‹ Le fédéralismeChapitre 110 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

restât seul ! — Il suffirait, je le répète, à réveiller dans Je peuple l'instinct confus de cette démocratie que vous vous flattez d'anéantir!

Car, par cette lecture, toutes les inquiétudes sociales et toutes les aspirations égalitaires et fraternitaires, agiteraient de nouveau cette immense masse obscure dont la mission providentielle est de supporter patiemment la société que vous lui avez bâtie dessus : — belle société, toute dorée et pavoisée dans les hauteurs, mais dont les fondations profondes — comme ces caves malsaines, où passent les puanteurs de l'égoût et les émanations des sentines, — suintent, dans une obscurité morbide, Todeur fétide des haillons et la sueur des fièvres transies ! Or, il faut que ces fondations douloureuses rendent gloire à l'orgueil du faite qui s'élève splendide en plein air et en pleine lumière. L'ordre le veut ainsi !

Mais Jésus, mauvais conseiller, se souciait peu de l'ordre et beaucoup de la charité : c'est ce que vous ignorez, prétendus chrétiens qui vivez avec les prêtres et non avec l'Evangile. Sachez ce que « votre Maître » a dit de vous, orgueilleux qui abusez de votre richesse et de votre puissance. — « Un câble entrera plutôt dans le chas d'une aiguille que non pas un riche dans le royaume des cieuxl » — Ecoutez le fondateur de la loi dont vous vous réclamez ; écoutez votre Christ : — « Qu'il est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le rovaumc des ciouxî (Saint Marc, 23, 25). — « Vous

ne pouvez servir ensemble Dieu et l'argent (Saint Luc, XVI, 13.) »

Et lisez dans saint Luc la parabole de Lazare et du mauvais riche, qui, jeté dans les flammes de l'enfer, supplie le Père Abraham qui est au ciel-, avec le pauvre Lazare : — « Mon fils, lui répond Abraham, souvenez-vous que vous avez reçu vos biens dans votre vie et que Lazare n'y a eu que des maux : c'est pourquoi il est maintenant dans la consolation et vous dans les tourments !» — « Vous êtes bien heureux, vous qui êtes pauvres, le royaume de Dieu est à vous! Mais malheur à vous, riches, parce que vous avez eu votre consolation en ce monde ! » (Saint Luc, VI, 20).

Ainsi disait cet ami des pauvres, pauvre luimême, qui errait au bord des lacs ou le long des chemins, sans domicile reconnu et cherchant une pierre « pour reposer sa tête ». Et souvent le soir, les honnêtes gens de l'époque, les pharisiens, voyaient avec scandale un jeune homme, dont le crépuscule rougissait la chevelure et la barbe, s'asseoir dans une barque ; et là, devant le peuple accroupi sur la plage, mêler au murmure des flots des menaces subversives et séditieuses. Puis il s'enfonçait dans le désert, suivi sinistrement d'une cohue déplorable où tous, pêle-mêle, boiteux, prostituées, publicains, lépreux, possédés, adultères, samaritains se pressaient, se traînaient, se portant les uns les autres, et, du milieu de la poussière infecte, que soulevaient leurs haillons, criant : Maître! Seigneur! Rabbin !

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