‹ Le fédéralismeChapitre 116 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

masse nationale y laliliation gallo- romaine par le sang, par les lois, la langue, les idées... »

Notons, en passant, une contradiction ; au commencement, la tradition romaine est attribuée spécialement aux classes bourgeoises; et voici qu'elle est présentée ici comme la tradition de la masse nationale! La première phrase semble exclure le peuple des préoccupations de Thistorien; si l'histoire est la réhabilitation de l'élément romain qui appartient en propre à une seule classe, il va de soi qu'elle regarde comme rien le reste de la nation, le peuple, qui lui apparaît sans traditions et, par conséquent, sans idée personnelle. La dernière phrase, au contraire, efface toutes distinctions de classe danst une masse à laquelle est attribuée une tradition unique et identique : quelle est la pensée de l'historien?...

Il y a plusieurs choses encore à remarquer dans cette page d'A. Thierry : c'est qu'il y donne sa théorie césarienne comme la conclusion logique de la révolution qui, d'ailleurs, semble lui apparaître comme accomplie socialement, parce qu'elle a distribué à la bourgeoisie une partie des privilèges et des propriétés du clergé et de la noblesse. Le peuple n'existe pas pour l'historien du tiers-état, qui sera nécessairement amené à cette immoralité de célébrer, dans Napoléon, la force de l'élément romain réhabilité par la révolution et par la bourgeoisie : à quatorze siècles de César, il salue, il adore en cet homme, une nouvelle incarnation de César, un recommencement de l'empire romain.

Et écoutez en quels termes ! non point seulement révoltants pour les consciences hautes et farouches', mais scandaleux pour les consciences pudiques et sensibles! Comment la bourgeoisie, qui a été à ce point enthousiaste de l'œuvre fatale de Napoléon ; qui a salué comme le conciliateur de tous les partis et de toutes les classes ce despote dont la main brutale a pétri en une même masse informe toutes les forces nationales; comment la bourgeoisie est-elle aujourd'hui assez impudente pour accuser a les illusions démocratiques » de cette légende napoléonienne qui est la honte et le désastre du xix* siècle? Chaque jour, n'entendez-vous pas les déclamateurs de la'bourgeoisie reprocher au peuple cette passion niveleuse qui lui fait préférer à la liberté, une égale servitude sous un maître? Avec quel art frauduleux ils tâchent à le rendre responsable des suites déplorables, oîi ont abouti les sottises, les erreurs et les crimes de leur propre classe ! C'est elle qui a admiré dans le sanglant César moderne « le nouveau siècle, » parce qu'elle put se pavaner dans ses salons, sous le costume empnmté de l'ancienne noblesse ; et, toute somptueuse d'une parodie grotesjque, s'infatuer de l'égale domesticité où les mêlait toutes deux le mépris du despote ; — et c'est le peuple qu'elle accuse d'une patience intéressée dans la servitude ! C'est elle qui, en haine de la Restauration, — qu'elle désira et appela lâchement pour acheter d'elle ses libertés parlementaires, intolérables à Napoléon, — c'est elle qui se mit fiévreusement, par ses philoso-

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