‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 24 sur 63 · PUY D · texte numérisé non relu

PUY D

des membres des corps administratifs « qui ont perdu la confiance publique » (1).

Cette « dénonce » est une déclaration de guerre au Maire Derrey de Belbèze, à Douziech, chef de la Garde Nationale, à Ruffat. Dans cet état de choses les esprits étaient naturellement exaspérés. Douziech s’emporta, prononça des paroles violentes contre les agitateurs. Il fut dénoncé à la Société populaire par un citoyen qui avait assisté à la séance des autorités constituées et qui rapporta que Douziech avait dit « qu'il était temps de punir les désorganisateurs ; qu'il avait force armée, qu’il saurait l’'employer, mais qu'il ferait justice lui-même des chefs, dès la première rencontre ».

Chabot se sentit visé, et il déclara que Douziech devait être arrêté sur-le-champ. Il dénonça aussi le général Lacuée, mais le Comité de Salut public refusa la destitution que réclamait Chabot ; il la prononcera

plus tard.

L'arrestation de Douziech produisit à Toulouse une émotion violente, si violente même que la Société populaire craignit des représailles. Par une mesure d’apaisement, Douziech fut relâché, et on put croire que la paix pourrait se faire entre la Société populaire et les corps constitués. Une tentative de réconciliation eut lieu le 21 mai ; les autorités furent convoquées pour se donner le baiser de paix, afin que le public soit témoin de l’union et de la fraternité qui doit régner entre les corps constitués et les amis de la République.

Sur les 5 heures du soir, les trois corps administratifs s’assemblent dans le consistoire de la maison commune où étaient également présents les citoyens

(1) Ce sont les citoyens Caussé, Villars et Delon.

OR |: NC

Chabot, Mailhe, Lombard-Lachaux, représentants du peuple. Chabot, après avoir prononcé un discours relatif aux avantages qui résulteront de l’union et de la fraternité qui doivent régner entre les corps constitués et la Société populaire, a donné le baiser de paix au président du Directoire du département, au citoyen Derrey, maire, aux membres de la Société populaire, et le baiser de paix a été également et réciproquement donné entre tous les membres de l’Assemblée.

Le 19 mai, Chabot avait prononcé un grand discours dans l'église métropolitaine de Saint-Etienne. 11 s'était élevé contre les aristocrates qui ont trop longtemps infecté Toulouse. Il avait tonné contre le luxe et l’immoralité du clergé ; dénoncé « la catin de Monsieur l'évêque », reproché les « pantoufles brodées et les logements luxueux aux successeurs du sans culotte Jésus ». Il avait vanté les lois « sages et philosophiques » sur le divorce et sur le mariage des prêtres et avait conclu en disant : « qu'il fallait être enragé sous peine d’être mordu par les enragés ».

L'apaiséement n'était qu'apparent, la Société popuaire continuait son œuvre d'épuration et de surveillance (1). Elle chasse de son sein rodéré, Brissotins, Girondins. Elle s'occupe activement de la vie publique, elle cherche à atténuer la crise économique. Le 18 mai, elle rédige une adresse à la Convention pour décréter que les térres abandonnées où non ensemencées soient confisquées au profit de la nation. Le 19 mai, elle envoie, sur la proposition de Chabot, une pétition à la Convention pour abaisser Île traitement des évêques à 2000 livres et diminuer les vicaires épis-

(4) Chavardyÿ, conseiller municipal, donne sa démission. Il était accusé de royalisme, de tiédeur, d'avoir donné des certificats de résiaence aux religieux sans exiger le serment, de s'être refusé aux visites domiciliaires.

I1 est remplacé par Murel,

APN De

copaux. Elle demande la fixation des prix du charbon et du bois de chauffage (1). La fabrique de Saint- Etienne est invitée à supprimer le costume du Suisse. Une taxe est établie sur les domestiques et sur toute personne se faisant suivre de laquais, « ce qui dégrade l'humanité ».

Le 18 mai, les représentants du peuple avaient requis l'envoi immédiat de 5063 hommes, formant le contingent du département, et avaient demandé l'arrestation de Bébian, administrateur du district de Toulouse. Le 21 mai, Mailhe exige le renvoi des Dames noires de Lévignac (2), et fait prendre un nouvel arrêté sur la séquestration des biens émigrés. Cent chevaux de trait sont réquisitionnés pour les besoins de l’armée.

Ces mesures donnèrent naissance à un pamphlet intitulé : « Le despotisme ressuscité », qui est distribué dans les rues, dans les maisons et où Chabot est fortement attaqué, injurié. Mouquet, ami et collaborateur de Chabot, propose de rédiger une adresse au peuple én réponse à ce « libelle lâche, diffamatoire, calomnieux ». Le Directoire du département ordonna au Corps Municipal d'en poursuivre les auteurs (3).

(1) La loi du maximum, du 4 mai, avait été appliquée lé 9 mai, pour les grains.

Le 23 mai, la pagelle de bois fut fixée à 20 livres, les 100 fagots de sarments à 12 livres.

Le qüintal de charbon fut fixé à 3 livres 10 sous.

Là pagelle correspondait, à Toulouse, à 1 stère 95.

(2) La Supéfieure fut arrêtée.

Leltre au ciloyen-maire dé la commune de Touiouse: « J'ai eu avis que la Martin, ci-devant religieuse et supérieure de Lévignac, est actuellement en ville, logée chez Rousseau, place des Carmes, où tout au moins dans le voisinage. Veuillez faire en sorte qu'elle soit mise de suite en état d’arrestation et m'en rendre compte aussitôt qu'il vous sera possible. »

(Correspondance du Directoire du département, L. 67).

(3} Lettre au Maire et officiers municipaux de la cotimune de Toulouse : « Le Conseil général mé charge de vous prier de prendre

tous les moyens qui Sont à Vous pour découvrir les auteurs, fauteurs,

distributeurs d'un libellé ayant pour titre: « le despotisme ressuscité », que le comité de surveillance de la Société populaire de cette

HN: 1e

C'est alors que les autorités constituées prirent le parti de rompre avec les Jacobins. Jusqu'’alors elles s'étaient montrées timides, hésitantes. Elles avaient espéré une entente impossible à réaliser. D'ailleurs les nouvelles de Paris, les luttes de partis à la Convention nationale achevèrent d’exciter leur haine contre les représentants du peuple et la Société populaire. Exaspérées de l'attitude du club des Jacobins dirigé par Chabot, elles déclarent une guerre ouverte à ce dernier. Le conflit éclata au sujet du Congrès des Sociétés populaires et des représentants du peuple qu'il avait convoqués à Toulouse.

Les membres de la municipalité se plaignirent d’abord aux autorités du département que les députés des sociétés populaires demandaient un local pour tenir leurs assemblées. Ils craignaient, disaient-ils, que leur présence n’amenât à Toulouse des troubles dont les Jacobins voudront profiter pour établir leur toute-puissance. Ils pensaient que c'était une menace et un danger pour les administrateurs du département tout entier. Le Directoire du département se réunit en séance et décida, le 23 mai, que, pour des motifs de sûreté générale, défense serait faite à tout citoyen de former dans la ville une assemblée populaire sous quelque désignation que ce soit. En outre, on ordonnait aux députés des Sociétés populaires arrivés à Toulouse de repartir sur-le-champ. On leur donnait une heure pour leur départ sous peine d’arrestation. Cette mesure souleva des protestations violentes à cause du peu de temps accordé pour quitter

ville vient de lui dénoncer. Ce libellé ne tient à rien moins qu’à calomnier et avilir les représentants du peuple et les corps administratifs en leur ypréêtant des intentions perverses et en les taxant d'une insigne lâcheté. Veuillez, citoyens coopérateurs, concourir de tout votre zèle à empêcher la propagation de ce libellé et à en découvrir les auteurs et distributeurs. » (Id, "1 67).

TR ARE ON APTE Ne

Page 1