PRÉFACE XXV
invasion de superstitions grossières et morbides
qui rappellent les temps de la décadence païenne.
Ce n'est point seulement comme homme que je discute, selon mon droit, les conséquences du catholicisme; ce n'est point non plus seulement comme républicain fédéraliste, ennemi naturel de tout despotisme matériel et moral et de tout système unitaire, quel qu'il soit : je suis l'ennemi du cléricalisme et de tout ce qu'il traîne à sa suite de calamités de toutes sortes. Surtout comme patriote français. Il n'est pas nécessaire d'être doué d'une perspicacité bien affilée pour pénétrer, comme on dit, au cœur de la question. Quiconque voudra bien réfléchir une demi-minute comprendra les espèces de périls que crée à la destinée de notre pays la conspiration jésuitique contre la société moderne. Hélas! ce n'est pas la Prusse qui est la pire ennemie des races latines et de leur alliance fédérale : c'estle catholicisme. On peutdire, en retournant une parole célèbre de M. Thiers : « C'est le catholicisme qui nous divise le plus. »
Pourtant ne nous inquiétons pas outre mesure : le catholicisme ne sera pas sauvé parce qu'il aura par-ci par-là ses petits Julien qui le maintiendront par la force dans une position privilégiée. Et remarquez que je n'entends point comparer autrement à l'empereur Julien qui fut, malgré sa tentative de réaction païenne, un homme d'une
souveraine intelligence, nos pauvres réacteurs d'aujourd'hui vivant, au jour le jour, de roueries honteuses et d'expédients diffamés, à la Robert Macaire! On vit aujourd'hui plus vite qu'à l'époque des Césars. Le christianisme a mis plus de huit cents ans à s'imposer à la majorité des peuples européens : rassurez-vous ; la Révolution aura la vie plus prompte.
Certes, le catholicisme est encore une puissance — qui le nie? — puisqu'il est un danger. Mais qu'il ait été dépossédé, dans la personne du Pape, de sa puissance temporelle, c'est là un grand progrès qui marque un nouveau moment de son histoire.
Il est évident que cette demi-solution, qui paraît définitive à quelques-uns, n'est que le commencement d'une révolution qui va changer les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Ce n'est point à ce côté politique de la question que nous voulons toucher ici. Je ne me préoccupe pas non plus de l'avenir particulier du catholicisme, qui va d'ici à peu se dc- .membrer et se dissoudre en une infinité de sectes mystiques. C'est en vain que, par un suprême effort de réaction, l'Eglise tâchera de maintenir l'indissoluble communion des âmes : elles sont trop fatiguées du passé, trop anxieuses de l'avenir et trop tumultueuses de passions et de désirs nouveaux pour garder à l'Eglise immuable une fidélité sereine et tranquille.