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PREFACE XIX

C'est à cela, cependant, que vise T Allemagne.

Car, que les autres nations latines ne s'y trompent point, ce qu'elle hait dans la France ce n'est pas la France même, c'est le génie des races latines. Je ne réclame pour la France aucune primatie sur les autres peuples latins; mais la position comparée ^e ces différents peuples explique pourquoi la haine germanique s'est acharnée surtout contre la France. L'Espagne, trop loin d'elle d'ailleurs, dévorée par ses guerres civiles, n'avait ni force ni influence à l'extérieur ; l'Italie pleine de grands hommes et de grandes pensées, mais morcellée en je ne sais combien de principautés et si emmaladie par l'occupation autrichienne et par la papauté — « une blessure toujours saignante et un chancre toujours suppurant », — n'avait rien qui pût teuter la haine ou la jalousie de ce peuple, qui ne pardonne pas aux autres le souvenir de ses propres férocités.

La France, par le fait, apparaissait donc, dans le présent, comme la tête de la race latine. Cette tête, il fallait l'abattre, d'autant qu'elleavait contenu, — pendant quelque temps, la Révolution, — toute la pensée du monde. Ils ne l'ont pas abattue, mais blessée seulement. Et voyez, cependant, la vitalité de cette race latine dont on annonce si pompeusement la fin : au moment où la France tombe, l'Italie achève de se relever. En quelle misère que

les guerres civiles et les pirateries bourbonniennes

aient approfondi l'Espagne, peut-on méconnaître que racharnement de ses révolutions atteste une énergie dont beaucoup de peuples ne seraient pas susceptibles, qui affectent tant de mépriser la patrie d'Emilio Castelar?

Néanmoins, la France vaincue enivre TAUemagne, Tafifole d'orgueil et de fatuité. N'annoncet-elle pas par ses journalistes, ses historiens, ses poètes, ses publicistes — et pan ses musiciens même, paraît-il — la prochaine autocratie du génie germanique sur l'esprit vassalisé de tous les peuples? Il me souvient d'avoir lu, extrait de je ne sais quelle feuille prussienne, un conseil emphatique, donné à l'Italie, de retremper son génie épuisé dans la vigueur des idées germaniques. Les peuples latins, que les Allemands daigneront ne pas supprimer radicalement par la force, ne pourront se sauver que par une patiente soumission à la souveraine intelligence germanique.

* Nous irons à l'école de ces déclamateurs et de ces sophistes obscurcir et énerver l*esprit alerte, lucide et héroïque, que nous légua en héritage une longue série de générations laborieuses. L'Italie oubliera ses traditions sociales' et républicaines, elle oubliera ses artistes, ses poètes et ses penseurs, pour suivre avec reconnaissance et humilité les nouveaux maîtres que notre défaite lui impose.

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Elle deviendra l'élève tremblante de la race qui n'a cessé de l'ensanglanter et de broyer les ruines de ses cités libres sous le piétinement de ses lourdes armées, et qui hier encore assassinait daijs la Lombardo-Vénétie les patriotes qui rêvaient Faffranchissement de l'Italie, et qui sont venus consoler leurs exils dans l'hospitalité fraternelle de la France.

Oui ! c'est ce peuple prodigieux qui vient de se retrouver, vivant, sous l'amoncellement de tant de décombres ; qui a brisé de la tête et des genoux la tombe où l'étouffait la pesante Allemagne, c'est l'Italie que les Allemands menacent arrogamment de l'invasion de la pensée germanique! Vivante et robuste, l'Italie perdrait cette belle clarté de l'esprit qui ne lui a môme pas manqué dans ses pires misères, et qui a poétisé de tant de lueurs, à jamais vivantes dans les yeux des hommes, le sombre chaos de sa décadence! C'est parce que l'Italie a su conserver son génie, pur de tout génie étranger, qu'à l'heure de la délivrance possible, elle s'est retrouvée toute entière et a ressuscité un nouveau peuple italien sur la vieille terre italienne affranchie ! Ce que n'a pu la ruine ni la servitude, la liberté ne le fera pas : elle ne germanisera pas l'Italie : elle s'est conservée durant une longue défaite ; elle ne se perdra pas en plein milieu de sa renaissance. •

XXII LE FÉDÉRALISAE

Et ce que je dis de l'Italie, je le dis des autres peuples latins : heureux ou malheureux, ils ne céderont rien à Tarrogance allemande, du caractère et du génie de notre race. L'orgueil et les menaces de l'Allemagne ne feront que hâter, chez tous les membres de notre famille, la conscience de notre parenté et l'intelligence de notre situation, en tant que peuples comme en tant que race. La nécessité ne nous apparaîtra que plus immédiate de réaliser, en prévision de nouvelles invasions toujours imminentes, l'idée sauveuse de la confédération latine. L'Italie, l'Espagne, le Portugal, la France sentiront que, sans rien abandonner de leurs nationalités propres et de leur personnalité, l'urgence s'impose à chacun et à tous de se presser en une association invincible^ qui conjure la possibilité des ambitions conquérantes, pour s'harmoniser un jour enfin, plus tard, avec l'union fraternelle des autres races fixées et apaisées.

Ainsi, éloignés également de l'optimisme et du pessimisme, n'ayons plus en nous-mêmes l'aveugle confiance d'autrefois, mais surtout ne désespérons pas. Nous avons avec nous non-seulement l'intérêt de la civilisation qui est latine, nous avons la logique et, si l'on pouvait le dire, toutes les sympathies de l'Histoire. Si l'Allemagne ne se désiste point de sa haine insensée qui est le trouble du inonde et le scandale du xix° siècle, son dessein

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