‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 43 sur 63 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La répression du fédéralisme dans la Haute-Garonne et la réaction montagnarde

LA RÉPRESSION FÉDÉRALISTE. — EPURATIONS ET ARRESTA- TIONS. — MÉCONTENTEMENT DES (CIRONDINS. — LA DÉTRESSE ÉCONOMIQUE. — LA LEVÉE EN MASSE : ÉMEUTES ET RÉPRESSIONS. — L'EMPRUNT FORCÉ. — ACTIVITÉ JACOBINE ET RÉACTION MONTAGNARDE.

L'activité, l'esprit de décision des Jacobins avaient encore eu raison du danger fédéraliste. Dès le 29 juillet, la Société populaire, avec le peuple des tribunes, avaient prêté le serment d'adhésion aux journées du 31 mai, 1” et 2 juin. C’était une déclaration des Républicains de Toulouse à tous les Républicains français. L'envoi en fut fait à toutes les Sociétés populaires de France. Cette déclaration, disent-ils, est « le résultat d'une volonté réfléchie » et une adhésion pleine et entière à la politique de la Convention. Les Républicains de Toulouse y expriment leur haine pour les ambitions « qui avaient préparé la division par la calomnie et souillé tous les canaux de l'opinion publique du venin de leurs mensonges contre Paris, pour armer, contre lui, tous les départements » ; ils affirment qu'ils ont béni le jour qui les a vu purger l'enceinte nationale at le peuple des lois, qu'ils se seraient eux-mêmes réunis aux Parisiens, s'ils l'avaient pu « pour deman-

der l'arrestation des Girondins et leur exécution ». Au contraire, ils applaudissent les hommes « qui ont repoussé les mesures tendant à fédéraliser la République, qui ont consacré l’indivisibilité de cette République forte par son union ». Ils se déclarent Montagnards, « C'est-à-dire amis des principes qu'a défendus constamment la Montagne » ; ils assurent qu'ils sauront « résister aux pièges des fédéralistes dont le vœu serait de les rendre instruments et victimes de leurs complots » ; qu'ils savent que l'intérêt des fédéralistes est d’avoir « une ville importante dans le Midi par sa position, par sa masse de population et d’esprit public, par l'influence de son exemple ; d’une ville qui peut, placée entre Bordeaux et Marseille, aider la coalition des départements des deux extrémités méridionales (1) et sans laquelle il ne leur sera pas permis de triompher », mais qu'ils « mourront plutôt que de trahir leur Patrie en servant l’infâme fédéralisme ». Toulouse s'offre, enfin, pour recueillir tous le Montagnards traqués dans les départements girondins, tous ceux qui « sont réduits à chercher un asile pour éviter les cachots et les poignards »., Qu'ils se réfugient à Toulouse, « qu’ils viennent avec leurs frères combattre les ennemis communs de tous les bons Français ; qu'une Coalition sainte soit formée, et que l’importante majorité des vrais Républicains fasse rentrer

(1) Le 9 août 1793, le représentant Baudot remerciait la ville de Montauban de son aide, et exposait les mêmes idées.

« Le citoyen Baudot a harangué le peuple. Il lui a développé, avec véhémence, les grands principes de la liberté, de la sainte égalité, les avantages inappréciables de l'Unité et de l'Indivisibilité de la République, et, enfin, les effets funestes et liberticides d’un Gouvernement fédéraliste toujours agité, toujours déchiré par des factions, et tendant, sans cesse, à l’envahissement d’une puissance despotique ».

(Archives départementales de Montauban, L. 221).

RL PTS in Mr A ane

dans la poussière le petit nombre des satellites odieux de la défunte tyrannie » (1).

Malgré ces résultats appréciables, le parti de la Montagne comprend que le danger reste menaçant. Il Craint un réveil du Fédéralisme redouté. Il se décide donc à l’écraser. Paris avait commencé la répression. Il va la continuer Par deux séries de mesures.

1° Par l’épuration des Corps constitués à Toulouse ei dans le département :

8° Par les arrestations des fédéralistes et autres suspects à Toulouse et dans la Haute-Garonne.

Pour donner le bon exemple, la Société populaire de Toulouse avait chassé de son sein, tous les tièdes, les indécis. Elle avait voté l'expulsion de tout membre portant un signe distinctif ayant rapport à l’ancienne royauté. Elle n'avait gardé que les « enragés », les véritables sans-culottes, entièrement dévoués à la cause montagnarde. L’assassinat de Marat avait exalté les Jacobins et augmenté leur haine pour les Girondins, et tous les modérés et royalistes faisant cause commune contre la Convention Nationale. Le 4 août, un membre de la Société populaire avait prononcé un éloge funèbre de Marat, au milieu de la « Consternation Générale », et tous les fédéralistes, du Midi comme du Nord, avaient été rendus responsables du crime de Charlotte Corday.

Le club régénéré des Jacobins (2) fut l'instrument le plus actif de l’épuration des corps constitués, comme de la réaction montagnarde, Ses membres haranguaient le peuple, exaltaient son patriotisme, lui mon-

(1) Déclaration suivie d’un très grand nombre de signatures.

Trébos, président ; Danezan et Olleac, secrétaires. L, 750.

(2) Les Jacobins portaient la veste dite « Carmagnole », le bonnet rouge, le pantalon de toile brune, la cravate de couleur, les cheveux plats et les souliers ferrés, quelquefois des sabots. Ils appelaient leurs adversaires, les « chapeaux noirs ».

— it —

trant la nécessité de la lutte contre Îles ennemis de l’intérieur et de l'extérieur. Le 31 juilet 1793, le Comité de Surveillance de la Société Populaire décida de rechercher les magistrats et les citoyens qui avaient appuyé le système du fédéralisme. L'épuration fut dirigée par ce Comité de Surveillance, exécutée par Descombels et les représentants en mission. Descombels avait, en effet, reçu de la Convention Nationale tous les pouvoirs nécessaires pour destituer les autorités suspectes ei les remplacer par des hommes de son choix.

A Toulouse, l'épuration fut rapide et relativement facile. Elle avait commencé le 6 juillet 1793, lorsque le citoyen Ferrand avait accepté d'être nommé Maire de Toulouse en remplacement de Derrey de Belbèze, destitué et arrêté. Le 13 août 1793, un arrêté des représentants Chaudren-Rousseau et Leyris suspend de leurs fonctions 25 membres de la Commune de Toulouse (1).

Descombels prend immédiatement des arrêtés pour procéder au remplacement de ces officiers municipaux. C'est ainsi qu'il désigne Bardes et Pin, le 26 août ; le chirurgien Caumont, Belin, Eynes, le 28 août; Delpont, le 29 ; Bergès, le 81 ; Blanc et Jourde, le 1° septembre ; Clauzolles, négociant, le 2 septembre.

Le recrutement se fait lentement. C'est qu'il faut laisser au Club des Jacobins le temps de rechercher les citoyens les plus recommandables par leur civisme ; de s'assurer de leur entier dévouement à la cause de la Montagne. Les désignations des notables se poursuivent jusqu’au 23 septembre. Ce sont: Mathieu, homme de loi; Barthe, ancien marchand de vin; Estrade, négociant ; Laparre, chirurgien ; Miot, maître

(1) Les principaux sont: Ducasse, Garnault, Fabié, Delibes, Gleizes, Fages, Banse, Caussé, Rouzet, Calais, Castets, etc.…., ainsi que Barras en prison à l'Abbaye.

PR ES DD Ur Mes DOI AR nie ee M TRE

d'écriture ; Groussac, futur maire, un des Jacobins les plus influents et les plus écoutés à la Société populaire ; Lacroix, coutelier ; Bernis, tourneur.

Ces désignations ne sont pas d'ailleurs définitives. Elles sont sujettes à rétractations. C’est ainsi que Baudot et Chaudron-Rousseau amèneront, le 13 octobre, un changement capital dans la municipalité toulou- Saine en destituant le citoyen Ferrand de ses fonctions de maire et en le remplaçant par Groussac.

= Pour le département, Calès, Dupan, Sirven (1), Courties, Boutan, Leygues, Dispan, tous administrateurs du département de Haute-Garonne, sont destitués de leurs fonctions (2).

Les juges des tribunaux sont aussi changés sur les rapports des membres du Club des Jacobins. Bragousse est destitué de sa place da Président du Tribunal.

Dans le département, les épurations furent plus lentes et plus difficiles. I] fallait lutter contre des municipalités modérées, les agents du fédéralisme, quelquefois contre les sociétés populaires, qui n'étaient pas soumises à celle de Toulouse.

Le distriet de Rieux s'était refusé aux mesures fédéralistes. Mais les autres étaient tous plus ou moins ennemis de la Montagne. Les modérés, les Girondins, étaient en grand nombre, en particulier dans les districts de Revel, de Grenade, de Muret et de Saint-Gaudens. Sur l'ordre des représentants en mission, les épurations se firent et aussi les arrestations, Des municipalités entières furent suspendues comme celles de Saint-Julia, de Caraman, Les citoyens Lasmartres administrateur de Saint-Gaudens, Sembat, adminis-

(1} Sirven et Courties furent aussi accusés d'avoir accaparé les grains, d’avoir laissé pourrir une grande partie de ceux destinés à l’approvisionnement de l’armée, et d’avoir partagé entre eux une somme de quarante mille livres (40.000 livres).

(2) Arrêté des représentants du peuple en date du 22 août (L. 92),

trateur du district de Castelsarrazin, Langautier, administrateur du district de Revel, furent destitués.

Les arrestations commencèrent à Toulouse le 22 août. Du 22 au 25 août, la prison de la Visitation reçut 205 prisonniers. C’étaient, en général, des citoyens arrêtés le 25 avril précédent qui avaient été remis en liberté par les autorités girondines. Les Jacobins, inquiets de l'élargissement de ces suspects, avaient demandé leur réincarcération au Comité du Salut Public de la Convention Nationale, sous la responsabilité des corps administratifs. Nulle opposition ne fut faite lors de ces arrestations, Ceux qui furent ainsi arrêtés de nouveau pensèrent que cette deuxième détention serait aussi provisoire que la précédente. Ils donnèrent des indications à leurs amis ou à leurs domestiques pour les envois de mobilier et des vivres nécessaires.

Les étrangers sujets des puissances ennemis avaient été mis en état d’arrestation le 10 août, par ordre des représentants du peuple (1). Mais l'arrestation des fédéralistes ayant pris part au complot avec les Bordelais fut plus troublée et plus difficile. Ils étaient, en général, des citoyens républicains et ne voulaient pas

(1) « Le Conseil Général de la Commune extraordinairement Cconvoqué, étant assemblé dans le Consistoire de la maison commune, est entré Descombels, procureur-général-syndic du département de Haute- Garonne, qui a donné lecture d’un arrêté pris ce jour, 9 avril, par les citoyens Baudot, Leyris et Yzabeau, représentants du peuple près l’armée des Pyrénées-Orientales, et à requis la municipalité de mettre promptement à exécution le dit arrêté dont la teneur suit :

Les représentants du peuple près l’armée des Pyrénées-Orientales, considérant que de vastes complots viennent d’être découverts, que des émissaires soudoyés par les tyrans ligués contre la liberté et l'indépendance nationales sont envoyés dans la République pour y consommer la ruine par le poison, la flamme et le feu.

La Convention Nationale a décrété que tous les étrangers, sujets des puissances avec lesquelles nous sommes en guerre, seront mis en état d’arrestation et les scellés apposés sur leurs papiers.

La Municipalité de Toulouse fera à l'instant des visites domiciliaires dans toutes les auberges, maisons d'’émigrés et autres maisons garnies occupées par des locataires. »

(Registre des Délibérations du Conseil général de la Commune de Toulouse, 9 août 1793) (D).

être mêlés avec les royalistes et les aristocrates. Ils furent enfermés dans l’ancien couvent des Carmélites.

Ils différaient des prisonniers des autres maisons de réclusion, Ils avaient servi la Révolution, avaient ac- Cueilli avec joie les réformes de l’Assemblée Constituante, avaient applaudi à l’emprisonnement des monarchistes et des prêtres insermentés. Leur situation était particulièrement délicate, car ils ne représentaient qu'une faction de l'élément républicain, faction soulevée contre Paris et la Montagne.

L’arrestation des fédéralistes commença le 25 août. Le Comité de Surveillance de la Société Populaire avait dressé la liste, Ils ne furent pas emprisonnés en même temps. Certains étaient de simples suspects désignés parfois par les haines personnelles : d’autres, au contraire, étaient des personnages influents ayant pris réellement part au complot fédéraliste (1).

Beaucoup firent entendre leurs protestations violentes et leur appel aux pouvoirs légaux. Parmi eux, il faut citer Banse, officier de fortune, décoré de la Croix de Saint-Louis, membre et secrétaire de la Société Populaire. Il avait proposé et signé les premiers billets de confiance, puis avait été nommé successivement lieutenant-colonel de la 1° Légion de Saint- Etienne, puis commandant en chef du & bataillon. Il était receveur général du Canal des Deux-Mers, lorsqu'éclatèrent les événements du 31 mai. Convoqué au

(1j Les arrestations n'avaient pas lieu sans trouble, comme en témoigne la lettre suivante de Descombels à la municipalité de Toulouse :

«Je dois provoquer votre vigilance sur des faits qui viennent de m'être dénoncés, et qui méritent toute notre surveillance. Dans plusieurs ‘bouchons et tavernes, des gens ont crié: « Vive le Roi! à bas la République! Dans deux jours il va être fait un exemple terrible d’un homme de Carbonne. Mais il n'importe pas moins que nous ne devions porter tous nos soins pour prévenir les discordes qui pourraient suivre de ces abus ! »

(Descombels au citoyen-maire et officiers municipaux de la commune de Toulouse, 30 août 1793). L, 67,

Conseil Général fédéraliste, il fut suspendu de ses ofnctions, puis emprisonné. Il protesta vivement contre son arrestation, en appela à la Société populaire dont il avait été secrétaire, « J'ai été, dit-il, taxé d’aristocrate et de fédéraliste. Je veux entreprendre ma défense ». Et il rappelle ses services rendus à la République, ses dons patriotiques volontaires qui se sont montés à 1.800 livres, sa haine contre là royauté, puisqu'il a rendu, après l'arrestation de Louis XVI. sa croix de Saint-Louis, Ses protestations furent vaines ; il ne fut pas mis en liberté (1).

D'autres fédéralistes étaient encore plus suspects que lui.

L'abbé Barthe, fut du nombre. Il était doyen de la faculté de théologie de Toulouse. Il avait publié les « Eléments de Théologie » dédiés à Monseigneur de Fontanges. Il fut arrêté comme fédéraliste bien

qu'ayant prêté serment à la Constitution civile du clergé (2).

Ducasse, médecin, membre du Conseil Général de la Commune en 1791, officier municipal en 1793, président de la Société populaire, fut emprisonné pendant 13 mois comme ayant versé dans le fédéralisme. Il fut dénoncé par ses anciens amis du Club des Jacobins.

Burgère, avocat, Dubuc, employé dans les Bureaux dé la comptabilité, Lignières, négociant, Garnault (1) furent également arrêtés. De simples ouvriers, comme Campmartin, ouvrier en menuiserie, parurent également suspects. Mais les meneurs fédéralistes appartenaient surtout à la bourgeoisie riche et cultivée, aux carrières libérales, C'étaient :

(1) Mis en liberté par Mallarmé le 22 bruihaire, an III, et remis en possession de sa place de receveur-général du Canäl des Deux- Mers qui lui rapportait 12.000 livres par an.

(2) I1 avait été élu à l'évêché d’Auch, le 16 février 1791. (3) Garnault avait porté à Paris la dénonciation contre Chabot.

— Ab —

Bardou, avocat au Parlement, puis greffier à la Justice de paix du 2° arrondissement de la Commuñe de Toulouse. Il fut arrêté le 22 septembre 1793. Il resta treize mois emprisonné aux Carmélites.

L'abbé Bores, professeur de philosophie à l’Université de Toulouse. Il s'était montré dès le début partisan ardent de la Révolution, et avait été un des premiers inscrits sur la liste des membres de la société populaire. Il faisait partie du Conseil Général de la Commune. En mai 1793, il avait été choisi par l’évêque Sermet pour compléter son conseil de vicaires épiscopaux, sur la proposition du procureur-général-syndic du département. Julien le fit arrêter comme suspect de fédéralisme après l'avoir fait rayer de la Société populaire. Il fut enfermé aussi aux Carmélites (1).

Bragousse, avocat au Parlement, puis Président du Tribunal. I1 fut arrêté le 22 août, et emprisonné aux Cermélites le 25 octbre.

Bacquié, chirurgien de la Marine, arrêté le 27 sep: tembre.

Delibes, chirurgien notable ; il fut arrêté le 24 septembre et entra aux Carmélites le 25 du même mois.

Dubernard, médecin. Il füt arrêté le 22 août eb conduit à la Visitation, puis enfermé aux Carmélites le 1* octobre.

Soulages, médecin, arrêté le 28 octobre et conduit aux Carmélites.

Les noms qui précèdent sont ceux des principaux fédéralistes, personnages de marque par leur instruc+ tion ou le rôle qu'ils ont joué parmi les autorités légales. D'autres citoyens, beaucoup moins importants, furent également emprisonnés aux Carmélites. Les principaux sont :

(1) I1 fut remis en liberté le 17 frimaire an III.

Burrau Guillaume, arrêté le 20 septembre.

Garriques François, vicaire de Colomiers, avant la Révolution, puis curé de Saint-Nicolas, incarcéré aux Carmélites le 27 septembre.

Virebent Joseph, accusé par les canonniers de Toulouse de leur avoir donné l’ordre de charger les canons à mitraille pour tirer sur les patriotes. Il fut arrêté et conduit aux Carmélites le 28 septembre.

Calvet Pierre, négociant, ruiné par la loi du maximum. Il fut arrêté comme l’un des signataires de la pétition de Sevènes, le 7 septembre. Il fut conduit à la Visitation et, le 28, aux Carmélites.

Vidalot François, secrétaire de l'évêché, arrêté le 18 septembre et entré aux Carmélites le 28.

Molinier Marie-Alexis, arrêté le 13 septembre, conduit à la Visitation, puis aux Carmélites le 1* octobre.

Cafarelli (Louis et Charles), frères. Louis, ingénieur, et Charles, ecclésiastique avant la Révolution, puis ayant renoncé à la prêtrise. Ils furent arrêtés tous deux le 28 octobre et conduits aux Carmélites.

Comme on le voit par les détails précédents, le Couvent des Carmélites fut la prison réservée aux fédéralistes. Dans le département, les fédéralistes arrêtés furent envoyés à Toulouse où il était plus facile de les surveiller et où leur procès devait être instruit. Parmi eux, les plus marquants étaient :

Vinsac, avocat à Verdun-sur-Garonne.

Lamyre Jean-Pierre, commandant de la Garde nationale à Grisolles, district de Castelsarrazin.

Pujol Jean, homme de loi à Gardouch, district de Villefranche.

Sans Jacques, cultivateur à Aucamville, district de Baumont.

Briffon Jean-Pierre, de Verdun-sur-Garonne, canton de Grenade,

Certaines communes d’ailleurs ne furent pas inquiétées. Elles n'avaient pris aucune part aux menées fédéralistes. Par contre certains centres ruraux furent désignés par les Sociétés Populaires comme des foyers de mouvements contre-révolutionnaires et girondins.

La commune de Verdun (1) fut une de celles où les intrigants fédéralistes se révélèrent le plus violemment anti-jacobins. Elle avait à sa tête le citoyen Barbot, maire, qui fit publier et afficher une proclamation contre la Montagne et contenant les plus grands éloges des Girondins. Elle exaltait le courage et le zèle des proscrits du 31 mai. Par cette proclamation, le maire ordonnait à tous les citoyens de ses réunir en assemblée générale. Puis, l'assemblée ayant eu lieu, il lut devant tous les citoyens l’adresse des Nantais qu’il commenta et expliqua.

Barbot était assisté du citoyen Lamagdelaine, juge de paix, président de la Société populaire de Verdun, président du comité de surveillance, de l’ex-noble Bruyes, ci-devant chevalier de Malte, qui lut au peuple « l’infâme discours et rapport de Barras », les « dénonces » Contre le représentant Chabot, et les délibérations des sections de Toulouse, Avec eux se trouvaient Lambert, ex-curé, devenu agent national de la commune de Verdun, qui proposa aux citoyens de demander à la Convention Nationale de rappeler les représentants du peuple de tous les départements, parce que, disait-il, les représentants n’y apportaient que du trouble et du désordre ;

Fitte, ex-noble, ci-devant seigneur, commandant de la Garde nationale ;

Bernère, greffier du juge de paix.

Ces six « intrigants » adoptèrent le fédéralisme. Ils

furent arrêtés pour avoir « séduit et trompé le peuple par leurs menées et par leurs discours (1).

Le district de Revel avait été aussi un centre de l’insurrection fédéraliste. Descombels, pour briser le mouvement séparatiste, avait nommé à Revel, comme procureur-syndic du district, le citoyen Vidalot, Jacques- Louis, qui seconda de toute son autorité et de tout son jacobinisme le procureur-général-syndie du département, Conformément aux instructions reçues, il dénonça les suspects, aristocrates et fédéralistes, et les envoya à Toulouse pour être mis en jugement. Le 19 septembre, il envoie à Descombels le citoyen Durand, ci-devant procureur de la commune, dénoncé comme fédéraliste. Le 23 septembre, il envoie le citoyen Goutte, « comme un des plus fermes suppôts de l’aristocratie ». Le 27 septembre, à la délibération du Directoire du district, Vidalot dit: « Par son décret du 17 courant, la Convention Nationale & indiqué les moyens à prendre pour purger le sol des personnes suspectes qui ont manifesté des projets liberticides en voulant introduire le Fédéralisme dans le territoire de la République, et principalement dans la ville de Revel. Vous savez, citoyens, combien cette ville a produit de personnes de cette espèce, et combien il est urgent de prendre toutes les mesures de sûreté que vous devez à la patrie pour la sauver... En conséquence, je requiers que tous les fonctionnaires publics qui ont été Suspendus de leurs fonctions et toute personne reconnue

(1) 11 faut mettre à part Rouzet, conventionnel, poursuivi et incarcéré à Paris. Il était avocat et professeur de droit à Toulouse lorsque la Révolution éclata. Elu procureur-syndic de Toulouse en 1790, élu député à la Convention en septembre 1792, il s'était prononcé contre la mise en jugement de Louis XVI, puis était passé au Parti Girondin. En prison, il fit la connaissance du citoyen ci-devant duc de Nivernais qui le recommanda comme avocat-conseil à la eidevant duchesse d'Orléans. Rouzet échappa à l’échafaud et mourut comte de Folmon.

RS REP Er NT) SPC SE ee 20

incivique, Soient mis en état d'arrestation pour être immédiatement traduits dans la maison d'arrêt du département à Toulouse (1) ».

H faut remarquer que, pourtant, dâns d’autres districts, lé nombre des arrestations fut, au début, peu important, Mais furent arrêtés et conduits À Toulouse 14 suspects de Revel, 2 de Saint-Félix et, en particulier, le juge Purpan, suspendii par arrêté des représentants du peuplé « Comme ayant donné dans le fédéralisme », et ayant toujours eu la « maxime de ne fréquenter que des personnes vraiment inciviques ».

Certains administrateurs étaient, eux-mêmes, modérés et ennemis des mesures de violencé. D'autre part, il faut remarquer encore que, dans l’ensemble du département, on a confondu, parce qu'ils s'étaient mêlés eux-mêmes, les Fédéralistes, les Royalistes et les aristocrates. Aussi faudra-t-il procéder à une nouvelle épuration des autorités et à de nouvelles arrestations. Elles coïncident avec les derniers sursauts du mouvement fédéraliste. Nous les indiquerons plus loin. A Toulouse, fédéralistes et royalistes étaient restés séparés, au moins les chefs, car la foule des modérés se mêlait à celle de tous les mécontents. Dans les campagnes demeurées souvent fidèles à leurs seigneurs, ils se confondent pour ne former qu’un seul parti d'opposition à la Montagne, à la dictature Jacobine.

Le parti Jacobin triomphe donc. Mais il triomphe au milieu des difficultés sans nombre qui rendent sa victoire incertaine, Les mécontents étaient nombreux. Certains s'étaient soumis à la Convention Nationale, les plus clairvoyants par patriotisme, les autres par crainte ou par lassitude. Ils souffraient assez des maux

(1) Archives départementales, n° 155, collection des mandats d'arrêt venant de Vidalot,

inévitables, sans risquer le pire dans l'aventure fédéraliste, dont ils ne pouvaient prévoir l'issue. L’acceptation de la Constitution avait été surtout le fait du parti Jacobin. Les Girondins s'étaient réjouis d’abord, espérant de nouvelles élections et un nouveau gouvernement. Cette Constitution proclamée avec joie, fêtée bruyamment dans toute la France, ne devait-elle pas amener la séparation de la Convention ? Les Girondins de Toulouse attendaient cette heure avec impatience, et ce fut une des raisons pour lesquelles ils se soumirent, par force sans doute, mais sans soulèvement, à la décision du département refusant l’alliance bordelaise. Ils espéraient en de nouvelles élections qui maintiendraient l'unité de la République à laquelle ils étaient fortement attachés par un sentiment naturel et profond de patriotisme, et qui les débarrasseraient, en même temps, de la dictature de la Montagne.

On sait que leurs espoirs furent déçus. Les Jacobins de la Convention ne voulurent à aucun prix d'élections nouvelles. La Convention n’entendait se séparer que lorsqu'elle aurait décrété des mesures de Salut Public et mené la France à la victoire et à la paix. La Constitution resta enfermée dans « l’arche » où elle avait été placée, en grande solennité, au Champ-de-Mars, sur l’autel de la Patrie. Et la journée du 10 août, qui devait marquer le début d’un régime nouveau, marqua seulement un redoublement de la puissance montagnarde.

Ainsi donc, la Haute-Garonne qui s'était séparée de la conspiration fédéraliste, par sentiment national, avait d’autres espérances.

Ces espérances étaient déçues. C’est pourquoi le parti Girondin se jeta dans l’opposition anti-révolutionnaire, se mêlant aux aristocrates, à tous les mécontents. Il considérait que la mise de côté de la Constitution était une trahison de la Montagne, Ils acceptèrent, dès lors,

DS

UT "his SRE TRE RRATE EURE ETS

l'alliance des royalistes qu'ils avaient précédemment, si énergiquement repoussée.

Les Girondins étaient déçus au sujet de l'orientation de la politique générale, déçus par suite des difficultés locales contre lesquelles ils luttaient chaque jour. Les Jacobins triomphants tenaient la ville de Toulouse qui devait obéir aux représentants en mission et à Descombels, maître du Directoire du département. Le Club manifestait sa joie de voir la Convention et la Montagne garder la direction du Gouvernement. Il souhaitait le renforcement de la dictature et des mesures révolutionnaires. Ainsi, il s'adresse à la Convention pour lui manifester son dévouement. Le ton de cette profession de foi est bien différent du ton de celles que l’assemblée avait précédemment reçues de Toulouse. Il témoigne du changement de la politique du chef-lieu de la Haute-Garonne, sinon du département tout entier.

« Mandataires du souverain, prenez des mesures ; l'ennemi extérieur est loin de nos frontières, mais l’ennemi intérieur est à la veille d’avoir un point de ralliement. Il cherche à nous diviser, à nous calomnier. Législateurs, réprimez l’orgueil et la malveillance ; donnez des ordres aux sans-culottes, leurs piques et leurs bras sont prêts !

Délégués du peuple français, c’est vous qui nous avez faits ce que nous sommes. La République est votre ouvrage, et l'égalité votre enfant adoptif... Que ious ces gens à parchemins qui se disaient autrefois guerriers sans avoir combattu, comme ils se disent aujourd'hui agriculteurs sans avoir jamais manié la charrue, n'échappent pas aux maisons d'arrêt, pour diviser sourdement dans les villes et corrompre l’esprit public dans les campagnes. Organisez les comités révolutionnaires comme vous l’avez ordonné, rétablissez

quelques décrets que le modérantisme caressé par l'aristocratie vous a fait rapporter. N'écoutez, ni les prétendus philosophes, qui réclament la liberté indéfinie de la presse, ni ceux... qui veulent étouffer le patriotisme... que le Gouvernement révolutionnaire reprenne el conserve son énergie jusqu'à la paix. Sans ce sacrifice exigé, momentanément de la liberté, la génération présente ne pourra se fiatter du bonheur de notre régénération... Représentants du peuple, que la loi frappe tous ceux que les preuves matérielles marquent, depuis longtemps, du sceau de la réprobation. Pères de la Patrie, restes à votre posle jusqu'à la paix. 1 n'appartient encore qu'à vous de tenir le gouvernail. Ne fermez ni vos cœurs ni vos oreilles à nos sollicitations. La France attend de vous sa gloire, le peuple, son bonheur, et l'Europe, sa liberté (1).

De leur côté, les représentants du peuple soulignent dans leurs discours au club des Jacobins, le rôle héroïque de Toulouse qui a sauvé le Midi, qui a maintenu l'intégrité du sol de la Patrie. Beudot écrit au Comité de Salut Public de la Convention Nationale qu’il « félicite Toulouse et les sans-eulottes qui l'habitent de n’avoir pas été les dupes des intrigants », Et le procureur-Général-syndie écrit encore : « Les corps constitués viennent d’être renouvelés en entier, le patriotisme Wiomphe ! » (2).

Mais la paix n'était maintenue que par la foree et au prix d’une lutte de chaque jour. La déception profonde causée par l'abandon de la Constitution avait créée une atmosphère d'irritation qui va se traduire à propos des mesures de salut publie prises par le Gou-

(1) Adresse de la Société populaire de Toulouse à la Convention Nationale. à

Lafont, président; Desbarraux, vice-président; Lafont fils, Maynard, Gilibert, secrétaires. (L. 750),

(2) Archives départementales. Correspondance de Descombels (L. 67).

vernement. Aussi les derniers soulèvements fédéralistes se produisent lors de la loi sur l’accaparement du 27 juillet 1793, du décret sur la levée en masse du 23 août 1793, de l'emprunt forcé du 3 septembre 1793, de la loi sur les suspects du 17 septembre 1793, enfin de la loi du maximum du 29 septembre 1798. L'application de ces mesures va se heurter à une vive oppo- Sition., Fédéralistes, modérés, aristocrates vont se confondre et former un parti violent anti-Jacobin., Les Montagnards y répondront par le régime de la Terreur,

Les chefs du Parti Jacobin se rendaient bien compte à Toulouse qu'ils ne pourraient vraiment écraser l’élément girondin que s'ils parvenaient à apporter le calme dans la cité, dans le département, en assurant au peuple des subsistances. Grave question, question primordiale, et dont nous avons déjà vu toute l’importance. Or la situation devenait, chaque jour, plus douloureuse. « Il manque du pain pour assurer en entier le triomphe de la bonne cause dans le Midi (1) ». Comment apaiser les mécontents que la disette tenaille et exaspère ? Descombels écrit à la Convention le danger que cette détresse fait courir aux patriotes. « Les malveillants ne manqueraient pas de relever leur tête criminelle, s'ils voyaient le peuple mécontent » (2).

Les contre-révolutionnaires profitent de la misère générale pour soulever les campagnes et grouper tous les ennemis de la Convention. Dans certaines communes, en particulier dans le district de Rieux, des attroupements considérables se produisent. Ils sont formés de déserteurs, de notables, de prêtres réfractaires, d'étrangers. Ils se portent, pendant la nuit,

(1} Archives départementales. Correspondance de Descombels (L. 67) (2) 14...

dans les villages, forcent, les paysans à marcher avec eux. Ils assassinent les Jacobins, pillent, volent et emportent leur butin dans les bois » (1).

Pour parer à tous ces troubles, le procureur-général-syndic Descombels déploie une activité infatigable. Son dévouement à la cause jacobine n’a d’égal que son dévouement aux intérêts de son pays et de son département. Sa correspondance, vraiment intéressante, riche en renseignements de tous ordres, est la preuve de son zèle et de son intelligence vigilante. Profondément pénétré de l'étendue de ses pouvoirs, et aussi de sa responsabilité, soutenu par la Société Populaire et par les représentants en mission, il prend les décisions qui lui paraissent nécessaires, avec fermeté et promptitude. Nous avons vu qu’il sut ne pas craindre les responsabilités lorsqu'il motiva aux Bordelais le refus de Toulouse. Pour assurer les effets heureux d’une politique où le patriotisme était le vainqueur, il fallait lutter jusqu’au bout contre tous les éléments de discorde et de mécontentement, et il fallait d’abord vaincre la redoutable crise des subsistances, malgré les difficultés, malgré les malveillants, malgré les spéculateurs.

C'était la tâche la plus difficile. Descombels envoie aux différentes Commissions du département des demandes pressantes : « La famine se fait sentir plus impérieusement que jamais. Elle peut occasionner les plus funestes malheurs. Nous attendons, dans deux ou trois jours, des approvisionnements sûrs. Vous ne pouvez donc nous refuser pour aujourd'hui et demain tous les secours qui sont en votre pouvoir, indépendamment de ce que la loi vous oblige. L’humanité et le désir de maintenir le bon ordre doivent vous y en-

do 10° De LEA DS ER ST RTE TE HSE Der DEEE À

gager. Je vous requiers, au nom de la chose publique, au nom de la loi, et sous votre responsabilité personnelle, de fournir tous les secours en grains qui seront disponibles dans votre commune (té

Effrayé des troubles qui se préparent par suite de la famine, il n'hésite pas à prendre, sous sa signature personnelle, la responsabilité d'achats urgents, Il écrit, le 6 août 1793, à la municipalité de Toulouse :

« J’ai obtenu, à force de prières, sous ma signature et responsabilité personnelle, de 150 à 200 quintaux de farine. Veuillez procéder aux visites domiciliaires chez les boulangers et n'accorder des bons qu’à ceux chez qui vous ne trouverez aucun moyen d'existence pour demain ». Et il ajoute : « Ayant fait, pour ce qui me concerne, tout ce qui est en mon pouvoir, et comme homme public et comme Particulier, puisque j'ai engagé mon crédit personnel, vous sentez combien il importe de maintenir l’ordre et la tranquillité publics :.… vous êtes les magistrats immédiats du peuple de Toulouse (2).

Ces paroles, pleines de fermeté et de dévouement, devaient exciter le zèle des administrateurs, Ceux-ci étaient, d’ailleurs, tous tenus en haleine par le procureur-général-syndic. Les marchés sont vides de subsistance et le peuple murmure (3). Bien plus, la circulation des grains est entravée. Les malveillants se font un jeu de mettre obstacle aux mesures administratives pour entretenir les difficultés et les rancunes populaires (4).

(1) Circulaire aux différents commissaires du département (5 août 1793) (L. 67).

(2) Lettre de Descombels aux Maires et officiers municipaux de la Commune de Toulouse (6 août 1793, L. 67}.

(3) Depuis le 30 juillet, on ne fabriquait p'us qu’une seule qualité de pain, composé de froment, de seigle et de millet.

(4) Descombels requiert, sans se lasser, l’envoi des subsistances.

Le 16 août, il écrit aux Maires et officiers municipaux de Seilh :

Malgré l'arrêté du 6 août créant un comité des subsistances pour remédier à la détresse générale, malgré la circulaire de Descombels aux différentes communes du département (1), la circulation des grains devenait à peu près impossible. La situation, chaque jour aggravée, paraissait inextricable.

«Je vous requiers, citoyen-Maire et Officiers municipaux, sous votre responsabilité, de faire transporter les dits grains, sans nul retard, sur la place du marché, à Toulouse, le 19 courant, à sept heures du matin. »

Le 17 août, « voulant pourvoir à l'approvisionnement de la ville de Toulouse que des hommes mal intentionnés rendent, de jour en jour plus difficile, requiert, vu l'urgence, le citoyen Delfau, régisseur des biens mationaux et des émigrés de faire transporter, très incessamment, dans les magasins de la dite commune, tous les grains provenant des biens nationaux et des émigrés qui sont à Sa disposition, de laquelle remise, le citoyen Delfau demeure personnellement resyonsable, ainsi que tout individu quelconque qui s’y opposerait directement ou indirectement. »

Le 17 août encore « Il prie au nom de l'humanité, requiert, au nom de la loi et du salut du peuple, le citoyen Dubourg, américain, de fournir aux citoyens Marquès et Vignat, tous deux boulangers à Toulouse, la quantité de 20 setiers de blé provenant de son domaine situé dans la municipalité de Pins, en observant néanmoins que le prix lui en sera, sur-le-champ, payé par les desnommés ci-dessus, et déclaration expresse que faute, par ledit citoyen Dubourg, d’adhérer à la présente réquisition, il sera usé des rigueurs portées par les lois. »

Le 21 août, il requiert le « citoyen Majoret de Grisolles, d'envoyer, dans le plus court délai, la quantité de 300 setiers de blé qu'il a en son jouvoir pour obvier à la difficulté des circonstances. Le dit blé devra être transporté dans le grenier de la maison commune. Le prix lui en sera payé sur-le-champ et, faute par ledit citoyen d'adhérer à la présente réquisition, il sera pris des mesures extraordinaires. »

(Correspondance du procureur-général-syndic du département, L. 67).

(1) « C’est par le funeste effet des défiances semées avec profusion par la malveillance et l'aristocratie que plusieurs citoyens du département se sont xortés à arrêter la libre circulation des subsistances. Un grand nombre de riches propriétaires ont fait accroire au peuple aue la récolte était peu abondante ; il était urgent que chaque commune commençcât par l’approvisionnement de la quantité qui lui était nécessaire pendant le cours de l’année. Le peuple inquiet que les suites de ces pronostics trompeurs ne soient graves, s’est jeté dans des mesures contraires aux lois et à ses propres intérêts. En plusieurs endroits, il à arrêté le transport des grains. Il n’a pas senti que ceux qui provoquaient ses craintes voulaient le faire servir à leurs persécutions horribles; il n’a pas senti qu'ils ont voulu couvrir, par des mouvements populaires, leurs intentions perverses et criminelles de soustraire à l'exécution de la loi du 4 mai en rèsserrant les grains afin de lés faire rechercher et dé parvenir, par tous les moyens, à ne s’en défaire qu’à un prix exorbitant.

Je vous observerai, d'abord, qu'il est un fait reconnu et contre lequel les efforts de la malveillance viendront se briser, c’est qué le

La cause essentielle de cette situation était la mauvaise application de la loi du maximum, Cette loi, non exécutée dans les départements voisins, avait causé la ruine de la Haute-Garonne qui s’y était soumise de bonne foi. C'’étaient les inégalités des prix qui existaient d’un département à l’autre, qui entravaient le commerce et la libre circulation des subsistances. De plus, l'envoi de vivres par le département aux armées des Pyrénées aggravait la disette. Il n'y avait plus, à Toulouse, que deux magasins de greniers d’abondance ; l’un au couvent de Sainte-Catherine, l’autre à la Chapelle des ci-devant Pénitents bleus, et ils étaient le plus souvent vides. C'était en vain que la commune de Toulouse, par l'intermédiaire du maire Ferrand, suppliait les communes voisines d'envoyer des subsistances « vu sa position malheureuse » et l’ « avenir alarmant » qui se prépare pour elle.

Les administrateurs des départements furent requis par Leyris et Chaudron-Rousseau de prendre toutes les mesures nécessaires au maintien de la tranquillité pu-

blique menacée par l’effervescence populaire. C'était

à peu près impossible. Les céréales étaient achetées sur les marchés publics à des prix supérieurs au maximum par des envoyés des départements qui ne tenaient

aucun compte de la loi: la Gironde, en particulier.

Les paysans vendaient leurs récoltes à ceux qui Payaient le plus au détriment de la population de la Haute-Garonne. Ils les vendaient surtout à ceux qui pouvaient encore payer en espèces sonnantes, l’assignat n'ayant plus aucune valeur.

Les Jacobins rejetaient la responsabilité de cette crise

département à recueilli des grains... Toutes craintes à cet égard doivent cesser, et s’il en restait encore, le décret de la Convention

- Nationale du 9 août, qui destine une somme de cent millions à des

achats de grains, les dissigiera entièrement. » (Circulaire aux communes, 18 août 1793). L. 67.

sur les accapareurs, agioteurs et marchands affameurs du peuple. La Société Populaire avait écrit à toutes les Sociétés affiliées à celle de Toulouse, afin de dresser une liste des accapareurs. La municipalité avait Ordonné des visites domiciliaires pour rechercher les recéleurs de pain et de farines. A bout de ressources, la ville de Toulouse avait demandé, le 4 août, une avance de 1.500.000 livres à la Convention pour achats de grains. Elle avait même fait un emprunt de 200 setiers aux magasins de l’armée. Des commissaires, porteurs de réquisitions, étaient allés dans 42 communes à l’entour de Toulouse, pour y chercher des approvisionnements. De plus, un arrêté du département, du 12 aoûb 1793, avait établi une taxe sur les riches de 1.500.000 livres « pour l’approvisionnement en subsistances de la ville de Toulouse, sans que, sous aucun prétexte, la destination de cette somme puisse être détournée à d’autres usages ».

La loi sur les accapareurs n'avait pas amené une amélioration de l’état des choses. Le malaise provenait aussi du défaut de confiance dans l’assignat (1).

Les louis d’or et les écus étaient devenus l’objet de la convoitise, et les cultivateurs ne livraient leurs marchandises que contre argent sonnant. En échange de la monnaie métallique, les grains sortaient, sans quoi, ils restaient cachés. Pour se mettre à l’abri des dénonciations, dans les campagnes les marchés se traitaient

(1) Le 29 juillet, le citoyen Fontas, officier municipal, déclarait : « Les agioteurs ont commencé leurs opérations en faisant accréditer qu’il y a beaucoup d’assignats de 400 livres faux. Ce bruit généralement répandu à commencé à inspirer de la méfiance au point qu’on est parvenu à en faire négocier à 10 % de perte, même à 15 %, contre des anciens ». Il ajoutait qu'il « fallait faire cesser les vaines craintes et déjouer les menées de ces agioteurs, véritables sangsues du peuple et que, pour cela, il fallait prendre les moyens que la loi indique, seuls dans ce moment qui peuvent faire rendre l'entière confiance que l’on doit avoir dans les nouveaux assignats. »

(Délibération du Conseil général de la Commune} (D).

Page 1