‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 48 sur 63 · A DE · texte numérisé non relu

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plus considérable dans les communes où la municCipalité était modérée. Elle favorisait les défections, de sorte que les arrestations des citoyens défaitistes y furent moins nombreuses. Quelques-uns cependant furent traduits devant le tribunal criminel de Toulouse, dénoncés par la Société Populaire. Ainsi, les trois frères Bergé, du district de Beaumont, accusés d’avoir dit qu'il « ne fallait pas se faire périr, mais se faire estropier afin de ne pas partir aux frontières ». On arrêta, également, Lafaurie, licencié-ès-lois, de Verdun-sur-Garonne, accusé d'avoir dit le lendemain du recrutement à Verdun « qu'il était bien fâcheux que son fils partit pour une opinion qui n’était pas la sienne, que s’il était obligé, lui, de partir, au lieu de tirer devant, il tirerait derrière ». I] avait ajouté, parlant de ses concitoyens, sur la place publique, que si. beaucoup étaient comme lui, ils arriveraient à dissoudre l'assemblée des représentants du peuple ». Ces paroles anti-patriotiques étaient le résultat de la déception populaire, exploitée et entretenue par les fédéralistes et les äristocrates. C'est qu'il ne suffisait pas de recruter des hommes pour la levée en masse ; i] fallait encore les nourrir, les équiper, les armer. Et dans l’état de détresse où se trouvait le département, c'était une aggravation de la misère, presque de la famine. Afin de faciliter l'approvisionnement de grains pour les hommes de la levée en masse, on exigea que les propriétaires, fermiers, paysans, payassent leurs impôts en nature. On réunit aussi à Toulouse le plus de fourrage et de combustible possible. Le 4 septembre, toutes les charrettes des communes de Toulouse, Coulommiers, Léguevin, Brax, AuSsonne, Pibrac, etc... furent réquisitionnées. Mais certaines municipalités, comme celles de Tournefeuille et de Plaisance, retenaient les véhicules qui portaient du charhon à Tou-

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louse, et en faisaient la distribution aux habitants de la commune (1).

À Toulouse, tous les ouvriers étaient réquisitionnés Pour confectionner des tentes, deg marmiles, des bidons. Le département dut fournir, pour l’armée, 3,000 capotes, 6.000 chemises, 8.000 paires de souliers, 2.000 habits, 2.000 vestes, 4,000 culottes, 6.000 paires de bas, Tous les districts durent concourir à la fabrication de ces objets. Des réquisitions avaient été oxdonnées par Descombels par tout le département (2). Malgré cela, l’état de dénuement dans lequel se trouvaient les troupes était lamentable.

Les représentants du peuple étaient obligés de reconnaître que les administrateurs éprouvaient des difficultés pour faire exécuter la loi, Les demandes d'exemption étaient nombreuses. Le département dut prendre un arrêté qui exemptait les laboureurs en raison de leur utilité (3). Mais les pétitions étaient si nombreuses qu'une commission fut nommée pour les examiner. Elle était composée de 4 administrateurs, dont deux pris dans le Directoire du département, et deux dans le Conseil de district. Les citoyens Ardenne, Blanchard, Delherm et Sartor furent choisis pour assurer ce Service (4). Beaucoup d'ouvriers se firent aussi exempier : les cordonniers, les ouvriers impri-

(4) Archives communales, Registre de police, F’.

(2) Circulaire aux districts de Grenade, Castelsarrazin, Muret, etc...

« Equipez du mieux que vous pourrez les citoyens qui doivent partir » {15 septembre 1793).

Lettre de Descomibels au procureur-syndic de Toulouse : « La loi du %3 août charge les municipalités, les districts et les départements de pourvoif, par tous les moyens qui seront en eux, à l'habillement et équipement des hommes de la nouvelle levée. Les municipalités, d’après yos ordres, ont dû, Par conséquent, mettre en réquisition tous les souliers, chemises et autres effets dont elles auront pu avoir connaissance, Le département s'est empressé lui-même de prendre ces mesures en faisant vider tous les magasins, Il se trouve en ce moment ayoir épuisé ses ressources (18 septembre 1793), (L. 67).

(3) Délibération du Conseil Général du département du 10 septembre

(4) Id,

meurs (1). L'ensemble de ces exemptions devint si considérable qu’il parut urgent d'en faire rapporter un grand nombre par arrêté du Conseil Général du département (2). Cet arrêté fut pris Sur un rapport du Comité de surveillance (3).

Ces mesures provoquent encore de nouveaux murmures dans le département. Certains citoyens obligés de partir apportent dans l’armée leur esprit d'’insoumission (4).

Les émeutiers du 11 septembre, réquisitionnés par la force, excitent les soldats au refus d’obéissance et à la désertion, et les déserteurs sont nombreux. Ils le sont d'autant plus que certaines municipalités les préservent des rigueurs de la loi. A Toulouse même, plusieurs détenus qui avaient été arrêtés pour être conduits à leur corps ont été relâchés des prisons de la Maison Commune. Un grand nombre de réquisitionnaires s’enfuient aussi des rangs de l’armée et retour-

(1) Délibération du 10 septembre du Conseil Général du département du 10 septembre 1793 (L. 39).

(2) Arrêté du Conseil du département du 24 septembre 1793 : « Il sera formé pour la ville de Toulouse. une commission composée de 2 membres du département, 2 du district, 2 de la Municipalité, 2 de la société populaire, de 2 agents militaires et 2 officiers de santé. Cette commission révisera toutes les exemptions accordées, rapportera celle qu’elle jugera convenable, confirmera les autres, et prendra tous les moyens de surveillance et de précaution nécessaires contre les surprises qui pourraient être faites. »

Les exemptions concernant les laboureurs furent maintenues (L. 39).

(3) Un rapport du Comité de surveillance de la Commune de Toulouse concernant les exemptions qui ont été surprises sont différents, faux prétextes, par plus de 800 citoyens depuis l'âge de 18 ans jusqu’à 40, en état de marche aux frontières, propose des mesures pour revenir Sur ces dispenses extorquées et empêcher que le Conseil soit désormais trompé. (23 septembre 1793). (L. 764).

(4) C’est ainsi que Descombels écrit au général de brigade commandant à Quillan: « Les citoyens Messienin, Pinaut et Mestre, prévenus d’avoir excité des mouvernents à Toulouse, lors de l'exécution da l'arrêté relatif à la levée en masse, et d’avoir tout mis en état pour empêcher les citoyens de marcher, sont actuellement à Quillan dans l’une des compagnies de Toulouse. Veuillez, citoyen, donner des ordres positifs pour qu’ils soient traduits dans les prisons de Toulouse, Leur présence à l’armée ne peut que devenir funeste à la chose publique. » (21 septembre 1793. L. 67}.

nent, clandestinement, dans leurs communes. Le représentant du peuple, Fabre, les déclare traîtres à la Patrie et comme tels passibles de la peine de mort (1). = Mais on est obligé de surseoir à l'exécution de l’arrêté, tant il y aurait eu d'hommes à fusiller. Les soldats malades quittaient les hôpitaux et rentraient chez eux, prétextant une prolongation de maladie. Ils obtenaient facilement des certificats de complaisance (2). Les municipalités favorisaient souvent les coupables en ne les dénonçant pas, et en leur faisant accorder des congés contrairement à la justice et à la loi.

Les troubles de l’intérieur ajoutent au danger extérieur. Malgré la propagande patriotique des Jacobins, les mouvements populaires deviennent alarmants et compromettent la tranquillité publique. Dans le département, beaucoup de municipalités se montrent tièdes

(1) Arrêté de Fabre, réprésentant du peuple près de l’armée des Pyrénées, en date du 16 septembre 1793, relatif aux désertions de la levée en masse.

(2) Descombels veille aux désertions et aux congés de complaisance. I1 écrit, le 4 octobre, au citoyen Poincçot, Général de division, commandant en chef l’armée centrale des Pyrénées :

« Votre lettre m'avait rassuré sur les disxwsitions qu’il convient de prendre envers les muscadins et gens de mauvaise volonté qui vous sont arrivés lors de la levée. Mais des renseignements certains et des correspondances de ces messieurs ne nous laissent plus aucun doute sur les préférences qui ont été accordées à quelques-uns d’entre eux et sur la vénalité des congés que des chefs délivrent abondamment. Je dois vous dire, citoyen général, qu'il n’est rien de si décourageant pour les vrais sans-culottes que de voir accorder des distinctions à ceux qui les méritent si peu Le général Mouredon fait preuve ou de peu da défiance ou d’incivisme. » (4 octobre 1793).

Le même jour, il s'adresse aux représentants du peuple près l’armée des Pyrénées-Orientales à Perpignan pour le même sujet :

« I1 nous arrive tous les jours à Toulouse un grand nombre de citoyens dont la plupart muscadins munis de congés de chefs de bataillons. Nous n’y avons aucun égard, et nous les faisons reconduire à leur corps d'autant plus impitoyablement que la plupart n’ont d'autre motif d’exemption qu’une mauvaise volonté bien Prononcée. Je dois vous instruire aussi que nous savons à ne pas douter que plusieurs généraux ont donné à des gens très suspects de notre ville des préférences qui, en affligeant les vrais patriotes, font rudement suspecter le civisme des chefs de nos armées. Plusieurs muscadins se jactent ouvertement de cette préférence. Nos patriotes en sont indignés. On a déjà écrit au Conseil de la Société Populaire et à plusieurs chauds montagnards pour les dénoncer, » (4 octohre 1793). (IL. 67),

et manquent de l’énérgie nécessaire pour rétablir la paix (1).

Celles qui se montrent patriotes sont peu nombreuses et c’est avec joie que Descombels souligne leur exemple (2).

Celle de Toulouse est suspecte, et, pour renforcer la surveillance, on a dû procéder au renouvellement de la moitié des membres du Comité de Sûreté Générale (3). Les Jacobins en mission (4) entretiennent l’activité des patriotes (5). |

L'administration du département craint de ne pouvoir réprimer les émeutes, si elle n’a pas l'appui d’une force armée. Perpignan est entièrement cerné et il faut envoyer des troupes en toute hâte. Pour éviter une perte de temps, les districts de Villefranche, Revel, Saint-Gaudens et Rieux sont tenus de faire partir les troupes directement afin de leur éviter le voyage de

(1) Le district de Revel, de Saint-Gaudens, de Villefranche, sont cornposés de eïbres qui « peuvent devenir bien néfastes à la chose publique ». Dans le district de Muret, les magistrats municipaux protègent les contre-révolutionnaires. Descomibels demande la suspension du citoyen Dufas, officier municipal de la écimune de Lhéfm, et le dénonce comme protecteur dés aristocrates, des parents d'émigrés et des jrètres réfractaires (26 séptérnbe 1793).

(2/ Lés magistrats municipaux dé Rieumes font preuve de zèle et de vigilancé: ils surveillent les gens suspects de leurs communes. Lä Société populaire dé Montgiscard nargué « les lächés qui désertent leür drapeau »,

(3) Le 15 Septembre ônt été nommés membres du Comité de sûreté générale lés citoyens: Belin, Groussat, Pins, Bergès, Mercadier, Barreau, Dupuÿ, Cordeau, Guillemery, Benet, Dupuget, Bach, Debuc, Lacroix et Lapartre.

(4) Lettre de Descornbels aux citoyéns commissaires dans le distfict de Muret, du 34 séptémbre 1793.

« Les nôuvèlles qué Vous m'avez données de votre mission me Cômblent de joié, et nous hatténdons pas moins de votre zèle et de Votre énérdie, J'ai fait part de Vos succès à Baudot et Chaudron- Roüsseau. Je Iéür al représenté que, pour lé réndre durable, il fallait Vous dônner les pouvoirs de remplacer. » (L. 67).

(5)Le 9 séptembré, la commune de Saint-Félix était en pleine rébellion. Les malveillants ont empéchié les opérations dé la lévéé. en massé. Le chef des révoltés, le citoyen Frédé, à été arrêté et emprisonné à Toulouse, (L. 39).

Toulouse (1). Ces troupes doivent partir les premières. Dans les districts de Muret, de Grenade et de Castelsarrazin, le départ aura lieu ensuite. En attendant, il faut assurer la subsistance et l'équipement des troupes, et la plupart des communes sont sans ressources. Les soldats partent diversement habillés, les uns chaussés, et les autres nu-pieds, manquant du minimum nécessaire.

Alarmé, le Conseil Général du département réclame l’appui de la force armée. De tous les points de la Haute-Garonne, les mécontents, aristocrates et fédéralistes, viennent grossir à Toulouse la masse des intrigants et des rebelles. Ils y sont moins en vue et ils font nombre. La fermeté du Directoire du département ne suffit plus à assurer la paix et l'exécution des lois. Aussi, par arrêté du 21 septembre 1793 (2), on choisit,

(14) Les administrateurs du district de Villefranche ont été effrayés des difficultés particulières pour opérer le recrutement, le 13 septembre 1793: « Enfin, nous sommes parvenus, en bravant tous les dangers, en surmontant tous les obstacles que des gens mal inten. tionnés n’ont cessé de reproduire sous différentes formes. à faire lartir aujourd'hui, 13 septembre, 8 compagnies pour Castelnaudary, formant 761 hommes, Il ne nous à pas été possible de les équiper de manière que les uns étaient chaussés et les autres nu-pieds. Il faut, citoyens, que le patriotisme soit bien grand ou la crainte du châtiment bien forte, pour que ces braves gens soient partis en cet état. Nous en avons été contristés, nos cœurs en ont été déchirés de regret. Nous pensons que tous ces enfants sont de vrais républicains. Demain, trois autres compagnies formant le reste de nos gens requis partiront. Maintenant on travaille à In levée des cavaliers ordonnée par la loi du 22 juillet, et des hommes qui doivent donner une armée de 1.200 hommes. » (L. 425. Liasse).

(2) Pour réclamer la force armée, le Département s'appuie sur l'article 13 de l'arrêté du 20 août, des rerrésentants du peuple près l'armée des Pyrénées-Orientales, dont suit la teneur :

« Les départements sont autorisés à réserver, parmi les citoyens qui se lèveront en masse, ceux qui pourraient être nécessaires pour réprimer les troubles intérieurs, en en .prévenant les représentants du peuple. »

En conséquence, le Conseil général du département « considérant que pour démontrer la nécessité où il est de profiter de la faculté qui lui est accordée par l’art. 13 de l'arrêté des représentants du peuple, il suffit de rappeler les mouvements qui ont eu lieu à Touloue à l’occasion de l'exécution du décret qui ordonne la levée en masse, que ces mouvements qui commençaient à devenir alarmants pour la tranquillité publique auraient eu des suites facheuses s’

parmi les citoyens du département levés en masse, un groupe de 600 hommes reconnus pour vrais sans-culottes, qui se tiendra à la disposition du département pour réprimer les troubles intérieurs, ainsi que la compagnie des canonniers de Toulouse et une compagnie de cavalerie composée de 65 hommes.

La Situation était donc particulièrement difficile. Quel était le but de toutes ces émeutes? De la part de la population, des paysans surtout, c'était d’abord d'arriver à éviter la réquisition. Ce n’est pas, cependant, qu’un effectif appréciable n'ait été envoyé sur nos frontières des Pyrénées (1).

Le groupe des patriotes existait, à côté de celui des défaitistes. Mais les chefs du parti girondin voyaient dans les soulèvements populaires, dans l’opposition aux lois de la Convention, le seul moyen d'arriver à renverser le Gouvernement révolutionnaire. Ils n’hé- Sitaient pas à favoriser l'ennemi extérieur et à compromettre l’existence même de la Patrie. Entraînés par

n’eussent été réprimés par la fermeté et par l'appareil imposant de la force armée; qu’il serait à craindre que les malveillants ne fissent encore de nouvelles tentatives si l'administration ne retenait un nombre déterminé de vrais sans-culottes armés et salariés aux frais de la République, disposés à sacrifier leur vie pour le triomphe de la liberté. Considérant encore que des attroupements contre-révolutionnaïires formés dans le département de l'Ariège ccmmencent à se répandre déjà dans les nôtres et y auraient favorisé les intérêts des aristocrates, des royalistes et des fédéralistes s'ils n’eussent été IYrompiement arrêtés dans leur marche, qu’aussi les vrais sansculottes ayant un intérêt pressant à contenir les ennemis de l’intérieur dont les mouvements combinés avec ceux du dehors produiraient les plus funestes effets. arrête que, sous le bon plaisir des représentants du peuple :

1° Parmi les citoyens du département qui se sont levés en masse, il sera choisi 600 hommes de toute arme, reconnus pour vrais sansculottes et seront à la disposition du département pour réprimer les troubles intérieurs.

2° La compagnie des canonniers de Toulouse recommandée par les services qu’elle rend à la chose publique, sera à la disposition des départements ainsi qu’une compagnie de cavalerie de 65 hommes.

8° Ces différentes compagnies seront habillées, équipées, armées, aux frais de la République. (L. 39).

(1] Le département de la Haute-Garonne a envoyé 12,000 hommes,

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leur haine de Paris, et de la Montagne, ils faisaient le jeu des royalistes qui, eux sacrifiaient tout sentiment national à leurs espoirs politiques (4). Ils pensaient que Bordeaux n'avait pas complètement abandonné complètement ses projets. Les nouvelles venues de l’Ariège comme de la Gironde (2) sont de nature à semer la panique. Les Jacobins doivent donc redoubler de vigilance, car ils redoutent l'exemple de ces départements et ils comprennent que fous les décrets de la Convention Nationale sont prétextes à soulèvements. Les suspects abondent dans tous les villages. Certains même obtiennent des certicats de civisme (3).

Le général Frégeville, à la tête de cent hommes et de 300 gardes nationaux, secondé par les citoyens com- Missaires civils sans-culottes, a arrêté et fait conduire à Toulouse, tous les suspects d’une quinzaine de villages, fonctionnaires et prêtres, qu'il jugeait dange-

(1) Le marquis de Saint-Simon, maréchal de camp des armées du roi, qui avait pris part à la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis, et qui avait été élu député aux Etas Généraux de 1789, avait créé à Pampelune, devenu son quartier général en 1793, une légion royale composée de Français du Midi et comprenant un grand nombre de Toulousains et de royalistes de la Haute-Garonne. Il aurait voulu que les Espagnols rtréparent des dépôts d’armes pour les monarchistes du Midi. Les Espagnols repoussèrent le projet du marquis de Saint- Simon et refusèrent de le suivre.

(2) Baudot, parti dans la Gironde, écrit de la Réole à la Convention Nationale que Bordeaux est rempli de prêtres, d’émigrés, de nobles, de fédéralistes. Toute la cavalerie est formée d’aristocrates. Le lieu des séances du Conseil du Département est gardée par 13 canons. « Trois à quatre mille jeunes gens s’y sont assemblés xour résister à la loi de réquisition. Ils avaient pris pour devise : « Guerre à l'anarchie ». Les autorités constituées favorisent les rassemblements, composés en grande partie des membres de la ci-devant commission populaire. « On ose même y parler publiquement de se rendre aux Anglais. » (Moniteur, séance du 24 septembre 1793).

(3) Descombels écrit à ce sujet à la société populaire de Rieumes :

« Des gens suspects ont obtenu des certificats de civime et sont entrés dans le corps des Dragons Il n’y a plus de quartier pour les aristocrates, royalistes, feuillants, modérés, Girondins, ils sont tous nos ennemis. Ne les épargnons pas parce qu'ils ne nous épargneraient pas et que le salut de la chose publique tient à notre rigueur et à notre persévérance. Ayons la gloire de l'avoir défendu jusqu’au bout... Courage, jærsévérance, fraternité, telle est notre devise. Je vous embrasse en vrai sans-Culotte républicain, » 80 sestembre 1793 (L, 67)

reux. Il a arrêté, également, des ci-devant nobles rentrés d’émigration. Il est même arrivé jusqu’à Pamiers, « ville infestée de la plus puante aristocratie » (1). Ces mesures rigoureuses étaient nécessaires pour que la levée en masse s’opérât dans les meilleures conditions possibles.

L'activité de la Société populaire soutient en même temps le patriotisme des sans-culottes et lutte contre les modérés. Déjà, en réunion publique du 15 août, elle avait demandé la destitution de la Municipalité de Toulouse, coupable de tiédeur. Celle-ci avait dû obéir à la réquisition des représentants du peuple, qui ordonnaient de faire disparaître les signes de l’ancien régime subsistant encore, ainsi que les inscriptions qui se trouvent sur les places publiques, les couronnes, statues ou bas-reliefs, de substituer la dénomination de « Maison Commune » à celle de Capitolium, et de ne pas laisser plus longtemps subsister la « figure d’un ancien tyran » (2).

Mais, au moment de la levée en masse, l’attitude des magistrats municipaux avait motivé tous les soupçons et provoqué l'irritation de la société des Jacobins. Celle-ci lutte contre la faiblesse de la Commune ; elle dénonce les particuliers chez lesquels on a trouvé des cocardes blanches ; elle multiplie les séances patriotiques susceptibles d’exalter le civisme des citoyens.

Les sans-culottes arborent une large cocarde tricolore, achètent des bustes de Marat, de Chalier, les mettent en évidence dans leurs maisons. Ils grattent les armoiries des couverts et plats d'argent, rabotent sur les meubles les fleurs de lys, cachent les porcelaines et faïences armoriées. On a retrouvé, dans

(1) L. 67. (Lettre à la Convention Nationale du 10 septembre 1793). (2) Délibération du Conseil Général de la Commune de Toulouse le 21 août 1793 (D!). ÿ

l’âtre des cheminées, des plaques portant soit le chiffre du roi, soit les armes de France. Une couche de plâtre recouvre les écussons sculptés au-dessus des portes d'entrée des maisons.

Les représentants en mission se rendent compte du rôle primordial joué par les Comités de surveillance de la Société populaire. C'est grâce aux Jacobins de Toulouse qu'ils peuvent faire exécuter les lois dans le département de la Haute-Garonne.

L’emprunt forcé de un milliard, institué le 20 mai et réglementé le 3 septembre 1793, amena de nouveaux troubles. Cette loi essentiellement impopulaire avait donné lieu à des révoltes. Les dons patriotiques et les contributions volontaires ne suffisaient plus. La crainte des lendemains incertains poussait les populations à dissimuler leurs biens.

Cet emprunt forcé se complétait d’ailleurs de mesures favorables aux citoyens pauvres. L'arrêté du représentant Baudot, du 25 septembre 1793, fixait le prix du pain à « 3 sols » la livre pour les sans-culottes indigents, les ouvriers vivant du produit de leur travail et pour les veuves et énfants des citoyens qui se sont dévoués à la Patrie. Le comité central des sections avait eu le premier « l’idée de distribuer des secours aux femmes et aux enfants des volontaires » (1).

Par contre, pour faire des économies, le district de Toulouse, en délibération du 25 septembre, décida de réduire le traitement de l’évêque constitutionnel. Les vicaires épiscopaux, les supérieurs des séminaires (2),

(1) Adher. Le comité des subsistances de Toulouse.

(2) Lettre de Descombels au Procureur-général-syndic du département de l’Aude: « Quoique nous n’ayons pas reçu officiellement le décret dont vous nous parlez, relatif à la fermeture des séminaires, je dois vous dire que nos directeurs de séminaires né reçoivent plus dé traitement en cette qualité, depuis que, par le fait, il n’y reste plus de séminaristes. Le motif est qu’on ne paie plus que celui qui travaillé. »

(Lettre de Descombels du 30 septembre 1793 (L. 67).

furent supprimés, ainsi que toutes les académies nue raires et sociétés subventionnées.

Ces dernières mesures semblent d’ailleurs avoir passé inaperçues dans le trouble de la misère du moment (1).

L'emprunt forcé fut décrété par Baudot dans le département de la Haute-Garonne, le 23 septembre seulement. 11 devait être applicable « aux riches égoïstes, aux feuillants et fédéralistes », pour pouvoir donner aux indigents et ouvriers, femmes et enfants des soldats, le pain à trois sous la livre.

Descombels encouragea ses compatriotes et tout le département à verser leur quote-part à l'emprunt forcé de bonne grâce et sans résistance. Il rencontra de telles difficultés, qu’il renouvela son appel aux sentiments de patriotisme, et expliqua les deux avantages de l'emprunt forcé, « l’un d'opérer une baisse considérable dans la valeur des denrées, l’autre d'atteindre le citoyen qui, sourd à la voix de la Patrie, refuserait de la secourir dans des circonstances difficiles » (2).

L’emprunt forcé devait aussi diminuer la quantité d’assignats qui se trouvaient en circulation. Tous les assignats à effigie au-dessus de 100 livres étaient démonétisées, et ainsi 558.624.000 livres étaient retirées du cours du commerce. La loi du 3 septembre accordait, sur le revenu après déduction des charges et dettes, 1.000 livres à chaque célibataire, 1.500 livres à chaque chef de famille pour lui-même, 1.000 livres pour sa femme et pareille somme pour chaque enfant ou petitenfant à sa charge, et, pour chaque épouse veuve ou enfant des défenseurs de la Patrie dont il prendrait

(1) En septembre 1793 la Convention supprima l’Université de Toulouse; il n’y eut ni Frotestations, ni regrets, car elle n’était pas adaptée à l'esprit nouveau.

(2} Adresse de Descomhels au district de Saint-Gaudens (10 octobre 1793) (LE, 67)

soin, Le revenu net, après tous ces prélèvements, demeure sujet à l'emprunt forcé ; la taxe est de : 1/10° sur la première somme de 1.000 livres ; 2/10° sur la deuxième somme de 1.000 livres... 3/10° sur la troisième somme de 1.000 livres et ainsi de suite, de manière que sur la dixième somme de 1.000 livres et tout ce qui serait au delà, on taxerait en vue d’absorber la totalité des revenus.

D'après ce calcul, les citoyens les plus riches ne pouvaient conserver que 4.500 livres sur leur revenu net suJet à la taxe.

Dans la Haute-Garonne, l'emprunt forcé produisit la somme de 1.589.646 livres. On dépensa 822.712 livres 113 sols. Sur cette somme, 465.414 livres étaient destinées à rembourser un emprunt fait au trésor de la ville pour achats de subsistances, 4.287 livres étaient employées à la construction de fours, 200.190 aux dépenses du district, 75.078 livres à l’achat de viande pour les malades de la commune, 13.015 livres pour indemnité aux boulangers qui fournissent du pain aux sans-culottes à 3 sols la livre, 47.200 livres aux frais de représentations données gratuitement au théâtre pour le peuple, 2.500 livres à la rédaction du « Journal révolutionnaire de Toulouse » ou « Surveillant du Midi », 50.000 livres aux indigents de la commune, 60.000 livres à la garde révolutionnaire, 4.300 livres au remboursement d'emprunts divers (1).

Un arrêté du Conseil Général du département, en date du 30 septembre, enjoignit à tous les possesseurs de pièces monnayées métalliques de les déposer à la caisse du receveur du district pour recevoir pareille somme en assignat. Les pièces de bronze ou médailles

(1) Archives communales, registre des recettes de la taxe forcée d’après l'arrêté du représentant du peuple Baudot en date du 23 septembre 1793) (Série 4 D n° 1).

n'étaient pas compises et pouvaient être conservées par leurs propriétaires. Des visites domiciliaires eurent lieu chez tous les citoyens soupçonnés de n’avoir pas remis leurs espèces précieuses (1). Celui qui les dénonçait, recevait, en assignats, la moitié de la somme trouvée d’après sa dénonciation,

La loi sur les suspects du 17 septembre 1793 augmenta le nombre des dénonciateurs. Les visites domicillaires en devinrent plus fréquentes. Elles étaient confiées à des membres de la société populaire qui recevaient une indemnité de cinq francs par jour. La société populaire devait se concerter avec les Conseils généraux des Communes à l'effet de dresser la liste de toutes les personnes qui étaient susceptibles d'être arrêtées, mais cette arrestation devait être confiée à une municipalité autre que celle du lieu de leur résidence,

Ce régime de terreur assurait l’autorité de la Convention. Il était un moyen de défense nationale, car il fallait la victoire ou la mort, Mais cette puissance des Jacobins n'existait qu’au prix d’une vigilance qui ne se relâchait jamais. Les représentants en mission se réjouissaient alors des résultats obtenus à Toulouse, comparés à l’état d'esprit contre-révolutionnaire de certains districts du département et des départements environnants, Baudot témoigne sà confiance dans la ville de Toulouse et celle de Montauban, « qui acquièrent chaque jour en civisme », et dont « l'exemple est d’un salutaire effet sur les départements voisins ». Et il ajoute la déclaration suivante, particulièrement importante : « La République doit beaucoup à l’activité infatigable, au patriotisme énergique et au zèle

(1) Cet arrêté du département fut cassé peu de jours après par la Convention Nationale. L’exécution proyisoire de cet arrêté avait fait verser dans les caisses des receveurs des districts une assez grande quantité de numéraire métallique,

soutenu du comité de salut public de Montauban et de Toulouse. Grâces soient rendues à leur dévouement (1) ». Enfin, dans une nouvelle lettre à la Convention, le même représentant Baudoi mentionne « que la marche révolutionnaire est en pleine activité à Toulouse », La Société populaire et le Comité de Salut Public « y ont une énergie continuelle et fructueuse » (2).

Et cependant le département fourmille encore de fédéralistes, Chaudron-Rousseau, qui avait été rappelé par la Convention, est maintenu à Toulouse avec Baudot, par décret du 20 septembre. Auront-ils encore l'énergie nécessaire pour continuer la lutte? Il avait semblé au Comité du Salut Public de la Convention que le courage de Chaudron-Rousseau avait baissé : « Il est une époque où le patriotisme perd de son énergie et s’affaiblit comme les facultés physiques ».

L'heure exige pourtant un redoublement de rigueur et de vigilance. L’ennemi est à nos portes, les coalisés remportent des succès sur nos frontières. Dans la Haute-Garonne, les décrets de la Convention, les derniers coups portés aux Bordelais, ont provoqué les suprèmes remous du parti fédéraliste. Qui va l'écraser définitivement ? Qui soutiendra le zèle de la Société populaire et des Jacobins ?

Descombels reste à son poste avec le même courage et la même énergie. La Convention peut compter sur son patriotisme comme le département peut compter sur son devouement. Inlassablement, avec une activité chaque jour renouvelée, il est à son poste, surveillant les uns, encourageant les autres, fort de l’autorité que

(1) Archives nationales A. F. II 184 (de la main de Baudotj. Cité

par Aulard, t. V. 1 LA (2) Archives nationales A. F. II 184 (de la main de Baudotj. Cité

par Aulard, t. V.

lui donnent les dangers et les difficultés de l'heure. Il parcourt le département, correspond avec les districts et les municipalités avec les départements voisins et les chefs de nos armées dans les Pyrénées-Orientales. Sa sollicitude s’attarde surtout aux besoins du peuple, à la crise des subsistances, mais son énergie devient redoutable lorsqu'il s’agit du salut public. Sa politique est bien celle de la Victoire ou de la Mort.

Mais Descombels ne peut, à lui seul, assurer le triomphe de la Montagne dans la Haute-Garonne. La Convention lui enverra deux autres représentants en mission : Dartigoeyte et Paganel.

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