‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 57 sur 63 · F1 CREER · texte numérisé non relu

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Le 29 Frimaire, avait été créé un musée public dans la ci-devant église des Cordeliers. On y avait installé des gravures, des tableaux, des statues et bas-reliefs antiques, des vases étrusques, des médailles, des cartes géographiques provenant, soit de l’ancienne université, soit de collections de particuliers ou de trésors religieux autres que ceux en métal précieux. Ces derniers étaient envoyés à la Monnaie (1).

Toutes ces manifestations n'avaient d'autre but que de réagir fortement contre les tendances anti-révolutionnaires, aristocrates ou girondines, maintenant réprimées ou tout au moins silencieuses (2). Mais l'esprit public ne se maintenait comme le souhaitaient les Jacobins qu’à force de surveillance, d'activité constante, de propagande inlassable, Le « Journal révolutionnaire de Toulouse » nous tient au courant de cette surveillance et de cette énergie qui ont, suivant l’expression de Dartigoeyte, « opéré des prodiges ». Il se réjouit aussi des arrestations qui continuent et des jugements qui se rendent. Inlassablement, malgré la propagande montagnarde, les représentants en mission doivent recourir à de nouvelles épurations des corps administratifs pour donner à l'esprit public l’impulsion révolutionnaire suffisante.

Sans cesse, la société populaire réclame des mesures rigoureuses, Le 29 Nivôse, elle demande qu’une com-

(1) C’est ainsi que pendant la période écoulée entre Je 14 Frimaire et le 30 Ventôse, an II, il a été porté à la Monnaie par le département de la Haute-Garonne :

En or: 3 marcs, 7 onces, 3 grains.

En vermeil: 180 marcs.

En argent: 5.499 marcs, 9 grains.

(Délibération du Directoire du Département). k

(2) Picot de Lareyrousse fit imprimer à Toulouse le « Cathéchisme des électeurs pour former l'esprit des braves sans-culottes et déjouer les manœuvres des prêtres nobles, robins et intrigants, »

mission soit chargée de scruter la conduite particulière et politique de chaque membre de la société.

Le 25 Nivôse, elle avait exigé des sociétés du département qui sollicitaient leur affiliation, une attestation de leur conduite à l’époque du 31 mai et du 2 juin 1793, ainsi qu'une approbation de deux sociétés voisines. Le 21 Ventôse, elle propose la suppression de tous les prêtres de Toulouse.

Sans ces mesures, l'esprit populaire « pencherait vers le modérantisme ». Les fédéralistes reprendraient peut-être leurs espérances. Et, sans cesse, de nouvelles épurations maintiennent les corps administratifs dans l'esprit de la Montagne, pourchassent « l’astucieux fédéralisme, affublé des habits et du masque du patriotisme, plus dangereux que l'aristocratie » (1).

Le 7 Ventôse, Groussac (2), maire de Toulouse, demande qu'il soit ouvert un registre de dénonciations contre les fédéralistes. Les représentants du peuple appuient la proposition, et le registre est déposé au Comité de surveillance de la Commune.

Nous avons vu que le décret du 14 Frimaire avait ordonné l’épuration renouvelée des corps constitués. Descombels avait été chargé de le faire exécuter. Depuis sa nomination comme agent national, jusqu’au 9 Thermidor, il ne cessera de veiller avec l'énergie et l’activité de la première heure à l'exécution de la loi. Le 20 Nivôse, il écrit aux sociétés populaires du département : « Cette opération doit être faite avec le calme et la dignité qui conviennent à des républicains. Les

(1) Adresse de la société populaire des Jacobins de Toulouse, à la Convention nationale du 17 ventôse an II.

(Roure, président, Gelas, secrétaire). (L. 751).

(2) La rigueur montagnarde dont Groussac fit preuve lui valut des inimités inapaisables. La haine de ses adversaires dont l'organe était « L’Antiterroriste » le suivit après le 9 Thermidor.

En 1797, il fut assassiné près de Bordeaux.

I1 avait été révoqué de ses fonctions de maire par Mallarmé, le 26 Brumaire an Ill.

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malveillants et les aristocrates qui en prendraient occa- Sion pour troubler la tranquillité publique seront punis de leur témérité.. Communiquez-moi incessamment et par express le résultat de vos travaux. Faitesmoi part de la formation de vos comités de surveillance qui ne doivent être composés ni de fonctionnaires publics, ni de parents jusqu'au 4° degré, ni de cidevant nobles, ecclésiastiques ou seigneurs... Je me rendrai moi-même dans vos communes pour m'assurer de l’exécution des lois, ainsi qu’il est prescrit. Assemblez-vous à l'instant dès la réception de ma lettre ; trois ou quatre jours doivent suffire à vos opérations. de l’activité et de la célérité » (1).

Le 10 Germinal, an II, après plusieurs mois de lutte contre les fédéralistes, il disait encore dans le temple de la Raison : « Grâces soient rendues au génie de la Liberté : La République triomphe ».

Et le 4 Germinal, an II, dans son rapport sur l’épuration fait au nom du comité de surveillance de la société populaire de Toulouse, Gilibert, un de ses membres, écrivait: » C'est à la société populaire de Toulouse que la République a dû la conservation du Midi. Elle était bien peu nombreuse à l’époque où elle a lutté avec tant de courage contre toutes les autorités constituées des départements fédéralistes : mais elle avait pour elle les principes ».

Alors, les mois les plus sombres étaient passés. L'’espoir était revenu, car l’angoisse du danger extérieur n'existait plus. Les armées de la République avaient opéré leurs prodiges. Les soldats de l'an II avaient vaincu la coalition. « Ce ne fut pas un mince titre d'honneur pour notre race qu'avec la préparation la

(1) Lettre circulaire de Descombels aux sociétés populaires du dénartement de la Haute-Garonne, du 20 nivôse an II (IL. 68).

plus sommaire et la plus improvisée, elle ait réussi à arrêter, puis à faire reculer au loin le flot des armées de métier » (1). Ce titre de gloire, la population patriote de la Haute-Garonne le revendiqua, celle qui avait souffert la Terreur et la faim avec le seul espoir de sauver la Patrie, L’ennemi extérieur était vaincu sur nos frontières, l'ennemi intérieur était écrasé. Longtemps, le fédéralisme avait « répandu ses poisons sur la République : Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulon, les avaient savourés à longs traits. La perte du Midi était certaine. Mais Toulouse a été l'écueil des malveillants. Les patriotes qui se sont trouvés en petit nombre dans cette commune se sont unis, et ils n’ont vu que la Patrie » (2).

Ainsi, une lutte tenace, violente, sans répit, entreprise par les Jacobins, avait eu raison de tous les contre-révolutionnaires, fédéralistes et aristocrates confondus.

En octobre 1793, le fédéralisme était vaincu, en janvier 1794, il était anéanti. Le 20 Germinal, an II (9 avril 1794), le représentant Dartigoeyte écrivait : « Mort aux ennemis de la République ! Le peuple est sauvé ! »

(1) Albert Mathiez: La victoire en l'an II (p. 52). (2) Lettre de la société populaire des Jacobins de Toulouse à la Convention Nationale du 17 ventôse an II (L. 751).

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