‹ Le fédéralismeChapitre 104 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME i8S · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME i8S

Cependant les conséquences du mouvement provoqué par les légistes valent que Ton s'arrête à quelques considérations.

Le génie de la bourgeoisie achève de se révéler dans les légistes ; avec ceux-ci apparaissent le formalisme étroit, le pharisaïsme juridique, la légalité, comme on dit aujourd'hui. C'est précisément à l'époque de la révolution communale que la découverte de la loi romaine vient préciser à la conscience de la bourgeoisie ses traditions césariennes. Elle charge ses légistes d'y retrouver tous les pouvoirs des empereurs et d'en armer progressivement le roi du Parisis contre les seigneurs qui lui disputent, à lui, la suprématie, et lui contestent, à elle, sa liberté. Ils se mettent à l'œuvre assidûment; ils dédaignent de chercher le droit dans la raison, dans la conscience : ce sera là l'affaire de la démocratie; ils le trouvent, eux, tout entier dans la loi écrite. La jurisprudence romaine devient une écriture sacrée, un texte infaillible dont ils se réservent l'interprétation; il n'est point question de justice; ils ne connaissent que la légalité; c'est Tomission ou l'observance stricte et minutieuse des formalités prescrites qui décident ce qu'il y a de juste ou d'injuste. L'irrésistible volonté du souverain, du roi, du César, n'a d'autre sanction que l'enregistrement : c'est là la légalité, c'est la loi. Les légistes, logiquement, s'appliquèrent à détruire la liberté qui eût pu résulter de la révolution communale. Augustin Thierry lui-même, dans quelques pages où se révèle, par génie, l'esprit nouveau

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d'une histoire qui eût été très-supérieure à celle qu'il a traitée, A. Thierry, alors quasi fédéraliste, remarque que « les villes qui avaient payé, de leur sang et de leur vie, le droit d'être exceptées de l'ancienne sujétion, furent revendiquées par la nouvelle. à ce titre qu'étant logique, . c'est-à-dire universelle dans le temps et dans l'espace, elle n'admettait ni prescriptions, ni réserves. » Il ajoute (car je vous demande la permission de cette longue citation qui vaut d'être écoutée) :

« Les légistes du tiers-état, avocats, juges, conseillers, furent contraints, sous peine de mentir à leurs propres maximes, de poursuivre et de condamner juridiquement la liberté des cités et des communes^ patrie de leurs pères, boulevard de leur nation, contre toutes les tyrannies. Ce fut l'un des plus beaux caractères, le chancelier de l'Hôpital, qui signe rordonnance rendue à Moulins en 1570, par laquelle furent confisquées, au profit du roi, la justice civile, l'administration élective, toutes les libertés des cent villes de France. » La conclusion, la voici, et aussi précise, aussi rigoureuse que nous pouvons la demander :

« Les gens de loi, dans l'intervalle du xiv* au xvïi« siècle, anéantirent par des arrêts tout ce qu'il y avait, dans notre pays, d'indépendance individuelle. » El enfin : « L'idée de la justice, dans l'esprit des légistes, se réduisait à la conception de la pure justice commerciale ^ w

J . Dix ans d'études historiques, p. 248.

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