‹ Le fédéralismeChapitre 108 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de l'Evangile dans la lettre comme dans l'esprit, se prétend, aujourdhui, conservatrice de l'idée chrétienne contre les révolutions qui en sont, elles, la réalisation positive.

« Mon Dieu! Jô sais qu'aux yeux de beaucoup, cela paraît une vieillerie fort usée d'admirer la Révolution comme continuatrice de l'idée chrétienne ; et je n'ai garde, croyez-moi, bien que je vous sois suspect, d'entrer dans les systèmes mystiques qui avaient cours en 1848.

Cependant, je ne puis, en considération du discrédit de la pensée chrétienne, dépopularisée irrémédiablement par le clergé catholique, méconnaître ou oublierla valeur historique et sociale de la prédication évangélique. Donc, je ne veux point savoir qui a prêché l'Evangile, ou qui en a rédigé les diverses leçons que nous en possédons. J'écarte, et non sans mépris, les commentaires théologiques dont il a été obscurci ; et je ne le considère que comme une date de ridée humaine, et l'avènement constaté d'un nouvel esprit qui se répandit dans l'immense étendue de TEmpire romain, de Jules César à Néron.

c( J'espère qu'à prendra ainsi l'Evangile, je ne puis trouver de contradicteurs parmi ceux de nos amis qui y sont le plus hostiles, et qui l'envisagent avec une passion, hélas ! trop justifiée par les menaces du sacerdoce romain.

« Voilà qui est donc bien entendu : l'Evangile n'est qu'un livre et le Christ n'est que le personnage principal de ce livre, au même titre que Socrate est

le héros des dialogues platoniciens. Mais, de même qu'on n'a point le droit de se dire héritier de la pensée d'un philosophe, quand on ne la continue pas, je prétends que nos soi-disant chrétiens, qui se posent en défenseurs de l'Evangile, n'ont rien de commun avec Jésus, et que loin de comprendre sa pensée, ils la persécutent ou la travestissent. Jésus ressuscité n'aurait de verges que pour eux; et il les traiterait comme il ât les marchands du temple.

« Si la Réaction veut supprimer les revendications sociales du peuple, elle doit, sous peine d*être illogique, supprimer l'Evangile. Car, en admettant que ce livre, seul, subsistât entre les mains populaires de tous les livres dépositaires de la pensée humaine, il suffirait, seul, à autoriser le mécontentement des pauvres et des persécutés contre les iniquités de la richesse et de l'autorité ; il suffirait, seul, à réveiller dans tous les malheureux du monde cette conscience de leur fraternité, laquelle ne saurait rester oisive ni sans vertu dans ces cœurs adolentis par tant de souffrances 1...

« Réacteurs de toutes nuances, — et je ne comprends pas seulement dans cette cohue les réactionnaires monarchiques ou impérialistes, mais les partisans ambitieux et intrigants des républiques unitaires ou oligarchiques ; — réacteurs de toutes nuances, empêchez le peuple de savoir lire : là est votre salu: et non dans cette belle liberté despotique et coërcitive que vous nous promettez, qui, proscriptrice des livres, persécutrice des penseurs, déshonorerait la

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