‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 41 sur 63 · TE AT · texte numérisé non relu

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Bordeaux... déclarent reconnaître pour ce qui les concerne les pouvoirs délégués par la Convention Nationale aux citoyens Chaudron-Rousseau et Baudot.… Déclarent aussi que la présente protestation sera adressée sans délai au Comité de Salut public de la Convention Nationale pour servir et valoir en tant que de besoin » (1).

Aiïnsi donc les administrateurs du département se Séparaient des représentants des sections du département et des magistrats de la commune de Toulouse. Descombels, fidèle aux Jacobins, entraînait le Directoire de département vers une politique anti-fédéraliste, ouvertement ennemie de la Gironde. La Convention National pourra compter sur son dévouement à la cause montagnarde.

Les fédéralistes étaient fort désemparés. Ils venaient d'être privés des meilleurs de leurs chefs, arrêtés et envoyés à Paris. Ceux-ci d’ailleurs se montraient surpris de la décision de la Convention. Ils ne la prévoyaient ni si sévère ni si rapide. Aucune tentative n'avait été faite pour s'opposer à leur départ. Dans les voitures réquisitionnées par Chaudron-Rousseau, ils combinaient leur plan de défense. La majorité d’entre eux ne put se disculper. Accusés du crime de fédéralisme contre l’unité de la République, ils furent condamnés et guillotinés, sauf Artaud, Dardignac et Janole (2), qu’un décret de la Convention, rendu le 16 août 1793, sur la proposition de Chabot, renvoya acquitlés.

(1} Protestation solennelle des administrateurs de la Haute-Garonne contre tous les délibérés arrêtés et proclamations, adresses, faits par les dites autorités constituées que par l’assemblée des commissaires des sections. 6 juillet 1793. L. 67.

(2) Janole fut réintégré dans ses biens et sa fonction de juge du tribunal du district de Toulouse, « touchant les honoraires de la dite place depuis le dernier paiement. »

Extrait du registre des arrêtés du comité de législation, séance du 2 floréal, an III.

Sévène essaya de se dérober par la fuite aux rigueurs du décret. On l’arrêta alors qu'il voyageait sous le nom de Dubois. Mais ceux dont le procès souleva le plus d'incidents furent Derrey, Ruffat et Barras.

Derrey de Belbèze, maire de Toulouse, fut d’abord arrêté, ensuite relâché. Arrêté de nouveau, il passa en jugement. Fabié, notable à Toulouse, fut envoyé par la municipalité à Paris, pour suivre l'affaire de l’ancien maire ; ses lettres nous renseignent sur l’état d'esprit des accusés et celui de leurs amis. Tous espèrent qu'ils seront épargnés, malgré la haine de Chabot qui ne désarme pas. Fabié écrit le 14 juillet 1793 : « Ils ont commencé d'être interrogés dans la nuit du 12 au 13. Artaud a été le premier et il nous est rendu provisoirement sous le cautionnement du citoyen Laffont. Loubet et Barras l'ont été ensuite, mais ils n’ont pas fini. Derrey le sera aussi ; je pense que tout ira bien » (1). Tout n'alla pas bien comme Fabié l’espérait (2).

Derrey, de son côté, était plein d'espoir. Il écrit à la Municipalité: « Je suis très sensible, chers citoyens (3), aux marques d’attachement que vous me

(1) Signé : Fabié.

Lettres à la Municipalité: Archives communales (Lettres reçues, registre 14).

(2) Fabié écrit encore le 19 juillet 1793 :

« Citoyens, il est fâcheux sans doute de ne pouvoir rien vous donner de positif sur l'affaire du citoyen Derrey. Les grandes occupations du Comité de sûreté générale en sont cause. Les généraux Sandoz, Vastermann et Custine y sont appelés et ce dernier est ici depuis avant-hier, Les deux riremiers sont à l'Abbaye. Derrey n'a pas encore été interrogé, mais on me fait espérer qu'il le sera aujourd'hui, et je pense qu'il sera tout de suite mis en liberté.

Le Président du département fut interrogé hier et il est libre provisoirement sous le cautionnement de Groussac. La défense des accusés sera distincte et séparée, et chacun aura la sienne.

Signé : Fabié.

(Lettres à la Municipalité). Archives communales, registre 14.

(3) Le Conseil général de la Commune avait fait une offre pécuniaire au maire pour ses besoins actuels et son voyage et séjour à Paris. (Délibérations du Conseil général de la Commune) 29 juin 1793.

témoignez. Devais-je attendre pour prix de mon sincère dévouement à la chose publique un traitement de cette espèce ? La Convention est juste, elle rendra justice, nos ennemis seront confondus, humiliés » (1).

Mais le 18 août, il devait écrire sa dernière lettre. Traduit devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, il fut condamné et guilloïiné le 11 Messidor, An II (22 juin 1794), malgré les protestations et les espoirs de Fabié et de ses concitoyens en sa prompte mise en liberté (2).

Une accusation plus grave encore pesait sur Ruffat, membre du district de Toulouse. Il avait accepté d’être envoyé en mission par le département de la Haute-Garonne auprès du département de la Gironde pour convenir du plan de la coalition du Midi. Une telle accusation était lourde de conséquences. IL parut à Paris un des fédéralistes les plus dangereux. De Bordeaux, il avait écrit une lettre à Toulouse, dans laquelle il faisait un rapport détaillé de sa mission. Cette lettre saisie et envoyée au Comité de Süreté générale prouve d’une façon indiscutable que l’insurrection de Toulouse était liée à celle de Bordeaux et que la Gironde comptait sur la Haute-Garonne pour réaliser son projet d’une république fédérative. Elle montre aussi l’organisation de Bordeaux et sa force contre-

(1j Signé : Derrey.

(Paris, le 16 juillet 1793, des prisons de l'Abbaye, 4 h. du matin).

Lettres à la Municipalité. (Registre 14).

(2) Voici la dernière lettre de Derrey :

Paris, le 18 août 1793.

Le citoyen Derrey aux membres du Conseil général de la Commune de Toulouse :

« Citoyens, je ne puis que me louer de la conduite qu’a tenue le citoyen Fabié, notable, à mon égard. Ce bon citoyen a fait tout ce qui était en son pouvoir. Je vous gtrie de lui en témoigner votre juste reconnaissance. Quant à moi, je n'oublierai jamais que je fus un de vos membres et que vous avez tout fait pour me soustraire à mes persécuteurs. Adieu, je vous embrasse et je suis tout à vous pour la vie, »

Signé: Derrey (franc et loyal républicain).

(Lettres à la Municipalité, Registre 14).

révolutionnaire. On comprend aisément qu'elle ait troublé la Convention Nationale.

Cette lettre, lue par Baudot au Comité de Salut public, à la séance du 6 juillet, est datée de Bordeaux, 26 juin. Elle rend compte de la mission des deux envoyés de la Haute-Garonne dans la Gironde. Ruffat précise qu'il trouva au Champ-de-Mars au moins 15.000 hommes de la Garde Nationale sous les armes et que beaucoup sa faisaient inscrire pour former « la force départementale que la Gironde fait partir contre les brigands de Paris ». Cette force devait se mettre en marche du 1% au 4 juillet et il ajoutait : « Nous pensons que vous avez accéléré la formation de notre force pour la joindre à celle-là ». Ruffat ignorait, le jour où il écrivait cette lettre, le brusque revirement des autorités constituées de la Haute-Garonne et que nous avons précédemment expliqué. Il pensait l’accord décidé entre Bordeaux et Toulouse et s’en réjouissait.

Sa lettre donne ensuite le détail de l’arrivée à Bordeaux des représentants en mission Mathieu et Treilhard. Elle rapporte qu’une garde de 6 grenadiers est chargée de les suivre, de les surveiller, que le Président de l’assemblée des commissaires de la Gironde réclame l’élargissement des membres de la Convention arrêtés le 31 mai, la punition de la « Commune factieuse » et aussi celle « des scélérats qui maîtrisent la Convention Nationale et celle des traîtres du Conseil exécutif », Et Ruffat concluait ainsi : « Les Bordelais ne les délivreront (Mathieu et Treilhard) que quand la Convention Nationale libre aura élargi leurs députés mis en état d’arrestation ».

Son crime parut indiscutable, Ruffat fut condamné et exécuté le 11 Messidor an II.

Il faut bien reconnaître que cette lettre établit les projets du parti fédéraliste. Elle permet de mesurer

l'importance de son plan et son danger pour l’ « unité de la République ». Elle permet surtout de comprendre le rôle que Toulouse pouvait jouer et sur lequel les Girondins avaient compté.

Quant à Barras, il était à Paris depuis le milieu de mai, Où il avait été envoyé en mission pour hâter l’organisation de la défense des Pyrénées. Il avait mis le Comité de Salut public au courant de la querelle de Chabot avec les corps constitués de la Haute-Garonne. Chabot avait facilement détourné les accusations portées contre lui et avait dénoncé les autorités toulousaines coupables de fédéralisme. Barras était du nombre. Il fut condamné et exécuté le 11 Messidor, an Il.

Loubet, Arbanère, Douziech, Sévène furent aussi condamnés à mort malgré les efforts de Delmas. Nous Savons, en outre, par les délibérations de la Société populaire, que les accusés ont, essayé d’implorer la clémence de Chabot. Ce fut en vain.

Les dix citoyens de Toulouse traduits à la barre de la Convention étaient les chefs principaux de la faction fédéraliste. Ils furent immédiatement remplacés, par les soins de Descombels, qui mit à leur place des Jacobins éprouvés. Ferrand fut nommé maire à la place de Derrey ; les citoyens Couderc, Saurine, vicaire épiscopal, et Delpont, prirent la place de Loubet, Arbanère et Janole dans les Conseils de la Commune. Hugueny, président du district de Grenade-Beaumont, fut nommé président du Tribunal criminel en remplacement d’Arbanère. Toulzy remplaça Ruffat à l'administration du district de Toulouse. Les nouveaux magistrats prêtèrent le serment ainsi que le citoyen Hainaut nommé commandant de la Garde Nationale à la place de Douziech.

Tandis que le Tribunal révolutionnaire de Paris

allait se charger de mettre en jugement les fédéralistes toulousains amenés devant lui, les représentants en mission et la Société populaire de Toulouse allaient commencer, avec l’aide de Descombels, la répression de la crise fédéraliste dans la Haute-Garonne. Car les chefs arrêtés n'étaient pas les seuls Girondins dangereux. Toulouse en comptait encore un grand nombre, le département aussi. Malgré l'exécution du décret de la Convention, ils poursuivaient leur propagande dans l’ensemble du département.

Dans deux lettres écrites de Toulouse, en date du 12 juillet 1793, Chaudron-Rousseau et Leyris (1) rendent compte à la Convention Nationale de cet état de chose. Ils écrivent en particulier : « Un système opposé aux progrès de la Révolution se propageait dans Toulouse, ce système avait déjà fait des victimes, des patriotes avaient été persécutés, incarcérés, et des autorités constituées, méconnaissant les lois et la hiérarchie des pouvoirs, dominaient pour réaliser une coalition monstrueuse, déjà rompue, quoique Marseille et Bordeaux aient poussé le cri de la rébellion. »... Ils signalent ensuite qu’un incident leur a fait comprendre toute l'étendue du complot : c'est la découverte de deux imprimés anti-civiques « provoquant les citoyens et les armées à adopter les principes qui ne tendent à rien moins qu'à déchirer la Patrie à rompre l'Unité, à méconnaître la Convention... » Ces écrits faisant allusion aux « projets d'établissement du fédéralisme étaient portés de Marseille à Bordeaux par un courrier extraordinaire, et c’est à la vigilance des bons sans-culottes de Toulouse que l’on doit l'arrestation du courrier et la découverte de ces écrits qui appellent la guerre civile ». Ce projet, depuis longtemps médité

(1) Leyris, né à Alès, le 18 mars 1762, député du Gard, montagnard en mission dans les départements du Midi.

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avait pour but de réaliser le fédéralisme et La scission entre le Midi et le Nord (1).

Pour contrebalancer la propagande girondine, la Société populaire excitait le zèle des patriotes (2). Les sans-Culottes parcouraient la ville, conviaient le peuple aux réunions du club, louaient la Convention Nationale qui venait enfin de voter la Constitution ; celle-ci fut reçue à Toulouse le 10 juillet. Immédiatement la Société populaire envoie un commissaire à la Municipalité pour l’inviter à faire tirer le canon en cette circonstance, à faire sonner les cloches et à allumer un feu de joie sur la place de la Liberté,

Le 12 juillet, une grande manifestation réunit à la Maison commune les membres du Conseil général du district de Toulouse, le Conseil général du département de la Haute-Garonne, les membres des tribunaux judiciaires, criminel et de commerce, les juges de paix et leurs assesseurs, les membres de la Société populaire avec leur président. Une foule de citoyens est massée sur la place de la Liberté, où un régiment de dragons, le 27° régiment de cavalerie, et toutes les troupes formant la garnison de Toulouse sont groupées. Un piquet de 100 hommes précédé d’une musique militaire a été détaché et envoyé auprès des citoyens Chaudron-Rousseau et Leyris, représentants du peuple. Des citoyens et des citoyennes leur font escorte en chantant le « Ça ira » et la « Carmagnole ». Les représentants accompagnés des autorités constituées et des membres de la Société populaire sortent de la Maison commune « non pas avec les formes de l'étiquette qui n'étaient bonnes que sous le régime des tyrans, mais

{1) Archives Nationales, À F II 183, (Cité par Aulard, t. V, p. 248).

(2) Le 13 juillet, une députation du Collège National de Toulouse est venue offrir à la Nation la somme destinée par le département à l'achat des prix. Ils demandent qu’elle soit employée à fournir des vivres aux défenseurs de la Patrie. (L. 750).

avec cette confusion qui annonce que désormais les Français sont un peuple de frères ».

Arrivés sur la place de la Liberté, une décharge d’ar-

tillerie annonce que l’acte constitutionnel va être publié. L'acte est lu et proclamé par le secrétaire-greffier du district, Après la lecture, le canon est de nouveau tiré. Puis un long cortège se forme qui doit parcourir la ville. La marche est ouverte par les dragons républicains de Toulouse ; viennent ensuite les différents bataillons des gardes nationales, toutes les autorités constituées précédés des représentants du peuple. Le cortège est fermé par le 27° régiment de cavalerie. La musique joue pendant la marche les airs populaires patriotiques. Ainsi formé, le cortège se rend de la place Arnaud-Bernard à la place Saint-Pierre, à Saint- Cyprien, puis repassant la Garonne, il arrive à Saint- Michel, gagne la place Saint-Etienne et la place Saint- Georges. Sur chacune de ces places l’acte constitution nel est de nouveau lu et proclamé avec les mêmes formes que sur la place de la Liberté. Partout, sur le parcours, l’affluence des citoyens est considérable. Le soir des illuminations parent la Maison Commune ei la plupart des maisons voisines. La foule danse des farandoles autour de l’arbre de la Liberté. Les hymnes, les chants, et les danses durèrent jusqu’à 11 heures du soir au milieu de l’allégresse générale.

; Les Jacobins n'étaient pas les seuls à montrer un visage joyeux ; les Girondins aussi étaient fort réjouis, car ils attendaient de cette constitution un apaisement à leur lutte contre la Montagne et un changement de régime qui mettrait fin à la dictature de Paris ; aussi, ils célébraient avec le même enthousiasme que les Jacobins l’heureuse arrivée de la Constitution, Nous verrons plus loin comment leurs espérances furent déçues.

Cette journée de fraternité et de joie eut de sombres lendemains. La Constitution et les chants patriotiques ne calmaient pas l’irritation générale, les craintes de l’envahisseur et la famine grandissante. Descombels continuait sa politique jacobine au milieu de difficultés Sans nombre. Luttant contre les tièdes qui le suivaient mal au Directoire du département, il se heurtait sans cesse aux complications de la vie journalière. Il se rendait compte qu'il était difficile de stimuler le patriotisme de citoyens qui mouraient presque de faim.

Le 16 juillet, Toulouse manqua de pain. On n’avait pu fournir des vivres aux troupes et réquisition avait été faite de tout le pain disponible chez les boulangers. Or, c’est la municipalité qui devait fournir la farine aux boulangers, car il ne fallait pas espérer acheter le grain aux hailes. Les cultivateurs n’y portaient plus rien, Aussi la municipalité est-elle obligée d'autoriser les boulangers à faire du pain avec du seigle et du millet. Beaucoup de farines gâtées rendent d’ailleurs ce pain mauvais et dangereux. Le 8 juillet, Garat, ministre de l'Intérieur, avait offert de faire participer la commune de Toulouse à la distribution des grains arrivant par le port de Sète. L'offre avait été acceptée avec reconnaissance. Mais qu'était cette distribution parcimonieuse, alors que 21.000 quintaux de blé étaient absolument nécessaires ? Aussi, le 25 juillet, Murel, officier municipal, était parti pour Villefranche de Lauraguais, un des greniers de la Haute-Garonne, pour demander le blé manquant. Il ne put l'obtenir. Ce n'était pas seulement les grains qui manquaient, l'argent faisait défaut autant que les subsistances, et le Conseil général de la commune de Toulouse fut obligé de solliciter de la Convention une avance de 800,000 livres,

Cette question de l’approvisionnement est pénible et harcelante, les administrateurs demandent, requièrent, supplient : la population a faim. Le 25 juillet, le corps municipal décide de nomner des commissaires (1) pour se transporter dans les différents quartiers de la banlieue (2), même dans les quartiers hors du gardiage pour inviter tous les propriétaires à faire dépiquer tout de suite leur blé afin de venir au secours de la détresse publique (3). Descombels, dont on doit reconnaître l’activité, écrit en toute hâte au procureur-syndic du district de Grenade pour lui demander d’expédier des grains : « L'état des subsistances de la ville de Toulouse est on ne peut plus alarmant », écrit-il ; « je vous prie donc, citoyen coopérateur, et autant que de besoin, je vous requiers de nous faire expédier sur-le-champ ce qui vous reste de grains appartenant au département. Nous payerons ici les voituriers que vous requerrez à cet effet. De la célérité, je vous en conjure, la tranquillité de Toulouse en dépend. Votre zèle m'en est garant » (4).

C'est que la tranquillité de Toulouse était fort troublée. Le mécontentement grondait et la paix du département tout entier était menacée. Les ennemis du gouvernement exploitaient la disette du peuple pour tenter un nouvel effort.

Il fallait veiller à la tranquillité publique. Or Baudot avait demandé à la Convention Nationale, lors de sa

(1) Les citoyens Villars, Couderc, Delibes, Gleizes, Auriol, Cazals, Delpont, Marnac et Carrey ont été nommés commissaires à cet effet.

(2) Le bois à brûler manquait totalement. Il y avait seulement à Toulouse deux dépôts de charbon, l’un à Saint-Michel, l’autre à Saint-Cyprien, tous deux très peu fournis.

(3) Un arrêté du département de la Haute-Garonne, en date du a août 1793, portait augmentation dans toute l'étendue du département d’un tiers en sus de la fixation du prix du pain en exécution da l'arrêté du 19 mai dernier. Le blé est fixé à 42 livres le setier au lieu de 33 livres.

(4) Lettre de Descombels au Procureur-syndic du district de Grenade, 16 juillet 1793. (L. 67).

« dénonce » contre les administrateurs fédéralistes de a Haute-Garonne, la suppression de la garde soldée de l2 commune de Toulouse (1). La garde soldée à pied, partie pour Bayonne, en exécution du décret de la Convention, avait été provisoirement remplacée par une garde de 2 compagnies avec leurs officiers et sous-officiers. Cette garde avait été divisée en 3 groupes : un groupe devait se tenir aux portes de la maison commune et au poste du refuge pour la garde des prisonniers espagnols, les 2 autres groupes devaient faire le service des marchés et des spectacles ; 30 canonniers assuraient la surveillance de la poudrerie (2). Cette nouvelle garde comprenait en tout 200 hommes à pied, 40 à cheval et 30 canonniers (3).

Le 5 juillet, le Conseil du département avait pris un arrêté établissant dans chaque ville une garde soldée pour maintenir l’ordre public.

Toutes ces mesures avaient pour but d'éviter les troubles, les émeutes que la situation politique et financière pouvait provoquer. Les portes de la ville étaient gardées, elles étaient fermées à 11 heures du soir et nul ne pouvait les franchir sans autorisation. Des rondes de nuit permanentes faisaient le tour de la cité de 11 heures du soir à 3 heures du maïüin. Des patrouilles circulaient dans les rues les plus reculées et les lieux publics étaient tout particulièrement surveillés (4).

L'inquiétude augmentait chaque jour. La crise économique, les difficultés extérieures rendirent l'espoir

(1) Baudot s'était exprimé ainsi: « Je demande que la garde soldée de Toulouse qui opprime les patriotes soit envoyée aux frontières d'Espagne. » :

(2) La garde soldée à cheval était partie pour Perpignan. :

(3) Délibérations du Conseil général de la Commune, (Archives communales D!).

(4) Délibérations du Conseil général de la Commune. (Archives communales D’).

aux fédéralistes encore menaçants dans la Haute-Garonne., Ils savaient que Bordeaux poursuivait ses projets et ils étaient encore décidés à les soutenir. Un instant démoralisés par la défection du département, par le vote de la Constitution, ils se groupèrent de nouveau pour s'entendre avec la Gironde et les départements séparatistes.

De leur côté, les fédéralistes de Bordeaux allaient tenter un effort suprême pour entraîner la Haute- Garonne, par persuasion ou par force, dans le complot fédéraliste d’où elle venait de se retirer (1). Dans cette intention, un bataillon de 1.500 hommes part de Bordeaux ; 1.200 hommes sont à pied, 300 sont à cheval. Le 20 juillet 1793, cette troupe passe à Langon. Elle doit se diriger vers Toulouse dont elle veut forcer l’entrée en passant par Montauban. En même temps, les nouvelles arrivent de Marseille et de Toulon où les contre-révolutionnaires sont triomphants ; le club des Jacobins y est fermé et les assemblées des sections ont adhéré en totalité aux mesures et projets du département de la Gironde. Cet accord s’est fait au moment

(1) Tout d’abord on n’a pas cru à Montauban au danger de la troupe bordelaise, comme le prouve la délibération suivante :

« … Le citoyen-maire a dit qu'étant allé dans l'après-midi de ce jour (15 juillet} avec le citoyen Frère, officier municipal, voir les citoyens Treilhard et Mathieu, représentants du peuple, délégués par la Convention Nationale dans les départements du Lot et autres, où s'était trouvé la citoyen Izarn, administrateur du département du Lot, ils avaient parlé aux rerrésentants de la force armée du département de la Gironde qui avait marché sur Langon, que les citoyens Treilhard et Mathieu avaient répondu qu'ils avaient des nouvelles officielles sur le (but de cette marche, que la force armée qui devait suivre celle qui était déjà partie m'était pas encore organisée, et qu’il était très douteux qu'elle s’organisaât, que, au surplus, toutes les dispositions étaient prises pour les repousser si elles tentaient des hostilités, et qu’il n’y avait nul doute d’après les dispositions qui étaient préparées qu'on parvint à arrêter leur marche, que déjà les commissaires de plusieurs dé'jartements, à leur instigation, s'étaient rendus vers Celui de la Gironde pour procéder par voie de conciliation, »

(Délibérations du Conseil général de la Commune de Montauban,

(Archives municipales de Montauban, I D’).

où notre flotte était menacée par la présence de deux escadres ennemies, l’une anglaise et l’autre espagnole, croisant en Méditerranée. La défense devenait donc plus difficile, et les fédéralistes du Midi pouvaient conserver tous leurs espoirs. Mais ce qui leur était nécessaire pour triompher, c'était d'enlever l'adhésion de Toulouse, d'y provoquer une révolution anti-montagnarde, d’arriver à emprisonner les représentants en mission, les chefs du parti jacobin, et de dissoudre la Société populaire. Nous avons vu précédemment que ce plan avait été celui de quelques commissaires des assemblées primaires. |

Cependant les Jacobins s’alarment. Le 23 juillet, les membres de la Société populaire déclarent qu’ils « s’engagent à marcher en corps contre les troupes bordelaises ». Le 15, ils avaient envoyé des commissaires à la Société populaire de Montauban afin d’être tenus au courant des démarches des Bordelais (1). De leur côté, les représentants en mission à Toulouse, d’accord avec Treilhard et Mathieu, délégués à Bordeaux et arrivés en toute hâte à Montauban, prennent les mesures nécessaires pour arrêter la marche de la troupe girondine. Chaudron-Rousseau, qui devait partir pour Auch en rébellion, déclare qu'il est obligé de rester à Toulouse où sa présence est nécessaire « pour déjouer les menées liberticides des ennemis qui osent

(4) « Des commissaires du Comité de surveillance de Toulouse se sont présentés et ont donné communication au Comité des mesures prises par les commissaires de la Convention Nationale sur les généraux qui sont à Toulouse pour la formation d’un camp près de Castelsarrazin à l'effet de s'opposer au passage de l’armée bordelaise. dont la roule doit être par Montauban et Toulouse, d'après ce qui a été découvert par un paquet venant de Bordeaux, qui fut saisi par hasard à Toulouse.

Les commissaires ont assuré le Comité que toutes les précautions étaient prises pour n’avoir rien à craindre du départ des Bordelais. Ils ont invité le comité qui a délibéré d'employer la plus grande surveillance de son côté. »

Archives départementales de Montauban. (L, 221),

encore lever leurs têtes hideuses au récit des mauvaises nouvelles ou des échecs que nous éprouvons, et plus encore depuis qu'ils savent que l'armée bordelaise est en route pour Toulouse (1) ».

Il invite les vrais patriotes à se défier de ces apparences d'union, et il presse ceux qui se seraient laissé séduire à rentrer dans leur devoir et à profiter de l’occasion pour retrouver la bonne voie. Il essaie aussi, d'accord avec ses collègues, de montrer aux populations méridionales combien leur alliance serait funeste et coupable (2).

Descombels, qui avait fait accueillir la constitution par une grande solennelle manifestation, se heurtait au mauvais vouloir de la Municipalité qui ne s'était pas hâtée de convoquer les assemblées primaires pour la sanctionner. Le notable Fabié (3), alors à Paris pour

(1) Archives Nationales, A F II 183. (Cité par Aulard, t. V, p. 368).

(2) Le Comité de Salut public de Montauban redouible, lui aussi, de vigilance: « Le Comité, informé qu'une force armée, soutenue par l'artillerie et campée ou cantonnée à Langon et à Saint-Macaire, est disposée à marcher sur Toulouse par Montauban, que cette troupe, partie de Bordeaux sans réquisition légale, doit, dit-on, trouver un libre ‘passage au chef-lieu du département du Lot-et-Garonne. (décidé) …. de donner l'éveil à tous les bons républicains et surtout aux autorités proposées à la garantie du Salut public. Réquisition nécessaire pour mettre la garde nationale montalbanaise en état de guerre et l'exercer aux marches, évolutions militaires et maniement des armes, pour Jrocurer promptement des armes à ceux des bons républicains qui en manqueraient pour mettre pareillement en bon état de service la compagnie des canonniers et l'exercer journellement à la manœuvre. »

(Archives départementales de Montauban, L. 221}.

(3) La Constitution, dans l'esprit des fédéralistes, devait amener la chute du parti montagnard. C'est pourquoi ils l’attendaient avec tant d'impatience. Voici, à ce sujet, une lettre curieuse écrite aux maire et officiers municipaux de la Commune de Toulouse par les citoyens Derrey, Loubet, Barras, Artaud et Dardignac, en route pour Paris:

« Chers concitoyens, le décret du 24 juin dernier qui nous destitue de nos fonctions publiques ne nous ayant jas interdit l'exercice des

droits de citoyens français, nous nous empressons d'en faire usage, :

en vous envoyant la déclaration suivante que nous vous prions de vouloir bien recevoir et transmettre à nos assemblées primaires respectives. Vous concevez qu'il eût été bien plus doux pour nous de la faire en personne au milieu de nos concitoyens, et sans doute vous n'aurez pas de peine à croire que dans notre situation actuelle, c’est le regret le plus pénible que nous éprouvions, vous qui savez

surveiller le procès des fédéralistes toulousains arrêtés en vertu du décret du 24 juin précédent, écrit le 24 juillet : « Le procès-verbal de l'acceptation de la Constitution tarde bien à arriver, il est nécessaire ». Et, le 26 juillet, il écrit encore : « J'attends avec impatience l'acceptation de la Constitution » (1). Les administrateurs de Toulouse sachant qu’on veut les dénoncer pour n'avoir pas assemblé les sections dans le temps prescrit par la loi, essayent de se justifier auprès de la Convention Nationale, au grand émoi de la Société populaire qui veut rappeler les démarches pressantes qu’elle a faites pour exiger la convocation des assemblées.

C’est que l’acceptation de la Constitution devait avoir une répercussion profonde sur l’ensemble du département, comme elle en eut sur l’ensemble de la France. Le plébiscite de 1793 amène le triomphe du parti jacobin, contrairement aux espoirs des Girondins. Tandis qu'en principe la constitution nouvelle devait entraîner la fin de la Convention et de la politique montagnarde, en fait le régime en vigueur fut fortifié, consolidé. C'est que l'élément patriote domine dans les assemblées primaires, où il est d’ailleurs et très souvent presque seul représenté.

combien nous soupirions ardemment après l'achèvement d'une constitution Populaire. Puisse la France se lever toute entière pour accepter celle qui vous est offerte, puisse cette acceptation unanime étouffer désormais tout principe de division parmi nous. Puisse enfin, cette nouvelle constitution être le gage de la prospérité nationale, le lien indissoluble qui doit unir pour jamais tous les départements dans le Rérublique, et le flambeau qui doit amener tous les peuples vers la liberté et la fraternité unies.

Nous, soussignés, citoyens français, après avoir pris connaissance d'un projet de constitution républicaine décrété par la Convention Nationale de France, déclarons que notre vœu libre et individuel est pour l'acceptation pure et simple de ce projet de constitution, »

(A Orléans, ce 9 juillet, l’an second de la République une et indivisible, vulgairement 1793).

Dérrey, Loubet, Baras, Artaud, Dardignac, signés.

(Archives communales D‘).

(4) Archives communales D‘.

Dans la Haute-Garonne, les contre-révolutionnaires étaient venus nombreux dans les premières assemblées ; ils reviennent moins nombreux après la proclamation de la Constitution. C’est pourquoi il était nécessaire de bien pénétrer l'esprit public des bienfaits qu’on en attendait, jusque dans les campagnes les plus éloignées des centres influents.

Malgré les retards, la Constitution est acceptée à Toulouse et Chaudron-Rousseau en témoigne sa satisfaction. Certaines de ces assemblées primaires avaient déjà exprimé leur soumission absolue à la Convention Nationale. C’est ainsi que, dès le 13 juillet, les républicains de la 14° section avaient adhéré aux journées des 31 mai et 2 Juin.

L’acceptation de la Constitution fut célébrée avec une pompe exceptionnelle dans la journée du 10 août. Dès le 8 août, les préparatifs étaient ordonnés, et Baudot annonçait à la tribune de la Société populaire les mesures de salut public qu’il devait prendre. Il à décidé de faire brûler les lettres des Gapitouls le jour du 10 août, d'effacer le mot « Capitolium » qui se trouve inscrit sur la maison commune, d’arracher les armoiries qui ornent la voûte, et toutes les « effigies du despotisme ». Ces projets furent réalisés dans la journée du 10 août, en même temps que la fête populaire se déroulait (1).

(1) Arrêté des représentants du peurde du 8 août 1793 qui porte que tous les titres du Capitoulat et les portraits des capitouls seront brûlés le 10 août, sur l'autel de la Patrie, à 6 heures du soir aux cris de « Vive l'Egalité ».

Tous les registres appelés « d'histoire », contenant les portraits des Capitouls depuis 1500 jusdu’en 1789, ayant été portés sur le bureau ainsi que les registres des titres de la ville de Toulouse et des nominations de Capitouls, faites par le Roi, il à été délibéré de les faire transporter chez le Président de la Société populaire, en conformité du susdit arrêté, ainsi que tous les grands tableaux qui étaient dans les salles des galeries.

Dans l'instant, le citoyen Baudot, représentant du peuple, est entré dans la salle de l’Assemblée, ayant vu les différents registres,

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