‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 44 sur 63 · LPC RANT LÉ DC · texte numérisé non relu

LPC RANT LÉ DC

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dans les bois, la nuit. L'acquéreur à qui on avait mis parfois un bandeau sur les yeux, ne pouvait connaître le vendeur qui majorait le prix des denrées. Un renchérissement inquiétant de la vie était le résultat de ces procédés.

La gêne était générale (1) et les meilleures qualités de résistance menaçaient de sombrer dans la disette quotidienne.

Descombels pressait la Convention Nationale de mettre fin à une pareille détresse. Il écrit, le 15 août 1793, au citoyen ministre de l'Intérieur, et lui transmet une demande de la commune de Toulouse d’une avance de 1.500.000 livres pour faire un approvisionnement en grains ; il indique que, dans les circonstances où se trouve Toulouse « par rapport au projet de fédéralisation dont elle est circonvoisinée, il importe que la tranquillité publique n’y soit pas altérée, et vous savez, citoyen Ministre, combien le défaut de subsistances influe sur cette tranquillité » (2).

Le 27 août, son insistance est encore plus pressante :

(1) Les membres des corps constitués souffraient eux-mêmes de cette gêne. Le procureur-général-syndic recevait un traitement annuel de 5.000 livres et son secrétaire 2.500. L’indemnité aux membres du directoire était de 2.400 livres pour chacun. La dépréciation du papier-monnaie les mettait dans un état voisin de la misère.

(2) Le rrocureur-syndic du district de Grenade écrit au Procureurgénéral syndic du département les sujets de ses inquiétudes : « Je ne dois pas vous dissimuler que je ne suis pas sans alarme sur la tranquillité publique. Les désordres et les dévastations qui ne font qu’augmenter dans les forêts nationales, les propriétés violées, l’autorité de la loi méconnue, l'anarchie se propageant partout, le peuple faussement alarmé sur le manque de subsistances, tout semible annoncer des orages que je ferai bien de rfrévenir, mais qu’il me sera difficile d'arrêter sans l'intervention de La force publique. Mais je crois que l'instant est venu où il est nécessaire de le montrer au peuple. Vous imaginez bien qu'avant de lui donner l’essor, nous épuiserons toutes les voies de la douceur et de la persuasion. Mais si, malgré nos bonnes intentions et avec toutes les exhortations de la fraternité, nous perdons l'espoir de ramener le peuple au respect qu’il doit à la loi, nous déploierons tous les moyens que la loi a mis en notre Houyoir pour arrêter les malveillants et les faire tomber à genoux devant elle. »

(Grenade, le 31 août 1793), L. 181, liasse manuscrite,

« Nous éprouvons, en ce moment, {es horreurs de la famine ». Il rappelle les efforts faits et restés infructueux, les circonstances tragiques qui ruinent la Haute- Garonne. La fixation du « maximum est suspendue dans le département » du Gers. Les départements du Rhône, de la Gironde, ne l’ont jamais établi ; la ville de Montauban vient de le suspendre, en sorte que, environné des départements qui, par l’appât d’un prix bien plus élevé que celui fixé dans la Haute-Garonne, attirait tous nos grains, non seulement, nous ne pouvons fournir aux besoins de l’armée, mais encore nous sommes réduits nous-mêmes à la dernière détresse ». E$ il concluait par cette remarque très judicieuse : « La tranquillité publique n’a pas été altérée. Vous apprécierez combien il importe qu’elle ne le soit pas dans la ville de Toulouse, qui influe si puissamment sur tout le Midi par sa position et l'importance de sa population » KE}

La loi du maximum, non appliquée dans toute la République, causait donc en partie la détresse de la Haute-Garonne. Les ennemis de la Montagne comptaient sur cette détresse pour provoquer des soulèvements (2).

La Commission des subsistances de la Société Populaire s’en inquiétait (3). Le Conseil du département

(2) Par mesure de prudence, la Société Populaire avait demandé le 9 août que les nobles fussent exclus de tous emplois.

(3) Le 20 août, un commissaire de la Société Populaire de Saint-. Martin, dénonce que, dans la commune de Blagnac, on à vu passer une grande quantité de (blé rourri sur la Garonne venant de Toulouse, Cette Commission demande que la Société Populaire de Toulouse nomme quelques membres pour s'adjoindre à elle et se transporter chez les représentants du peuple afin de leur porter leurs réclamations. L. 750.

Ces réclamations furent faites et aussi l'adresse suivante à la Convention Nationale: « Votre sage décret du 4 mai dernier concernant la fixation du maximum des grains, eut fait le bonheur des Français s’il avait été généralement mis à exécution. Mais ne l'ayant été que dans un petit nombre de départements, il en est résulté

prit un arrêté, en date du 27 août 1793, relatif au recensement des grains, une réquisition de 25.000 quintaux de blé ayant été faite pour la Haute-Garonne (1). Ces réquisitions augmentèrent la misère, et les représentants en mission se rendaient compte du danger que courait la paix publique. Chaudron-Rousseau et Leyris pensent qu'il est indispensable de maintenir la sûreté du Midi Toulousain, la « conservation de Toulouse dans les bons principes ». II faut « empêcher que cette ville ne tombe dans les mains de l'aristocratie qui la convoite » et aussi « déjouer Bordeaux et empêcher les fédéralistes du Midi de se donner la main » (2). Une tranquillité toute relative, toujours menacée, ne

que les malveillants, les égoïstes, les calculateurs, se sont eoalisés et ont enlevé les blés des départements où ce décret a été mis en vigueur pour le faire refluer ou accalfarer dans ceux qui ont méconnu cette salutaire loi... Oui, citoyens, représentants, l'espoir de vendre leurs denrées plus chères, celui de la contre-révolution, sont cause que ce très grand nombre de riches propriétaires, égoïstes et malveillants, cachent, laissent pourrir ou transportent ailleurs leurs denrées de première nécessité... La société populaire vous jrie de décréter que cette loi (du maximum} soit mise à exécution dans toute l'étendue de la République et de décréter, de plus, que tous les administrateurs rebelles soient arrêtés et punis de mort dans les 24 heures de leur arrestation comme prévaricateurs et contrerévolutionnaires, »

(Lettre non datée inscrite après une lettre du 22 août). L, 754 Correspondance de la Société Populaire.

(1) Le département a rérhrti ainsi le contingent par district:

Histriet dé "VILIéfTANChE M NT Reese... 6.974 quintaux.

» DAIDONIOLISC Re rentrer esre 4.907 »

» MELON ONE Cannes urnes cs bas 3.766 »

» n A CASCRSATTAZIN rs... 2,337 »

» POLONA TC ME re Cr oraeieleleeieiele ne 2.621 » » DNTOT CE RE dede eee 1.795 »

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» Dale OI M CT CU 0 06 ON 1.043 »

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(2) Pour surveiller l'application des décrets de la Convention du 26 juillet contre les accapareurs, le Conseil Général de la Commune avait nommé, le 20 août, des commissaires par sections pour faire des visites domiciliaires. Les commissaires avaient été désignés sur les instances de Descombels : « Je présume, écrit-il, que les résultats que vous jallez me transmettre seront satisfaisants. Dans le cas contraire, vous voudrez (bien exécuter rigoureusement les diverses dispositions du dit décret et me rendre compte de vos démarches à cet égard. »

se maintenait donc que grâce à l'énergie, à la vigilance du parti des Jacobins. Le malaise pourtant allait s’accentuer, car au mécontentement causé par la disette, allaient s'ajouter les troubles provoqués par la levée en masse. .

« Le mois d’août 1793 est un des mois les plus critiques de l’histoire de la Convention. Echecs répétés aux armées : les lignes de Wissembourg sont forcées ; Mayence assiégée depuis là fin de mars se rend le 23 juillet ; Condé capitule le 12 juillet ; Valenciennes le 28. Les dernières places qui défendent la trouée de l'Oise et qui protègent Paris, Cambrai, Le Quesnoy, Landrecies, sont investies. Une armée autrichienne renforcée d’un corps anglais et d’un corps hollandais assiège Dunkerque. Les Espagnols progressent dans le Roussillon et parviennent devant Perpignan. Les Piémonfais reprennent l'offensive devant les Alpes » (1). A l'intérieur, la Vendée soulevée recoit des armes et des munitions de l'Angleterre, et les départements fédéralistes veulent rompre l'unité nationale.

Jamais levée en masse ne se fit dans des circonstances si tragiques. On connaît le décret du 23 août 1793 par lequel la Convention établissait la conscription universelle qui, seule, pouvait sauver la France. C'était un ordre de réquisition générale. « Dès ce moment, porte l’article premier, jusqu’au moment où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au Combat, les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances, les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront les vieux linges en charpie ; les vieil-

(1) Albert Mathiez, La Victoire en l'an II, p. 117.

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Zlards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’Unité à la République ».

Le péril extérieur avait provoqué dans toute la France un mouvement profond de patriotisme. Il fallait des mesures exceptionnelles en face d’un danger exceptionnel. Barère avait dit dans son rapport au Comité du Salut Public : « La République n’est plus qu’une grande ville assiégée, il faut que la France ne soit plus qu'un vaste camp ».

Cependant, ce décret amena, dans la Haute-Garonne, des murmures et de l’hésitation. La suppression du tirage au sort, de tous les privilèges, aurait dû satisfaire le désir d'égalité des populations et les dresser devant le danger commun. Le parti des mécontents était trop nombreux dans la Haute-Garonne, pour qu'il n’essaie de provoquer de nouveaux troubles à propos de la levée. Fédéralistes, modérés, aristocrates, prêtres réfractaires, s’unirent pour renouveler les révoltes, les menées contre-révolutionnaires.

Le décret mettait d’abord en route les célibataires et les veufs sans enfant, de 18 à 45 ans. En conséquence, la 1" classe est réquisitionnée en hâte par un arrêté du 2 septembre 1793. Elle doit comprendre tous les citoyens non mariés de 18 à 25 ans. Ils seront formés en compagnies de 100 hommes, et partiront pour Narbonne le 10 du même mois. Les déserteurs seront punis de mort. Ceux qui échapperont seront considérés comme émigrés. Les citoyens qui ne seront pas compris dans cette première classe seront obligés de fournir leurs fusils de guerre ou de chasse, leurs sabres, leur poudre et leur plomb. Des visites domiciliaires auront lieu pour saisir les armes cachées.

Dans les Pyrénées-Orientales, le danger est de plus en plus pressant. Le Général en chef de l’armée des

Pyrénées réclame des secours et des hommes. Descombels presse le départ. « Il n’est point de cruauté auxquelles ne se livrent les féroces Espagnols. Nous pouvons encore les punir de leurs atrocités, mais pour cela il ne faut aucun retard. Pressez donc le départ de la 1° classe pour le temps fixé par notre arrêté et plus tôt il sera possible de le faire mieux cela vaudra. La 2 classe doit se tenir prête à marcher de suite (sic) après le départ de la 1". Les départements voisins ont déjà fourni les deux premières. Elles sont tombées sur l'ennemi. Elles n'auront pas seules la gloire d'en purger le sol de la liberté. Aux armes ! Aux armes ! Courez à la Société Populaire, enflammez les citoyens de courage et d'horreur pour les barbares ennemis qui s’avancent vers nous... Agissez vite ! Il n’est plus temps de ‘délibérer. Enfermez les gens suspects. Envoyeznous les mauvais citoyens qui s’opposeraient au départ. Ils seront guillotinés dans les 24 heures » (1).

Le représentant du peuple Fabre a adressé un appel (2) aux départements alors qu’il était en mission à Perpignan. Le département de la Haute-Garonne s’en est ému. Il a envoyé une circulaire aux sociétés

(1) Circulaire aux districts, à la Société Populaire de Toulouse, au général en chef de l’armée des Pyrénées (6 seut. 1793). L. 67.

(2) L'adresse du représentant du peuple, Fabre, aux départements est préine d’insistance et d’effroi devant le danger: « Depuis 15 jours nous vous appelons à notre secours; depuis 15 jours on nous donne des promesses, des arrêtés et point d'hommes. Cependant l'ennemi est à nos lortes. Qu’attendez-vous? Qu'il vienne vous égorger dans vos foyers? Vous n'aurez pas longtemps à attendre que vos villes soient livrées par la plus infâme scélératesse, comme Toulon. Nos ennemis ont compté davantage sur leur or que sur leurs soldats. -Et, au milieu de cet état de choses, vous dormez ! Eh bien! nous allons vous dire l’affreuse vérité. Si, dans 8 jours, 10.000 hommes ne sont pas rassemblés, il ne restéra plus maux vrais républicains d'autre consolation que la mort, à l’égoïste que des larmes inutiles, aux lâches que le ver rongeur du remords.

« Voulez-vous conserver vos propriétés? Prenez les armes !

« Voulez-vous sauver vos femmes et vos enfants? Prenez les armes !

« Voulez vous éviter le supplie doht on paierait votre ancien pa-

triotisme? Prenez les armes !

(Perpignan, le 5 septembre 1793). L. 39.

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