LIVRE QUATRIÈME
Il faudrait, pour cette analyse, plus d'habileté . et aussi de science que je ne puis vous en donner et que n'eu saurait supporter notre entretien. Permettez-moi donc de m'en tenir à quelques considérations générales auxquelles je tiens particulièrement.
La noblesse gauloise se romanisa vite, mais non point par la généreuse curiosité d'une civilisation supérieure. Dans l'incertitude où se trouve encore la science pour bien définir et caractériser suffisamment les différentes races celtique, gauloise, ibérienne, dont fut peuplée la terre des Gaules, je n'oserai rien avancer que bien timidement. Il me semble cependant que la situation de la noblesse gauloise, ses prétentions et son génie si difi'érent du génie de la masse révèlent une classe de conquérants blonds qui, à un moment inconnu de l'histoire, se serait superposée aune population brune antérieure, commele firent plus tard les Romains et surtout les Francs. Mais c'est là une discussion historique qui ne saurait entamer mon opinion, quelque solution que doive y donner la science... Je ne cherche donc pas à savoir ce qu'était cette noblesse, d'où elle venait, si elle était ounoû le résultat d'une invasion... Je la prends telle que les Romains l'ont connue et nous l'ont décrite. Or, ils nous montrent dans cette caste le vrai fléau des Gaulois : elle les divisa et les livra â la conquête étrangère; elle était trop immorale ou trop égoïste pour concevoir le haut dessein cle façonner sa patrie à une plus grande civilisation. Elle ne se fit romaine que par intérêt, d'autant qu'au moment où César
entra en Gaule, une immense révolution démocratique menaçait de changer la face du pays et de substituer à l'ancienne anarchie une fédération plus précise. C*est pour échapper à ce péril que cette caste tenta de se rendre agréable au vainqueur, espérant conserver par lui, sur ses concitoyens, ses privilèges, ses avantages, la supériorité de ses richesses et Tautorité de Tinfluence dont elle avait use pour ensanglanter et trahir la patrie. Je suppose que cette classe fournit le plus grand nombre de curiates, et dès lors apparaissent, dans toute leur violence féroce, cette avarice, cet égoïsme et cette cupidité qui sont le fonds moral de cette classe, et que 'le déroulement de son histoire a révélés dans toute leur abominable énergie. Toutes les révolutions de la bourgeoisie, les plus nobles en apparence, sont latentes dans ce principe d'intérêt personnel qui est toute sa philosophie, toute sa politique et toute son éthique.
D'ailleurs, cette naturalisation romaine lui coûta cher sous l'Empire. Comme toutes les grandes propriétés étaient dans les mains de ces romanisés ou de riches Romains gallicisés, c'est parmi eux que le fisc impérial choisit ses répondants et les otages de la misère publique insolvable. Dans sa fonction de eurtale, la bourgeoisie acheva de se rendre impitoyable aux angoisses des pauvres gens qu'elle dut pressurer durement jusqu'à l'épuisement et la mort, pour ne pas être ruinée elle-même ; les iniques habitudes qu'elle y contracta invétérèrent en elle ce farouche