AU VO MER
toyens, vous n'êtes pas le souverain, vous n'êtes qu'une section, Ce n’est pas à vous seuls que j’appartiens ; c'est à toute la République. La reconnaissance que je vous dois ne m’aveugle pas sur les principes. Vous n'avez pas le droit de me conserver dans une place que vous ne pouvez pas me donner. Le Conseil exécutif a eu le droit de me nommer ; c’est lui seul qui peut me rappeler. Je ne suis donc plus général, mais Toulouse étant à vingt lieues des armées, je puis y rester, j'y resterai » (1).
Et la colère générale contre « la commune infâme
de Paris, qui bravait toutes les lois », s’exhale en ces termes : « Non, non, citoyens nous ne souffrirons pas de nouvelle Rome, nous ne souffrirons pas que nos magistrats courbent la tête sous les lois des nouveaux proconsuls... Ceux qui veulent mourir libres sauront soumettre les ambitieux et punir les tyrans. Magistrats du peuple, persuadez-vous bien que le peuple est là, qu’il est levé pour vous défendre et maintenir votre autorité. Le salut du peuple exige que vous restiez unis et qu'aucun de vous n'oublie que les vrais républicains ont autant de courage que de vertu » (2).
Le 19 juin, le Conseil du département, assisté de toutes les autorités constituées et d’un commissaire de chaque section, « considérant qu'il est notoire que la Convention Nationale n’a pas été libre le 31 mai et le 2 juin, qu'il y a lieu de croire qu'elle ne l’est pas encore... persistent dans leurs précédentes déclarations ». Et il est décidé de porter à la Convention la « Déclaration du Peuple de Toulouse » (3).
(1) Journal de la Haute-Garonne: Mercredi 19 juin 1793.
(2) Id.
(3) Cette déclaration, rédigée et lue par Janole, est une manifestation de haine et d'opposition contre Paris et la Montagne: « S'il
y eut jamais une Assemblée inviolable et qu'il fallut environner @e respect et de liberté, c’est la Convention d’un grand peuple, chargée
En
Cette déclaration précise la situation et résume les vœux des Girondins de Toulouse et du département, les maîtres encore des administrations et de l'esprit public. Elle demande :
1° L’annulation du décret mettant en état d’arrestation 28 membres de la Convention et que la Commune de Paris soit cassée sur-le-champ.
2° Que tous les décrets rendus depuis le 31 mai jusqu’au moment où la liberté d'opinion sera manifestement rendue à la Convention soient revisés, notamment celui qui institué une armée révolutionnaire.
3° Que tous les chefs de la conspiration et ceux qui ont dirigé la force armée contre la représentation nationale soient arrêtés et punis sans retard.
4° Qu'il soit formé un tribunal national à 50 lieues
d'organiser le corps politique, de former sa législation, de fonder son bonheur et sa gloire.
... Le dépôt sacré de la Convention, tous les départements l’avaient remis à l’affection et à la fidélité des habitants de Paris comme aux fils aînés de la Révolution. Méprise funeste! Vérité trop connue ! Paris que nous devions croire le foyer le plus ardent de la liberté, Paris, par sa faiblesse, par l’insouciance d’un intérêt mal conçu, n'est qu’une sentine de vices, qui déborde et verse de toutes parts l'anarchie dans la République et la corruption de l'Europe entière. Paris n’est que le repaire &@’une foule d’intrigants, d’ambitieux et de scélérats, aux gages des tyrans armés pour nous détruire, prêts à servir la fureur da tous les partis, vivant des poisons qu’ils répandent, ou s’engraissant au milieu des désordres qu'ils font naître...
Le cannibale Marat, qui calcule froidement l’horrible sacrifice de 260.000 têtes reçoit des couronnes civiques et, avec mille monstres de son espèce, organise, sous le nom de sainte insurrection, le brigandage et la guerre civile. Oui, des rapports fidèles des témoins frémissants encore d’indignation, nous l'ont appris dans la salle même des Jacobins, des conspirateurs ont appelé tous les crimes. A leur voix, le tocsin, les tambours, le canon, ont donné le signal d’alarme ; une armée tout entière a investi, profané l'enceinte de la Cité; une pétition à la main, les autorités de Paris ont eu la sacrilège témérité de venjÿr dicter des lois, et de présenter des fers aux corps constituants..: É
Mais ce décret, qui plonge ans la captivité 28 législateurs, n’est qu’un produit affreux de la scélératesse et de la force. Par lui, la majesté du Peuple français est violée, l'intégrité de la représentation détruite, Paris, en usurpant le pouvoir suprême, à rompu les liens de l'Unité et de l’Egalité départementales. IL a trahi l’engagement social et déclaré la guerre à toute la République. »
tds
au moins de Paris, composé d’un nombre déterminé de juges pris au sort parmi les présidents des tribunaux criminels et d’un juré choisi dans tous les départements.
5° Que ce tribunal soit spécialement chargé de poursuivre et juger et faire punir tous les conspirateurs convaincus d'avoir attenté à main armée à la liberté de la Convention, préparé, provoqué, dirigé le rassemblement de la Garde nationale, les auteurs et signataires de la pétition où l’on demande l'arrestation de 32 députés.
6° Que la Convention fasse un rapport sur toutes les « dénonces », faites contre ses membres, sur tous les complots dont la recherche avait été confiée à la Cmmission des Douze, que ce rapport soit imprimé avec toutes les pièces justificatives, envoyé dans les départements.
7° Que la « dénonce » faite contre Chabot par les autorités constituées et le peuple de Toulouse soit incessamment jugée par la Convention.
Telle était la situation politique à Toulouse. Le parti des Girondins triomphait. Ils voulaient n’écouter « qu'un besoin de vengeance » contre Paris, et faire « un grand exemple » de la Capitale qui, « comme cette ville antique dont elle ne retrace que trop la splendeur et les débordements, sera peut-être à nos neveux un monument terrible du courroux du ciel et de la justice des hommes ».
L'ensemble du département avait suivi le chef-lieu. Comprenant encore plus de modérés, de feuillants et d’aristocrates que Toulouse elle-même, il n'est pas surprenant qu'il ait adhéré en général aux tendances fédéralistes. Même, certaines sociétés populaires s'étaient séparées de celle de Toulouse, qu'elles jugeaient dangereuse, pour soutenir l'attitude des corps
constitués. Nous en donnons comme exemple la lettre suivante adressée par la Société populaire de Montastruc aux administrateurs de la Haute-Garonne :
« Citoyens administrateurs, l'énergie que vous avez déployée contre les désorganisateurs a mis le comble à la reconnaissance des vrais républicains, La Société de Montasiruc s'en est réjouie et vient joindre son vœu au vôtre, afin de purifier l'atmosphère de ces êtres impurs qui ont infesté nos contrées. D'intrépides républicains ne doivent connaître aueun écueil quand il s’agit de sauver la Patrie et de garantir la liberté d'opinion aux élus du peuple... Vous avez travaillé à arrêter le cours des entreprises factieuses. Vous avez montré quelle était la dignité et l'importance de votre poste ; vous avez résisté à ces hommes fougueux qui ne suivant d'autre impulsion que leurs passions. Enfin vous avez dénancé Chabot, Cette seule démarche suffit pour vous en témoigner notre gratitude. Les autres parties du département nous imiteront sans doute, si elles ne l’ont pas déjà fait. Car vous devez songer que le département n’est pas tout entier à Toulouse .Nous avons des bras et du courage, nous en ferons un prompt essai, s’il le faut, pour externuer tous les factieux avides de troubles et de sang (1).
Le district de Revel s'est montré partout « aussi civique ». Quant au district de Grenade et de Saint- Gaudens ils sont « infestés de fédéralisme »,
Cependant le district de Rieux a refusé de convoquer les assemblées primaires, comme le département l'avait ordonné. Les citoyens composant le Conseil d'administration ont fait parvenir une « lettre circu-
(1) Lettre àâe la Société populaire de Montastruc aux administre. teurs du département de Haute-Garonne, en date du 18 juin 1793. Signée :
Seilhan, président ; J Dardignae, Carbonnel, secrétaires,