‹ Le fédéralismeChapitre 121 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

droits ni traditions héréditaires; elle ne suivait point dans le passé et ne rattachait à aucun événement l'origine de sa condition et de sa misère. Le servage de la glèbe était antérieur à la conquête des barbares » ; -r- oui, sans doute; elle était Tœuvre de la misère où l'Empire réduisit les colons que la recommandation amena au servage ; — « cette conquête avait pu l'aggraver, mais il s'enfonçait dans la nuit des siècles et avait sa racine à une époque insaisissable, même pour Véi^dition de nos jours !n — Cela fait question; mais, en tous cas, faudrait-il en conclure la légitimité du servage éternel des manants? — « Cependant, déjà, s'élevait contre les oppressions du système féodal le cri de haine qui s'est prolongé, etc. »

Et maintenant, c'est contre les oppressions de la bourgeoisie qu'il s'élève !

L'extermination du peuple révolté était une des volontés de Dieu, une nécessité de l'histoire : si on se figure celle-ci comme un mélodrame, le peuplé paraîtra y remplir le rôle de ces monstres, moitié bouffons, moitié sanglants, qui sont là pour recevoir les coups, compliquer les péripéties et hâter l'action tout en semblant la ralentir ou l'empêcher.

a Depuis le xii" siècle, dit l'auteur, jusqu'au milieu du XVII* — retenez cette date précise assignée à l'accomplissement de ce grand mystère, — il y a suite et progression dans la vie nationale ; d'un poitit à l'autre, à travers l'espace de cin(f cents ans, l'œil peut mesurer une même carrière laborieusement remplie, l'esprit se figurer un même but poursuivi

sans relâche par toutes les générations politiques, par tous ceux à qui la coutume, la loi ou la force des choses ont, tour à tour, donné le pouvoir. Les révolutions ont achevé Tœuvre des réformes; les contrerévolutions n'ont point fait disparaître ce qui avait été fondé sur la vraie ligne du progrès. De tant de destructions, de créations, de transformations successives sont résultées, à la fin, trois choses : la nation une et souveraine, la loi une, égale pour tous, le pouvoir royal s'appliquant sous le contrôle du pays aux nouvelles conditions de la société. »

Voilà qui est clair : les temps sont accomplis ; Toeuvre de l'homme est achevée. L'historien arrête le mouvement des choses au moment précis où il écrit. On dirait, vraiment, qu'après lui il n'y aura plus d'histoire.

Je pourrais multiplier les citations ; mais celles-ci suffisent, je crois, pour révéler le système de l'historié».

Vous voyez que nous n'avons rien prêté à la bourgeoisie dont elle ne se glorifie elle-même; elle se confesse elle-même telle que nous l'avons décrite. Ce n'est pas un mince honneur pour l'historien d'avoir formulé ainsi l'histoire de sa classe. Par malheur, sa formule est incomplète et, partant, inexacte autant qu'elle est fausse dans ses conclusions; elle est incomplète parce qu'elle ne tient pas compte de l'action populaire qui, par derrière, a incessamment poussé la bourgeoisie, et elle est fausse parce qu'elle prend pour un accomplissement définitif un mo-

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