LIVRE QUATRIÈME
« — Ce que j'ai h dire, « repartit Doulouzargucs, » ne vaut pas le bruit que vous en faites. Je vous prie de ne pas tenir compte de tout ceci, » dit-il en se tournant vers Cavayrac, « et de m'en excuser.
a — Point du tout, » dit Cavayrac; « vous aviez sur les lèvres une objection qui nous est, je n'en doute pas, intéressant de connaître. C'est au nom de tous que je vous prie de parler; n'est-ce pas, messieurs?
« — Sans doute, » appuyâmes-nous tous.
« — Eh bien! voyons! parlez! » cria Carascause, « on vous écoute, enfin !» t
« — Eh bien, soit! » Il me semble que, malgré vous, l'influence de certains préjugés historiques intimide votre pensée. Vous n'avez pas, autant que je le voudrais, déchargé le génie latin ou roman de la responsabilité de ce césarisme qui fut le crime de la destinée. Lorsque vous accusez les Romains d'avoir porté à sa perfection le système unitaire et centraliste, vous oubliez qu'il leur avait été imposé nécessairement par le génie barbare du monde anté-chrétien. Je crois, comme vous, que l'unité d'un peuple est la création factice et peu durable de la force militaire et de la conquête; c'est un effort périlleux et douloureux, mortel, dans lequel ce peuple contracte, pour un temps, au préjudice de la vertu et de la durée, toutes ses énergies vitales.
Les empires et les grandes nationalités formées, à grand'peine et à grand labeur, d'une multitude de petites nationalités brisées et refondues, sont, en fin
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de compte, les mauvaises aventures de rhumanité, ses désastres et Ton peut dire ses maladies.
Il n'y a rien de vrai, de réel, de naturel que la liberté, dans sa forme logique qui est Tautonomie des moindres groupes associés les uns aux autres; non par les violences de la force, mais par la persuasion de la solidarité : voilà l'oeuvre vraiment humaine !
Les peuples et les hommes sont vraiment héroïques, qui y ont travaillé en protestant par la pensée et par Taction contre Tabsorpltion des grands empires ; leur résistance opiniâtre aura été la préparatrice prophétique d'un meilleur avenir; les nations, œuvre deux fois impie du hasard et de la force, défaites et désagrégées, laisseront l'active liberté individuelle souveraine maîtresse de l'histoire.
Et l'histoire, alors, sera renouvelée selon l'esprit de l'homme et conformée à son dessein. Labeur sublime, vraiment moral ei utile, quoi qu'en disent certains philosophes, certains historiens qui croient justifier la violence antique, la rendre vénérable et admirable, en en démontrant la nécessité. Ah I s'ils prétendent que la période des grands empires carnassiers était inévitable à l'homme, fauve encore à cause des âpres luttes de sa bestialité primitive quittée à peine ; — qu'il fallait que l'homme, avant de dégager sa vertu de la force brutale qui hurlait encore en lui, se ruât contre lui-même en masses compactes et colossales, avec la fureur insensée des éléments : personne ne pourrait les contredire. Qui ne reconnaît que la figure du monde civil ne put se