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CHAPITRE IV

L’Echec du fédéralisme

RUPTURE AVEC LA GIRONDE. — ROLE PERSONNEL DE DES- COMBELS. — ACTIVITÉ DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE. — LES REPRÉSENTANTS BAUDOT ET CHAUDRON-ROUSSEAU. MOUVEMENT D'OPINION PATRIOTIQUE. — LA CRISE AGGRAVÉE DES SUBSISTANCES. — LA CONSTITUTION DE L'AN I.

Ce fut un vrai coup de théâtre. Il surprit l’ensemble du département ; il surprit les fédéralistes du Midi ; il brisa les espérances de la Gironde.

Qui donc avait pu ainsi changer les dispositions du Conseil du département? Quelles puissances avaient travaillé contre le fédéralisme, un moment triomphant ? Quelles circonstances, quels événements avaient préparé ce changement d'opinion ? Par qui, et pourquoi le département de la Haute-Garonne s’étaitil ressaisi ?

De l'étude des douments il ressort nettement que la défection de la Haute-Garonne, dont les conséquences considérables UE déjà, est due à trois catégories d’influences :

1° A l’action personnelle du procureur-général-syndic du département, Descombels, à l’activité inlassable de la Société populaire de Toulouse ; à la vigilance des représentants en mission, Chabot, Baudot et Chaudron-Rousseau.

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2° À un mouvement d'opinion provoqué par un sursaut de véritable patriotisme, au danger extérieur, à la crise des subsistances qui fut une des causes à la fois de l’origine et dé l’échec du parti fédéraliste.

3° A l’habile politique de la Convention Nationale qui sut voter, en temps voulu la constitution tant désirée. ,

Ces causes différentes d’un revirement politique inattendu, et si lourd de conséquences, sont tout particulièrement intéressantes à étudier.

Nous avons vu que le 16 mai 1793, Gervais Descombels, procureur-général-syndic du district de Castelsarrazin (1), était nommé procureur-général-syndic du département de là Haute-Garonne, en remplacement de Malpel, destitué. Le jeune protureur général, né à Castelsarrazin en 1768, avocat à Toulouse, était membre du club des Jacobins de sa ville natale, et c'est à sés amitiés jacobines qu'il dût d’être nommé à là pläce de Mälpel (2).

Il était intelligent, instruit et, quoique, Jacobin, de mise très soignée. Jeune, il arrive comme procureur général du département au milieu de gens d'âge et d'expérience, ayant derrière eux un passé politique. Qu'ose-t-il faire tout d’abord ? Il tombe en pleine effervescence fédéraliste et sait garder pendant le premier mois de ses nouvelles fonctions une attitude d'attente et de réflexion. Il semble, pourtant, que son

(1) Le district de Castelsarrazin faisait alors partie âu département de Ja Haute-Garonne. La création du département du Tarn-et- Garonne, en 1808, a séparé de la Haute-Garonne la totalité du territoire de Castelsarrazin et une partie de celui de Grénade-Beaumont.

(@ÿ I1 fut plus tard agent national du district de Toulouse du 4" nivôse ân II (24 décembre 1793) at 15 frimaire an III (5 àécembre 1794). 11 fut révoqué par Mallarmé, le 4 brumaire an III. Arrêté, puis relâché, il reparaît comme électeur du district de Castelsarrazin dans l'assemblée électorale du 20 germinal an V. Juge de paix du canton de Castelsarrazin, il fut encore arrêté après le 18 brumaire. Délivré sur la demandé du préfet Richard, il fut successivement avoué, puis juge au tribunal.

rôle ne fut pas, au début, parfaitement loyal. I1 paraît s'associer, en effet, aux protestations des autorités constituées contre là Montagne et le coup d'Etat du 31 mai, aux projets fédéralistes du parti girondin. En tout cas, il ne les combat pas ouvertement. Cependant, les hésitations, les tergiversations, les lénteurs surtout que nous avons soulignées précédemment, sont venues très certainement de son influence occulte, mais réelle. Il est resté en relations avec la Société populaire qu'il tient au courant de ce qui se passe aux assemblées des corps constitués ; il regarde agir les représentants en mission, il assiste au conflit des parüs, il attend visiblement son heure.

Il attend aussi de voir l'orientation des événements. Habile, prudient, ïl laisse le premier enthousiasme fédéraliste s’user de lui-même, la lassitude s'emparer des uns, la crainte abaître les autres. Et lorsque Baudot fut parti pour Paris demander secours à la Convention Nationale contre la Haute-Garonne fédéraliste, lorsqu'il se sentit sûr d’être soutenu, alors il découvrit son plan et ses idées politiques. C’est lui qui provoque au Conseil général du -département le refus d'accepter la proposition de Bordeaux. C’est lui qui se charge d'écrire à la Commission populaire de Salut public dé la Gironde les motifs du refus du département. Il rédige cette réponse avec modération, mais avec fermeté, invoquant comme raison de la défection de la Haute-Garonne, l'intérêt supérieur de la Patrie.

I dit : « Je vous transmets l'arrêté pris par le Conseil de notre département à la séance d'hier. Il est le résultat de ia plus müre discussion qui a duré trois jouts: Est-il possible de se dissimuler que la guerre civile ne doive être la suite des mesures que vous proposez ? Cernée par des ennemis nombreux, la Patrie éncourrait les plus grands dangers, si, au lieu de

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