‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 14 sur 63 · PRET IS · texte numérisé non relu

PRET IS

saient qu'ils n'avaient qu'à patienter pour que leur mésaventure prit fin. Ils s’amusaient, donnaient des concerts de musique, gardaient dans leur prison la politesse d'autrefois. Leur table était abondamment servie, et cette abondance, comparée à la pauvre nourriture du peuple, excitait l’indignation. Les reclus pauvres considéraient comme un scandale une telle inégalité. On trouve mention de ces faits dans les registres des délibérations du Corps municipal. Les administrations montraient à la fois de la prudence, du sang-froid et de l’esprit de décision, Mais le premier contact avec les Conventionnels en mission mit pleinement en lumière la politique girondine des corps constitués du département. Comme les événements le prouvent, ces corps constitués sont républicains ; ils poursuivent les aristocrates, les rovalistes, les prêtres réfractaires ; mais toute leur sympathie va aux modérés, aux Girondins, qui combattent Paris et toute possibilité de dictature. Les représentants en mission constatent cet état d'esprit et s’en inquiètent. Un fait capital leur fait comprendre que les administrations de Toulouse sont affiliées au parti Girondin : après les arrestations du 25 avril, tous les détenus, interrogés minutieusement, qui parurent appartenir à la Gironde furent immédiatement relâchés. Cette orientation de la politique de Toulouse allait entrainer le département dans une voie dangereuse ; l’élément conservateur, dressé contre les aspirations populaires, allait trouver un appui dans le parti modéré qui se détachait chaque jour davantage de l'unité nationale représentée par la Convention. Nous venons de voir que les mécontents avaient pris pour prétexte d'une opposition ouverte aux lois de la République la questin religieuse et la question militaire, Ces prétextes servirenit surtout aux royalistes, aristocrates,

aux partisañis de l'Ancien régime. Quant aux corps constitués, républicains déterminés, à Toulouse en particulier, là crise financière et la crise des subsistarices furent les raisons dominantes qui les enträinèreñit dans la voie de la Gironde.

La question économique est des plus importantes à étudier pour expliquer l'orientation girondine des aämiristrations de là Haute-Garonne. La bougeoisie libéralé qui composait en majorité ces administratiofis 8e heuftait aux difficultés financières et souffrait, éôfnme l’éñsemble dé la population, de la crise des subsistañces : le manqüe d'argent, la craiñte d’être brivé du nécessaire, excitaient les haines populaires, ameñaiënt des soupcons et rendaient plus profondes les divisions des partis. Les boufgeois S’écartaient des révendications du peuple, ét, par une conséquence naturelle, du païti démocratique de là Convention.

Les fnodérés pensaient qu'ils arriveraient à vainére lës difficultés de l'hetré, malgré el coñtre la Mon: tagné : ils avaient compté sahs la nécéssité de l'Union nationäle en fdte de la guerre civile et dü péril extériéur. Entraäiñés par les GCirconstances, aveuglés par là érisé économique, les Girondins dé là Haute- Gafonrne alldient tenter une aventure politiqüe dont ils ne pouvaient prévoir les conséqüences. IIS voudiotit se dresser contre l’élémerñit populaire exaspéré par la misère, En s'appuyant pour le corbattre sur le pärti dé la Gironde. Là lubte Sera äütant üne lutte de classes qu'une lutte de partis politiques. (C’est pütifquoi la crisé économique est de toutes la plus ifnportante. Elle dépasse les passions religieuses et politiques, elle dépâsse la haine des émigrés et dés aristocrätes : elle arrive à vaincre les révolutionfäires eux-mêmes.

Aùü début de 1793, la situation était fort critique.

Anar AUS

Luis

Roues

Les assignats s'étaient multipliés et avaient perdu de leur valeur. « La prerhière émission s'était élevée à 400 millions, Valeur égale À là fraction des biens nâtionäux dont la véhté avait été ordotinée. Là deuxièmé fut dé 800 millions, puis la suivante de 600 millions, enfin, malgré les termes du décret du 29 éeptémbre 1790 qui limitait à 1.200 millions le Maximum des émissions, celles-ci furent portées à 2? milliärds 400 millions » (1) À Toulouse, la panique s'était étiparée des petits rentiers, 16 louis d'or de 24 livres ayant äiteint la valeur dé 100 livres d’assignats. Le commerté était bouleversé ou arrêté. Il avait déjà souffétt de la difficulté dés transactions. La Confiañice avait disparu, Île thétal aussi. L'argent était parti à l'étranger ävec les émigrés où s'était caché avec eux: Les assignäts perdaienñt chaque jour de leur valeur entre particuliers ; ils gardaient Seulernent leur valeur nothinale pour l'État qui les dcceptait en payement des biens ñatiohäux. Aussi les atheteurs dé terre élaienñt nombreux. fa valeur du papier Yariait d’un jour à l'autre, d’une tégiôh à l'autre, elle était minithé, püisque les fermiers refuüsäiënt souvent de lé recevoir (2). Les efforts terités ne pürent ärrôter le mouvémerit de dépréciation. Les marchands de Tüu- Jouse vendaient leurs denrées aux porteurs d’assignats, mais ils les vendaient bien meilleur marché aux clients payant en argent. Le club de Toulouse protesta contre tés äccaparëurs, Ces affamieuts du péuple. Dés rassemblements inquiétants avaient lieu au Faubourg Arnaud-Bernard où sé tenait lé marché : la municipalité ne pouvait empêcher ces deux prix de verite.

, (1).« Les Biens nätionäux ddns le District dé Toulouse », bar Henri

Martin, p. 24.

(2) L. 309. Cité par H. Martin, p. 27.

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