‹ Le fédéralismeChapitre 109 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

République elle-même, en la présentant au peuple, horriblement ressemblante à toutes les Méduses monarchiques et cléricales. Ah I il faut vous connaître enfin et vous apprécier, comme il est juste, républicains centralistes et autocrates, astucieux apôtres du droit et de la raison d'Etat, opportunistes, je ne dirai pas de toute race, mais de toute racaille, déclamateurs sournois qui, sous Thypocrite couvert du salut publie, proclamez comme un dogme indiscutable, la fatalité de la misère et de l'inégalité, bases lamentables de Tatroce tyrannie que vous préméditez !...

« ^— A la bonne heure ! voilà qui est bien, » cria Carascause. a Démasquons, traînons devant le peuple , par la main fermement, tout troublés du flagrant délit de leurs desseins liberticides, ces malheureux qui font du jésuitisme avec la Révolution et la Ré^ publique!...

« — Hélas! oui, » interrompit à son tour Aubrespy ; ils ont su obscurcir ces mots lumineux, peut-être les seuls en notre langue qui eussent conservé la clarté superbe de Tesprit français. Révolution et république sont devenues, par le travail sophistique de leur intrigue, des mots qui n'ont plus de sens précis et ont perdu sur les âmes l'autorité de la simplicité et de Tévidence, Ils nous ont fait étalage d'une révolution réactionnaire et d'une république monarchique, qui, au moment où la France avait un si grand besoin de retrouver sa conscience lucide ^ lui ont embrouillé l'intelligence d'une multitude de demi-idées indécises et contradictoires. Mais assez

parlé de ces hommes funestes pour lesquels Tavenir sera peu pitoyable, espérons-le, — vagues larves de césars impossibles, qui ne trouveront plus, pour se former et épouvanter encore l'humanité, la fantastique complicité des ténèbres mystiques et hallucinées.

« — Je dis donc aux réacteurs de toutes les écoles, et de tous les procédés, reprit patiemment Doulourargues, à tous les ambitieux intéressés à Tignorance et à la timidité du peuple, qui sont leurs seules forces : — Oui I pour faire une œuvre efficace, vous êtes condamnés a l'absurde et à l'impraticable : réfléchissez! Il faut bannir la curiosité perverse de lire : il faut interdire la lecture comme un crime : car de penser que, si le peuple sait une fois lire, vous lui ferez lire ce que vous voudrez et rien que ce que vous voudrez — c'est une illusion folle. Tout homme qui lit est votre ennemi possible, latent, imminent et qui éclatera, sinon en lui-même, au moins en sa postérité !

« Supposez que tous les livres, vous ayez réussi aies supprimer; il en est un que vous ne pouvez effacer, ô chrétiens, quelque bonne envie que vous en ayez : c'est l'Evangile ! — Il vous est gênant, je l'accorde, et j'avoue que vous avez inventé , pour le déprécier et le ruiner, les traditions de votre Eglise, qui en sont la négation même... Mais quoi! il est votre prétexte et votre sauvegarde ; et, à votre dam, vous êtes forcés d'invoquer toujours ce juge qui toujours vous dément et vous condamne.

« Eh ! bien ! que ce livre restât contre vous, qu'il

Page 1