‹ Le fédéralismeChapitre 106 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Les cultes doivent être égaux, sans doute ; c'est là une conquête certaine, et il est bien entendu que Von ne saurait revenir sur le principe de la liberté de conscience ; mais la pratique est délicate et exige bien des adoucissements à la rigueur du principe ; ce n'est pas attenter à la liberté des Eglises que de marquer un peu plus de respect, un peu plus de sollicitude à TEglise catholique ; c'est une bonne action, c'est d'une pitié généreuse de consoler, par des prévenances et des soins de toutes sortes, cette religion tombée de son ancienne domination jusqu'à être l'égale des cultes qu'elle poursuivait; puis, c'est une considération qui mérite aussi qu'on s'y arrête ; cette religion est restée celle de la majorité des Français; ce titre lui constitue, aux yeux des législateurs, une incontestable suprématie morale...

Voilà quelques-unes des belles raisons par lesquelles les naïfs et les roués ont organisé autour de l'esprit de la loi, cette légalité hypocrite et pharisaïque.

Et si vous les pressez, ils vous répondront malignement : « Boni vous êtes philosophe et vous vous préoccupez de ces choses-là? Puisque la foule veut des prêtres, il faut lui en laisser; l'homme d'Etat ne doit viser qu'à ceci : que la religion ne dégénère pas en fanatisme et ne serve point de prétexte à troubler l'ordre public.

« C'est pour cela qu'il vaut mieux apprivoiser le prêtre par des condescendances et des concessions que de l'irriter par une stricte égalité qu'il accuserait de persécution... »

On dissimule ainsi habilement sous la pitié d'un sophisme transcendental, indulgent aux folies humaines, rarrière-pensée de se réserver dans le catholicisme un allié contre les exigences croissantes de la liberté. Les peuples qui se laissent duper par de pareils mots s'étonnent de se trouver un jour enlacés et emprisonnés dans une atroce légalité, qui ne leur permet plus le moindre geste ni le moindre mouvement, et que Ton affuble encore impudemment, pour les railler, du nom de Liberté.

Et voilà à quel régime déloyal, digne des Jésuites qui les patronnent, ont abouti Tesprit de la bourgeoisie, le grand travail des légistes 1 Je trouve dans Montesquieu la morale que j'aurais à ajouter à cette histoire : « Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle qu'on exerce à Tombre des lois ou avec les couleurs de la justice, lorsqu'on va, pour ainsi dire, noyer les malheureux sur la planche même sur laquelle ils s'étaient sauvés i. »

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