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RÉVOLUTIONNAIRE ET LE REPRÉSENTANT EN MISSION CHABOT

Tout d'abord, il convient d'établir que le rôle essentiel dans l’histoire de cette crise politique est joué par la ville de Toulouse. Le reste du département n’a fait que suivre les directives venues du chef-lieu. Eloignées du centre, les populations ont accepté des actions et des réactions qu’elles ne pouvaient ni diriger ni contrôler. C’est donc à Toulouse que nous avons relevé les événements essentiels et les mouvements d'opinion les plus curieux. Mais nous ne manquerons pas de mentionner ce que le département a pu fournir d’intéressant dans la question.

Quelles sont donc les origines du mouvement fédéraliste dans la Haute-Garonne ? et à Toulouse en particulier ? I1 faut les chercher dans les événements qui ont accompagné l'établissement de la République, dans l’état général des esprits, dans la crise religieuse, dans la question militaire et financière, dans la crise des subsistances, enfin dans le mouvement d'opinion contre-révolutionnaire provoqué par le représentant Chabot.

Depuis la Révolution, Toulouse avait gardé l’em-

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preinte ineffaçable de son passé (1). Ville riche, elle avait joué de tout temps un rôle important que sa situation peut en partie expliquer. Au centre d’une plaine fertile, abritée par les Pyrénées, commandant le passage du seuil de Naurouze à l'Est, la vallée de la Garonne au Nord-Ouest, elle avait été la citadelle du Midi. Le sentiment national s’y était de bonne heure éveillé, alors même que ses rivales méridionales, Bordeaux et Marseille n'étaient pas encore villes françaises. Ce long passé d’union à la monarchie n'avait pas empêché, au cours des siècles, le développement marqué d'un goût particulariste. Ville de Parlement (2) et d'Université, elle avait gardé une vie propre et originale. Les Capitouls avaient fait d'elle la cité la plus brillante du Midi. Active et vivante, fière de ses monuments et de ses traditions, centre artistique et intellectuel, elle était fortement attachée à ses souvenirs, à son existence régionale. Aussi, l’ensemble de sa population comprenait mal la centralisation. Lors de la convocation des Ordres pour les Elections aux Etats généraux, les membres du Tiers Etat s'étaient réunis dans la salle du Cabpitole pour rédiger des doléances en 37 articles, parmi lesquels celui d'autoriser la réforme des Etats de province par leurs propres membres. Le 16 octobre 1789, la noblesse de Toulouse protesta contre l'abolition des droits et franchises de la province, surtout contre le

projet de l’Assemblée nationale de diviser la France

(1) En mai 1793, le département de la Haute-Garonne comptait 458.452 habitants. I1 était divisé en 8 districts: Toulouse, Revel, Villefranche, Grenade, Beaumont, Muret, Rieux, Saint-Gaudens, Castelsarrazin; et en 739 municipalités. Le district de Toulouse comprenait 10 cantons et 12% municipalités. La ville comptait 55.000 habitants.

(2) Charles VII rendit visite à Toulouse en 1442 et 1443. C’est pendant ce dernier séjour à Toulouse que le Roi décida la création d’un Parlement sédentaire dont l'installation eut lieu le 4 juin 1444 avec Aynard de Bletorens pour Premier Président. La Cour des Aides fut instituée la même année. -

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en départements. C’est qu’elle craignait, par une décentralisation, qu'elle jugeait inquiétante, de voir détruire la vie provinciale, son initiative (1), son caractère individuel. Le Clergé se joignit à la Noblesse pour cette protestation.

Après Valmy, cette noblesse, en partie dispersée, avait encore conservé de l'influence dans le département. Formée non seulement d'une vieille aristocratie terrienne, mais encore de Capitouls anoblis, de membres du Parlement, elle avait gardé son prestige, surtout dans les campagnes, demeurées royalistes. La suppression du Parlement de Toulouse, le 7 août 1790, avait fait des anciennes familles parlementaires les ennemies irréconciliables de la Révolution. Elles avaient oublié leurs anciennes querelles, leur opposition au Roi, pour se grouper contre le régime nouveau. Certains nobles étaient partis en Espagne. Mais la loi d’amnistie du 15 septembre 1791 leur avait permis de rentrer. Certains en avaient profité, et ils ne cherchaient qu’à continuer leurs menées anti-révolutionnaires. Ils se réunissaient un peu partout, soit chez Madame de Pugnères, soit chez Madame de Ginesty, en apparence pour jouer aux cartes et faire de la musique, en réalité pour conspirer contre le régime, et profiter de tous les mécontentements populaires. Ils étaient disposés à faire cause commune avec tous les mouvements anti-révolutionnaires, dans l’espoir d'arriver à une restauration monarchique. C’est pourquoi, le moment venu, ils se réjouiront de la crise fédéraliste, la soutiendront, espérant faire crouler le gouvernement révolutionnaire. Ils attendaient leur heure, qu'ils souhaitaient proche, et continuaient

(1} Aucun des députés du Languedoc, envoyés aux Etats généraux, n’appuya la réforme de la division de la France en départements. Un député, M. de Cazalès, s’opposa nettement à ce projet.

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