LIVRE QUATRIÈME
ciliation impossible de deux conceptions contraires, et l'intrigue pour principal moyen de gouvernement. Je crois encore, ^soit dit en passant, trouver le germe de ce système, déjà enveloppé confusément dans la pensée césarienne.
Aji V® siècle, en effet, Agricola étant préfet des Gaules, les empereurs Honorius et Théodose décrétèrent que, chaque année, dans la métropole, à Arles, se réunirait une assemblée de notables sous la présidence du préfet; une même assemblée devait être constituée à Constantinople.
Ce projet ne fut pas réalisé; mais ne contenait-il pas, déjà, ridée du régime représentatif, tel que l'aime la bourgeoisie, c'est-à-dire composé de censitaires, de notables, de propriétaires, etc.. et non ^oïni encanaillé comme il Test depuis le suffrage universel. Le peuple en doit être exclu : il n'est bon qu'à être gouverné; car un fait qu'il ne faut pas oublier, c'est que les serfs des communes n'étaient ni mieux traités ni plus libres ni plus heureux que les serfs des seigneurs féodaux. « Nos bourgeois, dit Monteil, ont, sur leurs familles, l'autorité que leur donne la nature et les lois, et, de plus, une autorité locale.... Cette autorité locale s'étend presque sur leurs serviteurs et, à certains égards, même sur le petit peuple, qu'ils peuvent châtier de leurs mains en cas de paroles inciviles, de querelles, de rixes, ou de quelque autre désordre. »
Voulez-vous, maintenant, avoir une idée de l'égoïsme des révolutions bourgeoises, et combien peu
elles se proposèrent, je ne dirai pas la justice, mais môme la charité ? Ecoutez cette citation, et après vous apprécierez à qui, du peuple ou de la bourgeoisie, appartient cette générosité qui fit de la grande Révolution une révolution universelle !
« Si la bourgeoisie a des relations avec le peuple, c'est avec l'ouvrier des villes; mais à peiné marchands et fabricants se considèrent*ils comme solidaires de leurs ouvriers. — Mais le'peuple des campagnes, le serf proprement dit, qui appartient à son seigneur, la bourgeoisie l'ignore et ne s'en soucie. C'est à elle-^même quelle songe, à ses franchises, à ses privilèges : pourvu que le seigneur ne barre pas toutes les carrières au fils du bourgeois, pourvu qu'il ne défende pas les privilèges de sa juridiction locale contre Vautorité du roi, le bourgeois lui permet de régner dans son manoir, d'y lever la dîme, d'y maltraiter les paysans. La liberté nest que la liberté de la bourgeoisie! »
Le petit peuple, étant exclu des préoccupations de la bourgeoisie, l'est également du système d'Augustin Thierry : à peine consent-il à le rencontrer dans l'histoire* Se demande-t-il quelle pensée personnelle le pousse, quelle tradition confuse s'agite en lui pour s'y définir un jour en une idée, on un système? Point. Ces malheureux, touj'ours massacrés, toujours vaincus, le rassurent sur les desseins de la Providence ; leurs révoltes toujours abattues se tournent en juges irrévocables contre eux-mêmes.
« La classe des laboureurs, des vilains, n'avait ni