‹ Le fédéralismeChapitre 117 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME 2H · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME 2H

phes, ses historiens, ses poëtes, à hausser Napoléon au-dessus de rhumanité, dans toutes les somptuosités légendaires d'une appthéosé césarienne; — et c'est le peuplé qu'elle accuse de se faire, de la force brutale, une indestructible divinité qui renaît, incessamment, sous la figure fatale de chacun de ces fléaux du monde! — Toute cette mauvaise foi, naïve ou raffinée, ou plutôt raffinée et naïve tout ensemble, apparaît dans cette page d'Augustin Thierry. Vous y verrez que les affirmations les plus monstrueuses ne coûtent pas à l'historien ; il les débite avec une attitude assurée, qui est vraiment merveilleuse. D'ailleurs, le programme réactionnaire que nous avons vu se développer dans notre siècle, y est contenu tout entier : l'alliance de la bourgeoisie et du catholicisme, et jusqu'à cette méfiance des principes qu'un des derniers représentants de l'école devait publier un jour avec un cynisme si curieux ; enfin, la résurrection de l'empire romain, magnifiée dans le despotisme de Napoléon : « Quand le xix* siè- « cle s'ouvritjla liste des émigrés contenait plus de « cent mille personnes; les violences physiques ou « morales, exercées contre les prêtres, rendaient hos- « tile au nouvel ordre des choses tout ce qui restait de « la foi religieuse. »

Est-ce bien ces prétendues violences qui rendaient hostile au nouvel ordre de choses la foi religieuse dont parle l'auteur? Ne serait-ce point la nature même de cette foi d'être incompatible avec la Révolution? Pourquoi l'historien feint-il d'ignorer qu'a-

vant que la Révolution triomphante violentât les prêtres, la Révolution naissante et progressive avait été, pendant des siècles, violentée sans pitié par les prêtres? Ceux-ci pressentaient donc en elle Tavènement d'une idée irréconciliable avec leur Eglise, et ainsi les violences qu'ils subirent à leur tour, léger souvenir de celles qu'elle souffrit d'eux, étaient dans la logique et dans le plan de l'histoire, pour parler comme l'historien? Aussi la révolution ne devait point s'inquiéter de l'hostilité étouffée de cette foi religieuse, qui eût achevé de s'éteindre pour notre bonheur et notre tranquillité, si elle n'eût été ravivée pour un temps, comme un tison fumant, par le souffie haletant de la réaction?

« Entre les adversaires de la révolution et ses « partisans de toute nuance, il y avait, comme barce rière, l'exil, la mort civile, une terreur mutuelle, « d'horribles représailles, des répugnances aveugles « et des rancunes impitoyables. Mettre fin à cette « scission, amortir l'hostilité des intérêts, rappro- « cher les opinions par la tolérance commune, réta- « blir l'accord entre le passé et le présent... »

Mais un pareil accord est-il possible? N'est-ce point la plus folle des utopies, la plus insensée des chimères, que de vouloir réconcilier une révolution avec ses ennemis par un compromis, fait.de concessions mutuelles, acceptées un instant par lassitude, mais, plus tard, rejetées avec une égale colère par l'un et l'autre partis? Et d'ailleurs, cette conciliation n'est entrée en réalité ni dans l'esprit de l'historien,

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