2 sont déjà sur les frontières ; le > n'attend qu’un sabre et qu'un fusil, et il part. À ces mots, tous s’écrient dans l'assemblée ;. une lutte de sacrifices s'engage et chacun se dispute la satisfaction d’armer et d’équiper le jeune volontaire :

— Je lui donne mon sabre, s’écrie Ménard.

— Et moi le fusil, dit Germain Galau.

— Moi, l'habit, dit Combarieu.

— Hubert, la giberne.

— Dupuy, le lbaudrier.

— Robert, deux chemises.

Sepet dit: Je lui donne mon sac.

— Plancade, une paire de bas.

— La citoyenne Vivent, une chemise.

— Cannes, le bonnet de police et 2 cols.

— Moi, je le chausse, dit Mouquet, je lui donne 2 paires de souliers.

Molinier donne le chapeau. Savin donne 10 livres pour la route, Salba, une Laire de guêtres noires.

— Ce sera un enfant de Toulouse pour la nation, dit Barras. Je lui fournirai la solde à haute paye pendant toute la campagne. » (Archives départementales L. 745).

FAAOUTE

Pour surveiller les opérations du recrutement, le département, par un arrêté du 5 mars, avait nommé des commissaires dans chaque district (4). Malgré ces précautions, des attroupements avaient lieu, des protestations se faisaient entendre, dirigées par les ennemis de la République. A Toulouse, en particulier, des libelles circulaient contre la Convention et contre la guerre. Aussi, le 27 mars 1793, les administrateurs du département font un appel ardent aux Toulousains dans ‘une adresse qu'ils ont jugée nécessaire pour bien leur souligner la gravité de l'heure. « Citoyens, disent-ils, ils se décèlent enfin, ces complots secrets qui depuis quelques jours, semblaient menacer le repos de la cité. Fruit d’une rage impuissante, vous le mépriserez, ce libelle, parce que vous jugerez sans peine que les mots dont il est composé sont autant d’impostures et d’absurdes suppositions.. Il a été vomi par les ennemis du nouvel ordre qui voudraient vous empêcher de répondre à l'appel que la convention nationale vient de décréter. Mais s’il est vrai, comme disent ces infâmes détracteurs, que le chemin de la Victoire à laquelle vous êtes invité de concourir soit « une boucherie où l’on veut vous entraîner », s’il est vrai que le sang de vos frères d'armes ait inondé la terre », eb que vous deviez trouver sur la frontière d'Espagne, « au moins 100.000 hommes », pourquoi vous ont-ils donné cet avis? Pensez citoyens, que pour combattre tous les despotes coa-

(1) Voici les noms des commissaires désignés dans chaque district : Castelsarrazin : Bonnafous.

Grenade : Capella.

Muret : Abadie.

Rieux: Robin.

Saint-Gaudens : Durand.

Villefranche : Ardenne.

Revel: Mangotier.

Toulouse : Douziech (commandant de la garde nationale).

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lisés, il faut une masse de forces imposantes ; mais pensez aussi que là où l’honneur et l’amour de la patrie commandent, le soldat est invincible... Ne soyez pas en peine du sort de vos familles... Il sera, levé une taxe sur les riches » (1).

Mailhe et Lombard-Lachaux, envoyés par la Convention, arrivèrent en effet, à Toulouse le 21 mars. Ce même jour fut établie la taxe de guerre sur les riches. Et le 27 mars, pour assurer la tranquillité publique, le Conseil du département décida la création d'un Comité de surveillance composé de 3 commissaires du Conseil du département, du président et du procureur général syndic, de 3 commissaires du district, de la municipalité et de la Société populaire. Ce Comité de surveillance devait se réunir au moins trois fois par semaine et plus souvent si les événements publics l’exigeaient (2). De son côté, la Commune avait établi, le 20 mars, un Comité de Sûreté générale pour prévenir tous les troubles dans la cité, surveiller les complots et les suspects (3). |

La taxe sur les riches avait pour but de payer les frais de recrutement, d'armement et d'équipement des troupes. Elle fut impopulaire dans l’ensemble du département. Elle fut aussi un nouveau prétexte à soulèvements et à refus d’obéissance à la loi militaire. D'un point à l’autre de la Haute-Garonne les royalistes, les bourgeois riches, les prêtres réfractaires, les mécontents envoient des émissaires pour

(1) Adresse des administrateurs et procureur général syndic de Haute-Garonne aux Toulousains (délibéré en conseil de permanence, le 17 mars 1793) (L. 37).

(2) Le Conseil général du département nomme les citoyens Bajou, Dupau, Sirven. (Extraits des registres du Conseil du département de Haute-Garonne, 27 mars 1793) (L. 37).

(3) Le Comité de Sûreté générale est composé des citoyens Ferrand, Mandement, Pouzaux, Garnault, Zimermann, Janole, Arbanère, Martin, Delibes, Dupuy, Auriol, officiers municipaux. (Registres des délibérations du Conseil général de la commune}.

A FSU

soulever les masses, entraver les enrôlements et les équipements (1). Pour déjouer les complots des malveillants, le Conseil général du département interdit les allées et venues d’une commune à l’autre, afin d'enlever la facilité de communiquer les idées dangereuses, les projets et les trames anti-patriotiques. I1 décide de procéder à l'arrestation des suspects (2).

__ (4) Extrait du registre du Conseil du département de Haute-Garonne du 8 avril 1793:

« Le Conseil étant assemiblé, le Procureur général syndic à dit que ce jour d'hui le citoyen Jean Saubet est venu lui dénoncer que le jour d'hier, 7 du présent mois, le curé constitutionnel de Seysses étant occupé, après Vépres, à confesser quelques citoyens au nombre desquels était Jean Saubet, il se forma dans la rue un attroupement considérable de citoyens armés de sabres, fusils et autres armes, qui criaient publiquement qu’il fallait tuer tous les patriotes; que le curé étant sorti pour les disperser, cet attroupement continua en criant de plus fort que puisque par le recrutement on voulait exposer les citoyens à être égorgés, il fallait exterminer les patriotes, que les attrourkés en saisirent ‘effectivement quelques-uns ; que le dit Saubet ayant entendu la jactance qu’on lui en voulait personnellement à lui, sortit de l’église dans un moment où les attroupés étaient un peu éloignés; et, qu'ayant pris la fuite, ils coururent pendant près d’une heure après lui avec les armes dont ils étaient nantis.

Que ce mouvement qui s'est fait la veille du jour fixé pour compléter le contingent réparti à la commune de Seysses pour le recrutement est dans le cas brévu par le décret du 19 mars dernier, et que, d’après les instructions qui ont été données, il a pour cause la présence des prêtres réfractaires ou des émigrés qui se tiennent cachés dans le lieu de Seysses, la confiance qu’ils instirent aux ennemis de la chose publique et la facilité qui leur à été laissée

jusqu'ici d'abuser des armes dont ils sont mantis...…. ordonne des visites domiciliaires prescrites par la loi, l'arrestation des prêtres réfractaires, des émigrés, des suspects... les armes seront saisies...

Les habitants de la commune payeront tous les frais. » L. 37.

(2) Le Conseil général du département, ayant égard aux réquisitions du Procureur-général-syndic, arrête comme mesure de sûreté ce qui suit:

1° Aucun individu ne pourra se déplacer pour voyager d'une municipalité à l’autre qu'avec un passeport de la municipalité d'où il voudra partir.

9° Les municipalités n’accorderont les passeports qu'aux patriotes reconnus, et à l'égard des autres elles ne les accorderont que pour affaires urgentes dont elles vérifieront les nécessités.

3° Dans tous les cas, les passeports ne seront accordés aux aristocrates qu’à la charge de ceux qui voudraient aller momentanément d'une municipalité à l’autre, de se présenter chaque jour à celle où ils arrivent pendant la durée de leur séjour qui sera limité par le passeport...

4° Les municipalités sont autorisées à faire arrêter et conduire à la Maison d'arrêt du chef-lieu du district les aristocrates reconnus susrects et dangereux, notamment les pères et mères des émigrés, après s'être nantis de leurs armes, conformément aux précédents

a ST CRUE

Par un décret de la Convention du 27 mars 1793, les aristocrates et les ennemis de la République avaient été mis hors la loi. À Toulouse, les visites domiciliaires avaient commencé le 5 septembre 1792. Depuis, leur nombre avait été croissant et aussi le nombre des arrestations. Dans la nuit du 5 avril 1793 et les jours suivants, le Conseil général de la commune avait fait arrêter un certain nombre de citoyens suspects (1). Mais, c’est à partir du 25 avril que les arrestations se multiplient. Des personnes de marque sont emprisonnées dans l’ancien couvent de la Visitation (2). La maison des ci-devant religieuses de Sainte-Catherine (3) sert de maison de réclusion aux prêtres et ecclésiastiques séculiers ou réguliers, frères lais et convers qui n’ont pas prêté le serment exigé par la loi, en attendant lé moment de leur déportation. Le couvent des Carmélites est exclusivement réservé (4) à la réclusion des mères, femmes, sœurs

arrêtés, auquel effet elles réitéreront les visites domiciliaires de quoi elles dresseront des procès-verbaux pour chaque individu arrêté et désarmé et les feront passer aux départements par la voie des districts. È

5° En cas de négligence, les municipalités seront suspendues et rendues responsables des événements.

Dispan, vice-président.

Bernadac, secrétaire général.

(Extrait des registres du Conseil général du département, 25 avril 1793).

(1) Le 10 avril, sont arrêtés 16 suspects parmi lesquels 10 prêtres réfractaires, ainsi que les pères, mères, femmes et enfants des officiers de l’armée commandée par Dumouriez. Ces derniers sont gardés comme otages, conformément au décret du 4 avril de la Convention nationale et détenus à la Visitation.

Le 15 avril, sont arrêtés 18 individus parmi lesquels 8 prêtres réfractaires ou ecclésiastiques réguliers, et le 18 avril, 13 autres suspects dont 6 prêtres.

(2) Là furent reclus les Capitouls d’Arexy, de Cahuzac, Duroux, Jouve, des membres du ci-devant Parlement; des frères, pères ou enfants d’émigrés. Ce couvent était situé rue Périgord. Il sert aujourd'hui à la manutention militaire.

(3J Ce couvent des religieuses de Aie Carterie se trouvait dans la rue qui porte son nom aujourd’hui.

(4) Ce couvent servira de lieu de détention pour les fédéralistes, lorsque la crise éclatera. Les femmes seront alors recluses au couvent

de Saint-Sernin.

d'émigrés et de suspects. Les prisons de la maison commune et celles du ci-devant sénéchal abritent les auteurs de délits contre la Sûreté générale. Quant aux Hauts-Murats (1), ils renferment les réfractaires à la loi sur le recrutement. L'ancien collège des Irlandais est converti en prison pour les étrangers.

Le 24 avril, les citoyens Projean et Chaudron- Rousseau, représentants du peuple, étaient arrivés à Toulouse. Ils avaient reçu les hommages des autorités constituées, de la Garde nationale, des tribunaux. Le lendemain, 25 avril, plus de 200 prisonniers étaient amenés dans le même jour à la Visitation. Baudot, déjà en mission dans la Haute-Garonne, écrit à la Convention nationale « que la municipalité a mis en état d’arrestation tous les gens suspects qui abondaient à Toulouse ». Et il ajoute : « les signes hideux de la royauté et de la féodalité existaient encore dans beaucoup de lieux publics et à l'extérieur de quelques édifices particuliers. Leur enlèvement nécessitait une dépense que la pénurie de la caisse commune avait éloignée jusqu'à présent. Nous avons pensé que nulle considération ne devait plus empêcher de proscrire tout ce qui pouvait encore nous retracer l’idée des rois et du régime féodal. En conséquenge, nous ayons requis la municipalité de prendre sur le champ, les mesures nécessaires pour les faire enlever. Tous les restes impurs de notre ancienne servitude seront brülés dimanche prochain, sur la place de la Liberté, avec les démonstrations de mépris et d’indignation qui conviennent à un peuple régénéré » (2). *:

Quant aux citoyens arrêtés, il s’agit de vérifier les

(4) Actuellement prison militaire.

(2) Lettre à la Convention Nationale du 27 avril 193, signée Baudot, Chaudron-Rousseau, Projean. (De la main de Baudot). Archives nationales, A. EÆ. II 264. (Cité par Aulard, 6. ILE N. 49).

causes de leur arrestation, et ordre est donné à la municipalité de renvoyer au Tribunal criminel du département ceux qui se trouveraient dans le cas d’avoir participé aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires qui ont éclaté à l’époque du recrutement : ceux qui, après avoir émigré, seraient rentrés en France, au mépris de la loi du 23 octobre 1792, pour y être jugés, conformément aux décrets des 19 et 28 mars 1793 (1). De son côté la Commune (2), renforça son Comité de sûreté générale dans une séance extraordinaire du 29 avril 1798. #4] C'est que les troubles se multipliaient et aussi les émeutes. À Toulouse, des attroupements se formaient dans les rues, des groupes d'anciens domestiques de nobles émigrés surexcitaient les esprits avec de fausses nouvelles de leurs maîtres, et Douziech, géné-

(1) Extraits des registres du Conseil général de Haute-Garonne du 28 avril 1792.

4° La municipalité de Toulouse et le Conseil de la commune procéderont incessamment à l'examen et vérification des causes et des motifs de l’arrestation des personnes actuellement détenues ‘dans la ci-devant maison de la Visitation.

2° Ceux qui se trouveront dans le cas d’avoir participé directement ou indirectement aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires qui ont éclaté à l’époque du recrutement, ordonné par le décret du 24 février dernier et ceux qui, après avoir émigré, seront rentrés sur le territoire de la République, au mépris du décret du 23 octobre dernier, seront renvoyés au tribunal criminel du département, pour y être jugés en conformité des décrets des 19 et 28 mars.

3° Ceux qui se trouveront prévenus d’avoir commis des attentats contre la sûreté, soit extérieure, soit intérieure de l'Etat, ou contre ia Liberté, l’'Egalité, l'Indivisibilité, l'Unité de la République, seront renvoyés au Tribunal extraordinaire établi à Paris, en conformité des décrets du 11 août 1792, et 28 mars dernier...

(2) Extraits des registres des délibérations du Conseil général de la commune de Toulouse, du 29 avril 1793 :

1. — Le Comité de Süreté générale de la commune de Toulouse sera dorénavant composé de 12 membres et de 4 suppléants élus au scrutin et pris indistinctement parmi les officiers ou notables, indépendamment du Maire, président né, et du Procureur de la commune ou de son substitut. Ce conseil sera renouvelé en entier tous les mois, la moitié par quinzaine.

IL. — Il sera attaché au Comité de Sûreté générale 3 greffiers, 2 commissaires de police et 2 sergents de la commune. III. — L'assemblée générale du Comité se tiendra tous les jours

à trois heures de l'après-midi.

ral de la Garde nationale, à qui incombait le maintien de la tranquillité publique n’arrivait pas à maintenir l'ordre. Dans le département, les municipalités républicaines, d'accord avec les Sociétés populaires, pourchassaient les suspects. A Grenade, en particulier, les magistrats municipaux sont effrayés des troubles qui se propagent dans le voisinage et ils décident la création d’une garde soldée, le 19 avril (1). À Verfeil, à Muret, à Castelsarrazin, les attroupements se multiplient où se mêlent aristocrates, prêtres réfractaires, modérés, anti-conventionnels. Bien plus, les ennemis de la République s’entendaient avec ceux du dehors. A Toulouse, les prisonniers espagnols se mettaient en relations avec les familles d’émigrés, en recevaient des secours, et complotaient ensemble contre la sécurité de la France (2).

Le couvent de la Visitation était particulièrement surveillé, car il renfermait les aristocrates de marque, gentilshommes, membres du Parlement, capitouls, anti-démocrates et royalistes, tous ennemis de la Révolution. Au début leur captivité fut douce ; chacun occupait une cellule, pouvait se procurer la nourriture qu'il désirait, recevoir des visites. Ils avaient gardé, dans leurs prisons, leurs mœurs, leurs habitudes d'élégance, leur esprit railleur et léger. Ils ne croyaient pas à la venue des heures douloureuses, à la possibilité de la violence et de la mort. Ils pen-

(1) Cette garde soldée devait être composée d’un capitaine à 40 sols par jour, d’un lieutenant à 50 sols, d’un sergent-major et de 4 sergents à 25 Sols chacun, de 4 Caporaux, du tambour-major à 20 sols chacun et de 50 fusilliers. Au total 53 livres par jour qui seraient fournies par les personnes riches et d’une opinion suspecte.

(2j Ce danger fut si grave que le Coneil général du département de Haute-Garonne dut prendre l'arrêté suivant, le 29 avril 1793:

« Les soldats espagnols prisonniers de guerre à Toulouse et leurs officiers seront renfermés, et le Procureur-général-syndic donnera dès l'instant les ordres nécessaires. »

Dardignac, président. (L. 37).

oui

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