LIVRE QUATRIÈME
Et quelle tendresse il avait pour tous ces misérables : it Ne craignez rien, petit troupeau, car il a plu à votre père de vous donner son royaume. »
Ce qu'était le christianisme vis-à-vis des pharisiens, des juifs, nous le sommes, nous, vis-à-vis du christianisme. Nous venons l'accomplir comme de son aveu, il est venu accomplir la loi de Moïse : le christianisme a été dans le principe une révolution sociale dont l'esprit, s'insinuant dans toutes les âmes sous l'apparence de sectes innombrables, est arrivée, enfin, à l'époque de sa réalisation, non plus dans un parti ou dans une Eglise, mais dans la société universelle.
Il y a dans cette tendance une énergie qui défie la violence de toutes les réactions.
L'Idée — pardonnez-moi cette personnification — par ce fait qu'elle est, participe aux qualités et aux passions de la vie : elle est vertueuse et rusée aussi. Une lutte de huit cents ans n'a pu la laisser aussi inexpérimentée ni aussi ingénue qu'elle était aux premiers temps de son apparition, quand elle se colorait, sur les lèvres de Jésus, de toute la splendeur orientale, mêlée aux candeurs d'une âme douloureuse « qui se sentait triste jusqu'à la morti »
Nous sommes donc en droit de sommer ces réacteurs, qui se disent chrétiens, — de se réjouir avec nous de ces temps prochains qui vont accomplir la parole de leur Dieu !
L'idée chrétienne se pose aujourd'hui devant nous dans la signification précise de son origine : non
plus seulement à l'état de sentiment ou de sensation, telle qu'elle fut éprouvée par Tâme de l'Evangélisant et de ses contemporains, mais élucidée, déterminée par deux mille ans d'expérience historique et de spéculations intellectuelles, ayant atteint cet âge suprême de la réalisation qui est à la fois la glorification et la fin des Idées.
L'unité catholique, désagrégée, va délivrer le monde de l'oppression de l'unité politique dont elle était congénère ; et les individus, affranchis, en s'associant formeront des fédérations de communes, de provinces, de nations — dans lesquelles sera réalisée enfin l'idée d'égalité et de fraternité, rêvée par les premiers chrétiens sous la forme mystique de royaume de Dieu.
« Alors le catholicisme sera épuisé et, avec lui, la tradition césarienne, qui a été jusqu'aujourd'hui la fatalité de notre race et surtout celle de la France : et cette évolution nouvelle dans laquelle nous entrons absorbera progressivement la bourgeoisie déclinante dans l'ascension souveraine des races populaires. Ces races apportent avec elles la véritable idée nationale et ethnique dans laquelle se conciliera tout ce qu'il y a de peuples latins dans l'univers. Le Panlatinisme ne constituera pas seulement la'fédération de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de la Suisse, de la Belgique et de la Roumanie : il constituera au sud de l'Amérique une grande République confédérée, sœur de la grande République occidentale-européenne ! »