PRÉFACE XXVII
D'ailleurs, le temps des Eglises souveraines est passé. Si la manie despotique de Tunité soulève encore, entre les nations, d'effroyables guerres insensées, la conscience individuelle est trop émancipée, rintelligënce trop impatiente de liberté pour consentir au despotisme de l'unité religieuse. La Religion, en tant que culte. Eglise, dogme, va se transformer complètement. Les hommes ne subiront plus l'illusion d'un même symbole. Toutes les Eglises se résoudro'nt en sectes, en écoles philosophiques , dont l'activité intellectuelle et morale ne s'immobilisera plus jamais dans l'immutabilité d'un dogme unique. La multiplicité des sectes est la garantie de la liberté religieuse, comme la fédération des communes, des cantons, des provinces, est la seule garantie solide de la liberté politique.
Donc, il ne nous appartient pas, à nous autres fédéralistes, de contester à aucune conscience, à aucune intelligence, l'idée et la forme des croyances qui lui agréeqt. Mais c'est le devoir de tout citoyen, préoccupé des destinées de la France, de souhaiter et d'activer, autant qu'il lui sera possible, le morcellement du catholicisme. C'est comme Eglise unitaire et cosmopolite, faisant un Etat dans l'Etat et gênante à la liberté des dissidents et des incrédules, autant par l'encombrement de ses innombrables pratiques intolérantes
que par ses prétentions à Tautorité ; c'est enfin , par son organisation matérielle, qui est une menace perpétuelle pour la société civile, que le catholicisme est incompatible avec la civilisation moderne. Réduit à une simple opinion individuelle, il jouit des mêmes droits dont jouissent toutes les autres opinions. Mais son système de gouvernement et de police, qu'il prétend ériger au-dessus de la police et du gouvernement, laïques, est contraire à toute idée de justice, de liberté et d'égalité. Les hommes politiques, qui le soutiennent et l'imposent, qui s'efforcent à paralyser à son profit la liberté de l'esprit public, assument devant l'histoire et devant leur pays une terrible responsabilité : l'opinion de la postérité, qui fait la gloire ou le déshonneur des hommes d'Etat, leur sera cruelle. Je lés félicite peu d'y être indifférents.
Quant aux unitaires centralistes qui, tout en déclamant contre le catholicisme, apportent à leur conception de la société l'idéal catholique, et dans la discussion l'intolérance dogmatique et farouche des défenseurs de cette Eglise, la décomposition du catholicisme en une infinité de sectes ne leur sourit guère. Ce leur serait, au fond, un grand crève^cœur secret de voir disparaître cette monarchie de l'Eglise qui a imposé si fortement au monde l'idée d'unité. Ils affectent donc de mépriser superbement, au nom de la philosophie, ces sectes