LIVRE QUATRIÈME
« donnés aux hommes, l'empire romain et la doctrine « chrétienne I »
Enfin, Constantin-témoigne pour lui-même : « Dieu « m'est témoin, écrivait-il à Arius, que deux vues « m'ont particulièrement dirigé dans mon adminis- « tration : Vune de réunir tous les hommes dans une (c commune croyance en Dieu, l'autre de prévenir les « maux qui désolent la terre. Ces deux buts étaient « sans cesse présents à mon esprit : je poursuivais « le premier par l'œil de la méditation et de la pente sée, tandis que je travaillais à atteindre l'autre « par la valeur dans les combats; il me semblait a que, si je parvenais à établir la concorde entre « tous les adorateurs de Dieu, il en résulterait le « plus heureux changement dans les affaires de « l'empire. »
Maintenant, pour aller d'un bout du système à l'autre, écoutez sur la môme question l'avis d'un autre despote, en qui s'est incarné le plus solennellement, chez nous, cette idée fatale, contre laquelle il faut enfin susciter toutes les colères et toutes les indignations de la liberté. Voici ce que Louis XIV écrivait le 10 janvier 1681, au roi du Ton-Kin : « La « chose du monde que nous souhaiterions le plus et « pour vous et pour vos Etats, ce serait d'obtenir, « pour vos sujets qui ont embrassé la loi du seul « vrai Dieu du ciel et de la terre, la liberté de la pro- « fesser ; cette loi étant la plus haute, la plus noble, « la plus sainte, et surtout ]r plus pf^opi^e à faire régner « les 7'Oîs absolument sur les peuples, »
Et la bourgeoisie contemporaine no nous a-t-elle pas accoutumés à cet axiome que « la religion est yn frein pour le peuple » ? ConsjdèrQ-t-elle le catholicisme, qu'elle a si effrontément restauré, autrement que comme « une grande école de respect, » qui restitue la force d'une sanction divine au principe épuisé de* Tautorité I , . .
Vous voye? que de Constantin à Louis XIV et jusqu'à nous-mêmes, l'idée ne se dément point. Et, aujourd'hui, le catholicisme n'est-il pas aussi pour la bourgeoisie un instrument de règle? La bourgeoisie, par ses philosophes, ses politiciens, ses historiens, ne déclare-*t-elle pas la nécessité politique du catholicisme? N'a-t-on pas vu des protestants entraînés par la^ réactionbourgeoise jusqu'à oublier le devoir de leur foi, pouraider le catholicisme à la dépravation et à l'oppression des consciences ?
Et, en effet, la bourgeoisie est congénère du catholicisme : l'action de la même idée a été le principe de sa formation, et, par conséquent, la loi de sa destinée. Le tumulte prodigieux oîi les éléments d'un monde en fusion cherchaient le figure de Tunité, révèle les désirs, les appétences, les passions qui se sont développés dans la bourgeoisie et qui se définissant par sa propre histoire, se sont concentrés enfin dans ce corps d'idées qui est devenu le péri! du monde moderne.
D'où sortit la bourgeoisie? de quels éléments futelle composée?