LS TAG NES
leurs menées occultes, vêtus de leurs uniformes de drap vert à passe-poil rouge, qui leur avait fait donner le surnom de « Verdets » (1).
A côté de cette noblesse de terre ou de robe, toute puissante encore dans certains districts de la Haute- Garonne, Toulouse comprenait un élément modéré, composé de bourgeois, de négociants, de rentiers, ennemis de toute violence, qu’elle vint, soit des royalistes, soit des Jacobins. Ces modérés étaient suspects aux uns et aux autres : aux Jacobins, qui les traitaient d'aristocrates, aux royalistes qui voyaient en eux des soutiens de la Révolution. Les Jacobins les unissaient dans une même haine ; le bourgeois était pour eux un ennemi comme le gentilhomme. Aussi, bon nombre de nobles et de bourgeois avaient jugé prudent de s'enfuir. Beaucoup avaient émigré. On les avait vus partir pour l'Espagne, précédés de malles nombreuses, expédiées par le canal de Languedoc, Des dépôts d'argent avaient été envoyés à Barcelone, à Pampelune. Le voisinage des Pyrénées avait facilité leur fuite. Et très souvent, les municipalités de Toulouse avaient fermé les yeux sur ces émigrations (2). Puis, beaucoup étaient rentrés, et ils avaient dû s’accomoder de la Révolution.
Le peuple des villes et les paysans des campagnes attendaient des temps meilleurs. Ils étaient pauvres, ils manquaient du nécessaire, souvent même ils avaient faim. Les uns espéraient le triomphe de la République ; les autres, les paysans, le retour à l’ancien régime. Les événements publics les avaient trou-
(1) Mme de Villèle fut insultée dans la rue de la Pomme par des patriotes parce qu'elle portait une robe rayée de vert, couleur suspecte à Toulouse. {Archives communales 2 I n° 7).
(2) Rôle joué dans l’émigration par les passages pyrénéens (surtout vallée d’Aran, au voisinage des eaux de Bagnères-de-Luchon, fort commode); (série V des archives de la Haute-Garonne).
us
ne
CEUX ln het
blés. Cependant, après Valmy, l'établissement de la République avait été bien accueilli, en particulier à Toulouse, et la mort du Roi ne produisit pas, dans le département, l'agitation qui amena les soulèvements de Lyon, de Toulon, de la Vendée et de la Bretagne. C’est que les partis de la Révolution avaient gagné du terrain depuis l'établissement de la Convention (1). La liste des candidats aux élections de septembre 1792 avait été soigneusement vérifiée. Les députés de la Haute-Garonne à la Convention étaient en majorité favorables aux partis de la République, mais ils étaient en général modérés. Opposés à la monarchie, ennemis du monarque que la fuite à Varennes avait perdu dans l'esprit public, ils redoutaient tout coup d'Etat et tout essai de dictature. Ils étaient pour le département au nombre de douze (2) :
Jean-Baptiste Mailhe. — Homme de loi à Toulouse. I vota la mort du Roi avec la restriction suivante :
« S'il ne serait pas utile de retarder l'exécution ».
Delmas. — Officier de milice à Toulouse, aidemajor de la garde nationale. Il vota la mort du roi. Projean. — Homme de loi et commandant de la
garde nationale de Carbonne. Vota pour la mort du Roi.
Pérès (de la Gesse). — Avocat au Parlement de Toulouse ; maire de Boulogne. Il vota pour le bannissement.
Julien. — Législateur et avocat, ministre protestant à Toulouse : membre du Directoire départemental. Il vota pour la mort du Roi.
(1) Le club littéraire et patriotique avait demandé la mort de Louis XVI, sans appel au peuple. Le 4 février 1793; il vote une adresse à la Convention nationale en « approbation du jugement du dernier de nos tyrans ». (Archives départementales, L. 745).
(2} La liste des candidats aux élections de septembre 1792 avait été établie, en comité particulier, par Maïilhe, Delmas, Projean et le Procureur-syndic Rouzet.