‹ Le fédéralismeChapitre 9 sur 160 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

peuples de chaque race tendent tous à se rejoindre et à fraterniser sur les débris des vieilles nationalités rompues ; possible qu'en ce premier moment de ferveur et d'embrassade, leur union prenne je ne sais quelle apparence équivoque d'unité. Mais ce ne sera là qu'une courte transition : les peuples, après s'être constitués comme race, teridront à distinguer dans la race môme leur libre individualité ; et ce sera l'époque du fédéralisme. L'Allemagne, par exemple, ne résidera pas longtemps dans cette folie de centralisation dont l'ont enfiévrée l'esprit militaire de la Prusse et la crainte des autres races qu'elle voit, avec jalousie, se grouper à côté d'elle/ L'œuvre de Bismark ne saurait être durable ; comme tous les esprits possédés d'une passion jusqu'à la manie, cet homme, si roué qu'on le suppose dans les jeux malhonnêtes de la diplomatie, n'aura pas raison de quelque chose qui est plus fort et plus habile que lui, je veux dire l'esprit de la Révolution. Croire un Richelieu possible en plein XIX® siècle, quelle illusion ! Bismark pourra, sans doute, troubler et épouvanter l'Europe, la précipiter dans des aventures folles et barbares, n'importe ! La postérité ne s'y laissera pas prendre : il ne sera pas un grand homme pour l'Allemagne elle-même revenue au bon sens, et l'histoire ne le considérera que comme une curiosité archéologique, un phénomène quelque peu monstrueux du

XVIII L^ FÉDÉTALISME

XIX® siècle, une maladie de la race germanique.

L'Allemagne ne sera pas unifiée : les peuples germaniques se confédèreront sans doute; et quelque peu de sympathie que cette race vaniteuse et implacable puisse nous inspirer aujourd'hui, disons-lui que la liberté, établie chez elle, ne causera point de haine ni de jalousie à la liberté latine. Le pangermanisme est un désir légitime qu'on ne saurait contester à l'Allemagne, pourvu qu'elle ne vienne point embrouiller de son immixtion haineuse l'union fédérative de notre race, union déjà réalisée dans les esprits élevés et vraiment patriotes des peuples latins, — l'Espagne, l'Italie, la France, la Roumanie, — et qu'une circonstance, qui peut être prochaine, pourrait facile ment transformer en un fait.

Il ne faut donc pas que le socialisme pratique perde de vue cette grande idée, cette grande espérance qui n'est point seulement le salut de la race que nous sommes, mais le salut de la Liberté' et de TEgalité! Que deviendrait le monde, si le génie germanique l'emportait, sans être balancé par l'admirable contre-poids de l'esprit latin ; si cet esprit, brisé d'avec lui-même, isolé et, par conséquent, affaibli dans l'ensemble harmonique de ses manifestations par la division de ses peuples, perdait, en même temps que sa tradition, la conscience de son œuvre et de sa personnalité ethnique?

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