‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 45 sur 63 · AA · texte numérisé non relu

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populaires, aux corps administratifs, pour les inviter à presser la levée en masse, et à se défier des contrerévolutionnaires qui veulent le triomphe de l'ennemi. Ce sont les ennemis intérieurs qui arrêtent la défense Contre l’ennemi extérieur. « Que l’on vienne prêcher encore l’indulgence envers les aristocrates, les modérés, les fédéralistes, les tigres de toutes les espèces qui, depuis la Révolution, sucent par degrés le sang des Chauds défenseurs de la Patrie... Le peuple ne peut parvenir à jouir de ses droits, à établir en paix un gouvernement libre fondé sur l'égalité naturelle, tant que sa marche est entravée par des obstacles sans cesse renaissants. Soyez debout, et agissez pour que rien n'arrête le torrent révolutionnaire, et nous verrons, dans peu de temps, tous nos ennemis écrasés et dispersés ; nous verrons nos frontières dégagées de la présence des esclaves des rois, le sol de la liberté n’en sera plus souillé. Citoyens, il n’y a plus à balancer, vous ne l'avez pas juré en vain : la liberté ou la mort » (1).

Cet appel pour courir à la frontière était en rapport avec la gravité de l'heure. Il était aussi en rapport avec l’imminence des troubles intérieurs. Les autorités ne savaient que trop que les défaitistes, les semeurs de fausses nouvelles (2) couraient le département pour exciter les citoyens à la révolte et à la désertion. Ils savaient aussi que les nobles, les aristocrates et quelques modérés, girondins ou fédéralistes, désiraient la défaite de la France pour voir la chute du régime républicain, et que les émigrés formaient l'avant-garde des troupes espagnoles.

(1) 9 septembre 1793 (L. 67).

(2) Un arrêté du département, du 2 septembre 1793, ordonnait la réclusion de tous les individus qui répandent de fausses nouvelles.

En même temps que la 1" levée se prépare dans le département, la chasse aux suspects s'organise. Descombels redouble d'activité. Il précise les ordres aux districts, exalte le patriotisme des sans-culottes, menace les déserteurs et les mauvais citoyens. Sans relâche, il parcourt à cheval tout le département et « se porte partout où il y a du danger ». Il surveille l'application de la loi sur les suspects et sur les étrangers (1) et ranime l'attention des magistrats de la commune de Toulouse (2).

Malgré l’ardeur des Jacobins, les troubles causés par le décret éclatent. Sur les confins du département de la Haute-Garonne et de l’Ariège, les aristocrates, les malveillants, les prêtres, soutenus parfois par les fonctionnaires publics, excitent à la désertion et à la fuite. Les commissaires civils Picquié, Groussac (le futur

(1) Circulaire aux districts par voie de la gendarmerie.

« Vous recevrez, avec ma lettre, l'arrêté du 2 courant portant réquisition aux citoyens de marcher contre les Espagnols. Son exécution doit exciter toute votre vigilance. Jamais vous ne dûtes l’exécuter dans une circonstance plus intéressante pour le salut de la chose publique. Je vous prie, citoyen coopérateur, de me rendre compte de son exécution progressive dès le premier jour du rassemblement, Vous emploierez, pour cela, un gendarme d'ordonnance. (4 septembre 1793). L. 67.

(2) Circulaire aux districts envoyée par la voie de la gendarmerie :

« Quelques districts ont mis beaucoup de lenteur dans l'exécution de la loi relative aux gens suspects, sous prétexte qu’il leur parviendrait, sans doute, de nouvelles instructions à cet égard. Les instructions, ce sont les machinations criminelles que nos ennemis ne cessent de mettre en usage, les instructions, ce sont les figures de contentement qu’ils laissent échapper malgré eux lorsqu'il arrive quelque nouvelle désastreuse. Les instructions, ce sont les vœux qu'ils forment nour le succès des armes de nos ennemis. Il faut frapper nos ennemis de quelque masque qu'ils se couvrent ou nous serons A nous-mêmes et la République détruite. » (4 septembre 1793). (67)

Au Maire de la Commune de Toulouse (8 septembre 1793).

« Jamais des lois, arrêtés et délibérations relatives à la police des villes, notamment celles qui veut que tous les aubergistes particuliers ou loueurs en chambres garnies fassent les déclarations des citoyens qui viennent résider à Toulouse, ne furent plus négligées que dans cette ville. Elle regorge d'étrangers, de malveillants de toute espèce, et les autorités supérieures n’en sont pas instruites.

Provoquez la vigilance du Conseil Général. » L. 67.

maire de Toulouse), Massiac, parcourent les campagnes, traquent les attroupements de déserteurs dans les bois; puis, ils assemblent le peuple dans les églises et essaient, par leurs prônes civiques, de l’entraîner vers la défense de la Patrie. Mais ils n’évitent ainsi ni les désertions, ni les rébellions.

A Toulouse, le 11 septembre, une véritable émeute éclate ayant à sa tête les chefs du parti de la Gironde. Celui-ci n'avait pas obtenu de la Convention Nationale la mise en liberté des dix fédéralistes arrêtés par décret du 24 juin précédent ; il n'avait pu réaliser l'accord avec l’armée bordelaise, les Jacobins de Toulouse et de Montauban l'ayant empêché de se joindre à elle. Les chefs en avaient gardé une rancune que le péril extérieur n’arrivait pas à apaiser, et ils n'avaient d’autre espoir de renverser la Montagne, qu’en l’empêchant de mener à bien sa lutte contre la coalition.

L'émeute du 11 septembre fut dirigée par Malpel, fils du procureur-général-syndie destitué par Chabot, par Villaret, Vergnères, Tuillières, tous fédéralistes notoires, et non encore arrêtés. La présence de ces chefs à la tête de l'insurrection montre bien qu'elle est l'œuvre du parti girondin. Cette présence est aussi sa condamnation. La défense nationale appelait tous les Français ; l'accord des Girondins de Toulouse et du département avec les royalistes contre la France menacée explique suffisamment à lui seul les mesures répressives qui suivront inévitablement.

Les troubles furent grands à Toulouse. Le 11 septembre, à 8 heures du matin, les contre-révolutionnaires se sont réunis en nombre, tambour en tête, ont parcouru les diverses sections, puis se sont portés au domicile des représentants du peuple, et ont ouvertement protesté contre les administrateurs du département, la Société populaire et les représentants eux-

mêmes. Ils ont insulté et maltraité les autorités civiles et militaires ; puis ils ont parcouru les rues principales de la ville « forçant de marcher tous les citoyens qui se trouvaient sur leur passage, frappant et maltraitant ceux qui s’y refusaient » (1). Des mesures rigoureuses furent prises contre eux. La force armée, les patriotes furent mis en réquisition, le canon fut braqué devant la maison commune et la demeure des représentants du peuple. Chaudron-Rousseau et Leyris, le procureur-général-syndic, le commandant de la place, un commissaire du Conseil Général exécutif, se sont portés sur les lieux du rassemblement escortés de la gendarmerie et d’un détachement de dragons.

L'émeute fut dispersée. On put arrêter deux des meneurs. La guillotine fut dressée et ordre fut donné de la laisser en permanence jusqu’à la fin de la levée des troupes. La place de la Libertée fut éclairée pendant la nuit. Les citoyens furent requis de placer une lumière à leur fenêtre (2), les portes de la ville furent gardées afin qu'aucun de ceux qui furent reconnus pour avoir soulevé les sections ne puisse parvenir à s'échapper.

Le lendemain, l’ordre était revenu. Les principaux meneurs furent arrêtés et on relàcha les autres. Les Jacobins, précédés de Descombels et des représentants du peuple, parcoururent à leur tour toutes les places, les faubourgs, pour stimuler le pratiotisme des habitants et exciter leur haine pour les fédéralistes, « habits carrés », et autres ennemis de la Convention. Partout les patrouilles avaient été doublées et les manifestants étaient recherchés.

Le départ des dragons de Toulouse fut pour les

(1) Lettre de Descombels à la Convention Nationale (12 septembre 1793). (L. 67).

(2) Délibérations du Conseil Général de la Commune de Toulouse du 12 septembre 1793. (Série D!).

contre-révolutionnaires le prétexte de nouvelles agitations, Une affiche faisant appel à l'insurrection fut placardée sur les murs de la ville. De grands rassemblements avaient lieu autour de cette affiche qui portait ces mots : « Citoyens, on vous trompe, on vous conduit à la servitude ; les passions gouvernent vos représentants ; ils ne peuvent ni voir, ni entendre la vérité. Commerçants ! vous avez fait la Révolution et c'est vous qu'on va écraser ! Jeunes gens on vous mène à la boucherie pour vous obliger à soutenir des fripons. Peuple, vos représentants anéantissent vos droits ; les administrateurs que vous avez nommés sont cassés. Peuple, souvenéz-vous que le plus saint des devoirs est l'insurrection quand on est opprimé. Peuple, tu es perdu, si les fripons continuent à te gouverner ».

Cet appel à l'insurrection ne devait pourtant pas empêcher la réquisition, Il fallait que la levée se fit. Le 15 septembre, le département adressa une proclamation à la population au moment du départ des jeunes gens (1). Aussitôt après les troubles de Toulouse du 11 septembre, le Directoire du département avait pris un arrêté pour que le départ des citoyens s’effectuât de 5 sections en 5 sections (2). Mais il se

(4j « Les citoyens sont prévenus que ceux qui ont été requis pour marcher à la frontière et qui ne se rendront pas à leurs sections resrectives demain matin à 6 heures seront mis en état d’arrestation. S'ils ne peuvent être arrêtés, ils seront réputés émigrés et leurs père et mère demeureront soumis aux lois des 15 août et 12 septembre

Ceux qui s’opposeraient au départ par des menées clandestines, ou qui, par leurs propos provoqueraient la nonexécution de la réquisition, seront livrés au tribunal criminel et punis de mort. » (15 septembre 1793). L. 39.

(@) Le conseil du département arrête que les citoyens des 14 sections de la ville de Toulouse qui doivent marcher contre les Espagnols seront tenus de s’assembler dans l’ordre suivant :

1° Les 5 rtremières sections seront convoquées pour demain matin 12, par la municipalité, dans le lieu ordinaire de leur assemblée, à

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