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CHAPITRE II

L’Affaire Chabot

LUTTE DE CHABOT CONTRE LES CORPS CONSTITUÉS. — LE PARTI GIRONDIN ET CHABOT. —- J,A « DÉNONCE » CONTRE CHABOT. — EFFERVESCENCE FÉDÉRALISTE.

« On à vu que les crimes de Chabot avaient fortement concouru à développer l'énergie de nos compatriotes et leur horreur pour l'anarchie. Nous nous sommes empressés d'annoncer la « dénonce » délibérée contre ce monstre, digne collègue de Marat. Une circonstance manquait encore pour fournir aux Toulousains un nouveau triomphe contre les anarchistes. Les derniers événements dont Paris a été le théâtre la lui a bientôt offerte ».

Ainsi s'exprime le « Journal de Toulouse » du 15 juin 1793. Il indique ainsi le lien entre l'affaire Chabot et le mouvement girondin dans la Haute- Garonne. La maladresse de ce représentant de la Convention a exaspéré les haines politiques, obligé les corps constitués à prendre parti dans le conflit général. C’est sa présence à Toulouse, précédant le coup d'Etat du 31 mai, qui a déclanché en partie la crise fédéraliste.

Sont donc en présence, d’une part, toutes les autorités du département de la Haute-Garonne, avec Malpel comme procureur-général-syndic et ’+ municipalité toulousaine avec Derey comme maire de l’autre, la Société populaire de Toulouse avec les représentants en mission Mailhe et Lombard-Lachaux.

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Les premières sont girondines, les seconds sont du parti de la Montagne.

La lutte s'ouvre avec l’arrivée de Chabot, le 12 mai

Toute la haine des modérés, des Girondins, des royalistes se tourna contre lui. Par contre, il eut toute la confiance des Jacobins.

C'était un personnage curieux, par son passé, son savoir, quelques-uns disent même son éloquence. Né le 23 octobre 1757 à Saint-Geniès d’Olt, dans le Rouergue, il s'était fait capucin et avait été gardien du petit couvent de Peiyes, dans le Lauraguais. Devenu vicaire de Grégoire, évèque constitutionnel du Loir-et-Cher, il avait été élu député de l'Aveyron à la Législative, le 2 septembre 1791. Réélu, le 21 septembre 1792, par le département du Loir-et-Cher, député à la Convention, il avait voté la mort du roi sans appel et sans sursis. 11 était instruit, élégant, beau parleur. Mais ï] était aussi corruptible, aimant fort le luxe, les plaisirs, les festins. Lorsqu'il arriva à Toulouse, il était en faveur à la Convention ; on ne l’accusait pas encore de corruption, bien que Ses ennemis lui reprochassent ses dépenses excessives (1). Plus tard, il payera de sa vie la haine populaire, lorsque la Convention l'ayant rejeté, le Tribunal révolutionnaire le condamnera à mort, et le fera exécuter avec les Dantonistes, le 5 avril 1794 (2).

(1) I1 épousa Léopoldine Frey, celle que Hébert a appelée: « l’Autrichienne de Chabot ».

« Chabot a bravé l'opinion publique en épousant une étrangère, et dans quel temps encore ! Quand Antoinette était au tribunal révolutionnaire, quand la nation était à son maximum d'exécration pour les étrangers. »

(Discours de Dufourny aux Jacobins. Séance du 2% brumaire).

(2) Le document conservé aux Archives nationales (F7 4637) intitulé: « François Chabot, représentant du peuple, à ses concitoyens qui sont les juges de sa vie politique » a été publié par M. Albert Mathiez.

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Pour le moment, 1l est assez puissant pour venir venir dans la Haute-Garonne sans mandat officiel. Sa mission ne concernait que les départements du Tarn et de l’Aveyron où il avait été délégué avec Ysabeau pour presser le recrutement, Mais il pense jouer un rôle prépondérant dans une région où il comptait de nombreux amis. Beaucoup l’avaient connu du temps qu'il était moine, et on lui savait gré de son activité depuis la Révolution. Il vint donc à Toulouse et prit la direction des séances de la Société populaire. Il trouva Maiïlhe et Lombard-Lachaux en mission dans le département depuis le 21 mars. Et le jour même de son arrivée, il signe avec ses collègues l’ordre de lever 6664 hommes et d'emprunter sur les riches 6664 livres (1). Le 14 mai 1793, il assiste à la (2) séance du club des Jacobins. Il fait un tableau douloureux des conflits qui existent au sein de la Convention nationale. Le club, alarmé, propose de convoquer tous les représentants en mission dans les départements méridionaux et dans les armées des Pyrénées pour les réunir en conseil afin de veiller « à la chose publique ». Il forme aussi le projet de réunir un congrès régional des Sociétés populaires du département de Haute-Garonne et des départements voisins, tous groupés à Toulouse.

(1) Arrêté du Conseil du département de Haute-Garonne du 12 mai 1793. Les 3 corps administratifs de la ville de Toulouse, réunis en présence des citoyens Lombard-Lachaux, Chabot, représentants du peuple, arrêtent :

1° I1 sera levé dans la Haute-Garonne une force armée et salariée se portant à 6664 hommes et qui sera destinée, soit à déférer aux réquisitions des généraux, soit à garder les points importants du département, soit à marcher au secours du Midi de la République.

9° Pour subvenir aux frais, un emprunt de 6 millions 6664 livres est fait que les capitalistes, les propriétaires fonciers, riches ou aisés, sont invités à remplir dans le délai de huitaine.

(Registre des délibérations du Directoire du département} (L. 37).

(2) Aulard. Les orateurs de la législation et de la Convention (p. 294).

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Chabot approuve ces projets et il est même fort probable qu'il les à inspirés. Il fait adresser des courriers extraordinaires aux sociétés populaires affiliées des départements, afin de les inviter à envoyer des délégués à Toulouse dans le plus bref délai. On confie la mission à Gau, pour le Tarn, le Lot, l'Aveyron et le Lot-et-Garonne: à Caraguel pour le Gers, les Landes, les Hautes et Basses-Pyrénées, à Lacals (1), pour l'Hérault, l'Aude, le Gard, les Pyrénées-Orientales. On fait parvenir à ces sociétés un procès-verbal de la séance de la Société populaire de Toulouse accompagné de la déclaration suivante : « Nous, représentant du peuple, député par la Convention Nationale aux départements méridionaux, attestons les faits ci-dessus, mañdons et ordonnons à tous bons citoyens d’obéir en tout aux réquisitions qui seraient faites dans le département ou armées vers lesquelles ils n'auraient pas été spécialement députés (2) ».

En même temps, ils écrivent à Ysabeau (3) et à

(1) Celui-ci fut très mal reçu à Montpellier, comme le prouve les nrôocès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de Montpellier (séance du 17 mai 1793).

« Le citoyen Lacals, député extraordinaire de la Société dé Toulouse à fait part à l’Assemblée des dépêches dont il était chargé et qui consistent en un projet de rassemblement à Toulouse des commissaires de la Convention hatiohale qui se trouvent dans les départements méridionaux, conjointement avec les députés des diverses sociétés populaires. L’extrait du procès-verbal de la Société de Toulouse, qui contenait ce projet, était accompagné d’un arrêté du commissaire Chabot dont le ton directorial a révolté tous les vrais républicains.

La société considérant que les pouvoirs des commissaires sont expirés,

. Considérant que c’est le moment le plus efficace de perdre la République en donnant à des particuliers des pouvoirs liberticides et attentatoires à la représentation nationale, à délibéré :

1° de passer à l'ordre du jour sur la mesure proposée par la SP. de Toulouse ;

2v de dénoncer Chabot comme ayant fait un arrêté dictatorial ;

3° D'écrire à toutes les sociétés “affiliées pour prévenir les mauvais effets que ces dépêches pourraient produire.

(2) Toulouse, 15 mai 1793, an IT, de la République française.

Signé: Chabot.

(3) Ysabeau repoussa le projet de Chabot.

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d'autres représentants, pour les prier d'assister à ce congrès.

Les autorités constituées s’émurent d’une pareille attitude. Chabot prenait de graves décisions sans les consulter et le club des Jacobins se dressait contre elles. Les Jacobins ne pardonnaient pas aux administrateurs du département d’avoir fait relâcher un certain nombre des reclus de la Visitation, emprisonnés le 25 avril précédent, sans leur assentiment, et parce qu’ils faisaient partie du groupe de la Gironde. Une lutte s'était ainsi engagée entre les corps constitués et la société populaire, dirigée et encouragée par Chabot. Celle-ci demande la destitution de quelques fonctionnaires publics qui ne « lui paraissent pas assez enragés pour être à la hauteur de la Révolution ».

Le 15 mai 1793, le citoyen Lacau, au nom du Comité de surveïllance de la Société populaire, fait un rapport sur les faits qui étaient reprochés au citoyen Malpel, procureur-général-syndic du département, Ces faits paraissent graves à l’Assemblée. Ils prouvent tous une modération, une tiédeur qui sont jugées dangereuses. Malpel est principalement accusé d’avoir maintenu « au mépris des lois la maison d’instruction des Dames noires de Lévignac », d'y avoir fait élever sa fille, « malgré qu'il ne püt ignorer les très mauvais principes qu'on professait dans cette maison ». On lui reproche aussi sa négligence à faire exécuter les lois contre les prêtres réfractaires, et notamment contre les capucins, « son grand zèle à atténuer l'effet des décrets révolutionnaires par des arrêtés ou des adresses », sa protection aux émigrés rentrés, sa liaison avec Servan et Lacuée, afin d'obtenir pour son fils qui servait dans l’armée de Custine une place de capitaine dans la légion des Pyrénées, On lui reproche enfin d’avoir négligé de punir Roze, chargé

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d'approvisionner en grains la Haute-Garonne et qui avait fourni du blé gâté dans les marchés de Toulouse, Fronton et autres lieux » He

Chabot décide de demander la destitution de Malpel (2). Et « le 17 mai 1793, an II de la République française, le Conseil général assemblé dans la grande salle de la maison commune, en séance publique, assisté du Conseil général de l'administration, du district de Toulouse, ainsi que de la municipalité et Conseil général de la dite ville, en présence des membres de la Société des Amis de la République, le citoyen Dardignac, président, Calès, suppléant le procureur-général-syndic, les citoyens représentants du peuple, Chabot, Mailhe, Lombard-Lachaux ayant pris place à la droite du Président, ont arrêté que le citoyen Malpel est suspendu de ses fonctions et est remplacé par Descombels, procureur général syndic du district de Castelsarrazin (3).

Mais Chabot pense que Malpel n’est pas le seul « à heurter ainsi les lois » ; le même jour, la Société populaire s'établit en permanence. Et elle envoie à la municipalité une députation composée des citoyens Belin, Salles, Oléac, Gélas, Boyé limonadier et Boyer perruquier, Couderc et Bergé, ayant à leur tête « le brave sans culotte Chabot », pour présenter la liste

(1) Archives départementales, L. 87.

(2) Malpel de Latour, avocat à Toulouse, appartenant à une famille de capitouls, avait été d'abord royaliste. Après le triomphe de la Révolution, il était devenu feuillant, puis Brissotin et fédéraliste ; sa politique était flottante. D'une part, il poursuivait les prêtres réfractaires, témoin les arrêtés des 20 juillet et 5 août 1792, du 30 janvier 1793; d'autre part, il permettait aux Dames noires de Lévignac de continuer leur vie en communauté. Destitué par Chabot, il fut gardé par 4 gendarmes dans son domaine de Caumon, puis transféré aux Carmélites.

(3) Archives départementales, L. 47.

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